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Ce qui m’est arrivé n’est pas ‘quelque chose de grave’, c’est un viol

Ce qui m

Quelque chose de grave m’est arrivée.

Quelque chose de grave m’était arrivée.

Quelque chose: à demi-mots.

La vérité: inadmissible. La vérité: stupéfiante.

Quelque chose de grave…

Cette chose grave ne peut arriver en amour, croit-on. Me suis-je tout au moins plu à le croire.

Cette chose grave ne peut arriver, quand l’autre nous paraît être tout, tout au présent, tout au futur. Le passé n’importe plus, ni les amis, ni le travail, il n’y a que lui.

Cette chose grave est aux autres : aux malheureuses, aux malchanceuses, aux pas aimées, aux blessées, aux fragiles, aux déjà esquintées, aux provocatrices, aux étourdies. Pas à moi.

À celles qui, la nuit, trop tard, qui par malheur, au mauvais moment, mauvais endroit, coup du sort.

À celles qui parce que la faute du père, de l’oncle, de l’ami de la famille, l’enflure qui vient tout souiller, tout rouiller dès l’enfance, à cause de qui une vie est à traîner, à ruminer.

À celle qui a porté, toute sa vie, le poids du vol de l’enfance, à celle à qui je dois pourtant la vie.

À croire que la vie serait donc possible après la mort.

À celles qui se racontent dans les livres, sur les plateaux télé ou radio, qui dérapent parfois, qu’on moque, qu’on critique injustement -double peine- parce que la violence appelle la violence, que lorsque l’on reçoit un coup, un jour, qui vous laisse quasi KO, et que par bonheur vous veniez à vous en relever, vous armez alors votre bras et apprenez vous-même à porter les coups, parfois, trop forts. Mais que voulez-vous? C’est bien logique après tout. Ne pas leur en vouloir. Pas moi en tout cas, pas moi qui sais à présent. #Noustoutes à présent.

À l’époque, de « mon grave » à moi, on ne disait pas #MeeToo.

À l’époque, quand « de grave » est devenu une ritournelle lancinante, il n’y en n’a pas beaucoup qui autour de moi, étaient prêts à entendre ce déjà #MeeToo, parce que le désordre est craint, parce que les mots de travers ou chargés sont vecteur d’entropie, parce que la vie lisse et calme est préférable aux remous, parce que dur à comprendre, parce qu’expliqué de façon brouillonne certainement, parce que les mots muets alors, parce qu’il m’était impossible d’être cette femme aux graviers sous la peau, parce que j’étais la boxeuse, celle qui ne s’en laisse pas compter, celle qui ne montre pas qu’elle tremble, celle qui, trop sûre sans doute.

Mais là encore, j’endosse une responsabilité qui ne saurait être mienne.

Les mots furent longtemps impossibles.

Et puis, un jour, la femme par qui tout commence.

L’autre le disait « il faut se mettre ça dans la tête, on se débrouille. » Mais Christine, oui, je fus alors bien d’accord, mais il y a aussi ceux qui ont été là, ceux qui voulaient lui casser la gueule, ceux qui ont écouté, ceux qui avec qui on a bu des verres, parlé des heures durant, celui qui a écouté et vous a expliqué que vous pouviez porter plainte, mais que cette possibilité n’était le seul chemin, que vous n’étiez obligée à rien, ceux qui ont accepté de témoigner quand vous avez évoqué l’éventualité d’un procès, celle qui vous a expliqué la méthode, ne vous a pas caché les difficultés et l’épreuve du combattant à laquelle vous alliez vous trouver confrontée, ceux qui ne vous ont pas jugée quand vous leur avez dit que vous alliez placer votre énergie ailleurs, de préférence dans les projets de vie à venir, et puis enfin, celle qui par qui tout commence donc. Avant cela des hypothèses en vous. Et puis King Kong Théorie donc. Jamais lu avant. Le récit poignard qui n’a rien à voir avec mon histoire, mais qui mot pour mot dit ce qui m’est arrivé en ce mois de juillet 2016.

Je suis cette femme qui a été violée.

Je suis cette femme qui a été violée par l’homme qu’elle aimait passionnément.

Je suis cette femme qui n’a pas compris.

Je suis cette femme qui a su renoncer à la passion pour se protéger de la violence.

Je suis cette femme qui n’a pas dit #MeeToo en 2018, tout en respectant la parole de celles, et parfois ceux, qui en avaient besoin et pour qui cela faisait sens.

Je suis cette femme que la littérature a sauvée.

Je suis cette femme qui choisit d’écrire pour me libérer.

Je suis cette femme qui espère que ces mots pourront également guider.

Je suis cette femme qui écrit pour celle qui lui a donné la vie.

Si la vie réserve des graviers, tu le sais, puisque je suis vivante: il y a une vie après la mort, maman.





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