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Chirurgie bariatrique: un risque accru de dépendance à l’alcool

Chirurgie bariatrique: un risque accru de dépendance à l’alcool

Concernant près de 13% de la population mondiale, l’obésité est une épidémie qui ne cesse de prendre de l’ampleur. Pour répondre à cette problématique, et lorsque toutes les tentatives de rééquilibrage alimentaire ont échoué, la chirurgie bariatrique –ou chirurgie de l’obésité– est le traitement le plus indiqué en cas d’obésité morbide. Avec un fort taux de réussite, elle aboutit à une perte de poids durable et significative, ce qui contribue à réduire la mortalité due aux complications métaboliques et cardiovasculaires et aux cancers.

Selon les profils, différentes opérations peuvent être proposées, dont les précautions postopératoires restent toutefois nombreuses. Parmi les risques recensés, il a récemment été découvert un risque accru de dépendance à l’alcool. Le bypass gastrique en Y selon Roux (RYGB) est l’intervention qui présente le plus de risques de développer ce trouble. En effet, selon une étude américaine, l’absorption d’alcool serait, dans ce cas, non seulement deux fois plus rapide mais le niveau d’alcoolémie serait en plus triplé. Une autre étude montre que l’augmentation de la prévalence de problèmes liés à l’alcool augmente de 10% au cours des sept années qui suivent la réalisation d’un bypass gastrique.

Bypass, sleeve, anneau gastrique: un risque variable

Parmi les opérations de chirurgie bariatrique, le bypass gastrique en Y (RYGB) est la plus pratiquée en Suisse, suivie de la gastrectomie en manchon. L’anneau gastrique a, quant à lui, été progressivement délaissé à cause de complications postopératoires plus fréquentes.

Une récente étude a montré que l’augmentation significative de dépendance à l’alcool n’était vérifiable qu’à partir de la deuxième année suivant l’intervention, et qu’elle n’existait pas en cas d’anneau gastrique. Les patients ayant subi un bypass RYGB ont cependant trois fois plus de risques de développer une telle dépendance. En cause, l’impact des différentes techniques sur le métabolisme de l’alcool qui, dans le cas du RYGB, suscite notamment une absorption plus rapide et une concentration plus importante de l’alcool, résultant à son tour à une sensation d’ivresse plus rapide et plus importante.

De la nourriture à l’alcool: un transfert de dépendance?

De la chirurgie bariatrique résulte une restriction alimentaire qui limite les crises d’hyperphagie ou de boulimie. En effet, les émotions négatives autrefois compensées par ce type de comportement et permettant, dans bien des cas, d’améliorer l’humeur du patient ne sont plus possibles une fois opéré. Le volume de l’estomac ne permet plus d’absorber une grande quantité d’aliments, et une autre source de compensation, comme l’alcool, peut alors être développée. Toutefois, le transfert de dépendance n’explique pas le risque variable selon les différentes techniques chirurgicales.

De possibles causes neurobiologiques et hormonales

L’alcool, à l’instar de la nourriture, stimule la sécrétion de dopamine, fameux «neurotransmetteur du plaisir». Une sécrétion qui augmente considérablement lors de crises d’hyperphagie et de consommation d’alcool. Ces dernières peuvent, pour les patients opérés, représenter une source alternative de plaisir à leurs anciens réflexes alimentaires, qui activaient de la même manière le système de récompense. De plus, pour stimuler ces circuits neurobiologiques du plaisir, une ingestion de nourriture ou d’alcool sans cesse plus importante est nécessaire, et contribue ainsi à l’installation de la dépendance.

Autre piste métabolique dans le cas du bypass RYGB, la modification du fonctionnement de plusieurs hormones gastro-intestinales (ghreline, peptide 1) qui influencent les sensations de faim et de satiété, et semblent aussi avoir un impact sur la consommation d’alcool. Le rôle joué par ces hormones dans le développement de la dépendance n’est cependant pas clairement défini.

L’importance d’un suivi sur-mesure

Dans ces conditions, il est essentiel d’évaluer le mode de consommation d’alcool (fréquence, quantités, etc.) chez toute personne souhaitant être opérée. La possibilité d’une intervention est bannie en cas d’alcoolisme actif ou requiert, avant toute opération, une abstinence d’au moins six mois ainsi qu’un suivi spécialisé par le médecin généraliste ou un service spécialisé en alcoologie. Un suivi postopératoire à long-terme est, lui aussi, d’autant plus important que l’installation de la dépendance n’intervient qu’au cours de la deuxième année après l’intervention. L’apport en vitamines, notamment du groupe B, doit aussi être mesuré pour éviter toute carence. Conseils et recommandations permettent enfin au patient d’être informé sur les effets de la consommation d’alcool, notamment dans certaines situations à risques.

Transfert de dépendance, compensation psychologique ou facteurs neurobiologiques et hormonaux… Les causes de ce phénomène ne sont pas encore clairement identifiées. Mais le risque étant, lui, avéré, il le suivi post-opératoire reste indispensable.

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Adapté de «Chirurgie bariatrique et risque accru de dépendance à l’alcool», Dre Chiara Ferrario, Pr François P. Pralong, Dre Lucie Favre, Département d’endocrinologie, diabétologie et métabolisme, CHUV; Pr Jean-Bernard Daeppen, Service d’alcoologie, CHUV. In Revue Médicale Suisse 2016;12:602-5, en collaboration avec les auteurs.





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