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Ce format de grève à la SNCF est-il réellement efficace?

Ce format de grève à la SNCF est-il réellement efficace?

TRANSPORTS – C’est déjà le quatrième round. Ces mercredi 18 et jeudi 19 avril marquent les septième et huitième jour de grève à la SNCF. Une grève d’un genre nouveau, à qui l’on a peiné à trouver un nom.

Si le terme grève perlée a été improprement popularisé, les cheminots préfèrent parler de « grève 2-5 » en référence à la périodicité, deux jours tous les cinq jours.

Au lendemain de l’adoption du projet de loi qui permet au gouvernement de réformer par ordonnance, la question de l’efficacité de ce mouvement commence à se poser. Celui-ci, d’un genre nouveau, a-t-il permis aux cheminots en colère d’obtenir plus de résultats qu’une grève traditionnelle?

Ce n’est pas le sentiment de Sud-Rail, sceptique depuis le début sur cette manière de faire et qui continue de réclamer « un mouvement dur pour entamer un vrai rapport de forces avec le gouvernement ». A la CGT, en revanche, on estime qu’il est « trop tôt » pour tirer un bilan définitif. « On n’en est qu’à la quatrième vague. On savait très bien qu’on ne ferait pas plier le gouvernement après seulement six jours de grève », estime Béranger Cernon, secrétaire général CGT Cheminots à la gare de Lyon à Paris.

Les deux syndicats se rejoignent cependant sur un point: cela permet de maintenir un haut niveau de mobilisation. Annoncée par la SNCF ce mardi, les prévisions pour mercredi évoquent un taux en nette baisse, de 48 à 32 % depuis le 3 avril, soit une réduction d’un tiers. « La SNCF fait beaucoup de com’, déplore Bruno Poncet, le leader de Sud-Rail. Aujourd’hui c’est les vacances et il y a forcément des gens qui auraient été en grève s’ils n’avaient pas pris des jours de congés. »

« Oui ça recule un peu, mais ce sont des taux historiques et on reste largement à plus de 60% chez les conducteurs, aiguilleurs, contrôleurs et même dans la maintenance », reprend le responsable CGT. Selon lui, cette mobilisation ne pourrait pas durer aussi longtemps pour des raisons financières, les grévistes n’étant pas payé. « Mais il ne faudrait pas non plus que s’installe une forme de confort, prévient le secrétaire fédéral de Sud-Rail. Une grève, ce n’est pas fait pour rester chez soi ou aller à la pèche. Il y a de moins en moins de monde dans les AG alors que c’est là que la discussion est primordiale. »

Cette grève « saute-mouton » ‘est également la condition sine qua non pour garantir que le mouvement reste unitaire. L’Unsa et la CFDT refusait depuis le début le principe d’une grève reconductible. « Rester unitaire est primordial et sans cela, on aurait pas obtenu que la dette soit reprise à partir de 2020 et pas 2022 », souligne la CGT. A condition, relève Sud Rail, que « tous les syndicats restent effectivement unis et ne commencent pas à négocier en douce dans le dos des autres ».

Mais la CGT et Sud Rail sont également d’accord pour pointer un écueil majeur de ce format de mobilisation. « Notre visibilité médiatique est moins importante », convient Béranger Cernon. « Il y a un mois, je devais courir pour répondre à toutes les sollicitations médiatiques. Ce n’est plus le cas », abonde Bruno Poncet. La couverture du premier round le 3 avril était en effet beaucoup plus large que celle de ce mercredi.

C’est qu’avec un mouvement épars, d’autres actualités prennent le pas quand il n’y a pas grève. Depuis le premier jour, le mouvement des universités s’est durci par endroit, le gouvernement a délogé les zadistes de Notre-Dame-des-Landes et Emmanuel Macron a engagé les troupes françaises en Syrie. Résultat, alors qu’ils espéraient que le conflit à la SNCF soit le cœur des interviews du chef de l’Etat, ce ne fut pas le cas. « Je ne sais même pas si on en a parlé dix minutes en tout », se demande le cégétiste qui y voit cependant l’expression d’une gêne présidentielle: « c’est comme s’il voulait esquiver le sujet ».

Sud Rail continue enfin de pointer un problème majeur aux yeux du syndicat: si la grève 2-5 permet aux Français de s’organiser en fonction du calendrier établi à l’avance, elle permet aussi à la SNCF de prendre les devants. « Elle est tranquille et elle peut facilement s’organiser dans cette routine », estime Bruno Poncet. Il prend l’exemple des départs en vacances la semaine passée: « la direction a supprimé beaucoup de TER pour faire rouler les TGV et ne pas embêter les passagers », assure le syndicaliste. « Enfin, si la SNCF a dit qu’elle a pu faire rouler 200 TGV, elle oublie de dire que c’est 700 en temps normal et que ça fait donc 500 trains qui sont restés en gare », précise le porte-parole de la CGT.

« J’y vois dans tous les cas un effet pervers, conclut Bruno Poncet de Sud Rail. Avec la suppression de ces trains, la SNCF prépare le terrain à la suppression de la ligne en disant ‘vous voyez, ça ne vous gêne pas plus que ça’. C’est pour ça que, au final, je pense que ça arrange encore plus plus la direction que le gouvernement. »





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