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Dormir est essentiel pour notre survie

Dormir est essentiel pour notre survie

«S’il y a un truc que vraiment je ne sais pas faire, c’est dormir», confiait Amélie Nothomb sur les ondes de la RTS dans l’émission «Sur les pas». L’écrivaine, qui se rend tous les jours à 4 heures du matin à sa maison d’édition pour répondre à son courrier, n’est sans doute pas la seule à avoir un rapport compliqué au sommeil. Or, mal dormir, ou pas suffisamment, est rarement sans conséquences sur le bien-être et la santé. Stéphanie, elle, en a bien conscience: «Si je n’ai pas mes 8 heures de sommeil, je sens la différence physiquement et intellectuellement. Dès le réveil, je dois me faire violence pour me lever. Et au cours de la journée, je remarque que j’augmente ma consommation de café et que je suis plus irritable avec mes collègues». Autant d’expériences qui montrent, de façon tout à fait empirique, l’importance d’un sommeil réparateur pour bien fonctionner.

Mais au fond, pourquoi a-t-on besoin de dormir et à quoi sert le sommeil? La science tente depuis longtemps de percer le mystère. Premier élément: l’origine du sommeil semble génétique. L’équipe du Pr Mehdi Tafti, chercheur à l’Université de Lausanne (UNIL) et spécialiste en physiologie du sommeil, a été la première à localiser un gène impliqué dans le besoin de sommeil.

Un caractère génétique

Cette composante génétique a été décrite plus précisément dans une récente étude menée par des chercheurs de l’UNIL, dont les résultats ont été publiés en août dernier dans le journal PLOS Biology. Elle a montré, chez les souris, une grande variabilité individuelle dans la sensibilité (ou la résistance) au manque de sommeil. Après 6 heures de privation de sommeil, certaines souris dormaient jusqu’à 1,5 heures de plus, tandis que d’autres n’avaient pas besoin de compenser autant. «Des différences qui pourraient être liées au polymorphisme des gènes», explique le Pr Paul Franken, spécialiste du sommeil, auteur principal de l’étude et chercheur au Centre intégratif de génomique de l’UNIL. Ce qui semble confirmé par un autre résultat de l’étude: lors d’un déficit de sommeil, une importante variation du taux d’expression des gènes s’observe au niveau du cerveau (près de 80% des gènes modifiés dans leur expression), mais aussi dans le foie et le sang. Enfin, les chercheurs ont identifié les réseaux moléculaires qui répondent à ce manque. Or, «connaître ces réseaux ainsi que les variations génétiques qui déterminent les réponses à la privation de sommeil pourrait, à l’avenir, permettre de mieux prédire et traiter les troubles du sommeil», estime le Pr Franken.

Un besoin vital

Pour comprendre à quoi sert le sommeil, beaucoup d’études se penchent sur sa privation et ses conséquences. Plusieurs expériences menées sur des rongeurs ont montré qu’une privation prolongée représente un véritable stress pour l’organisme, avec pour effets directs une faiblesse générale, une augmentation du métabolisme de base, une dérégulation de la température corporelle et la survenue d’infections. Un stress qui peut, dans les cas extrêmes, conduire au décès.

Si le sommeil est essentiel à la survie, on ne sait pas encore exactement à quoi il sert. Il remplit sans doute plusieurs fonctions, vu le temps que nous lui consacrons. Les hypothèses sont dès lors nombreuses, mais les scientifiques peinent à se mettre d’accord. Une chose est sûre: il est fondamental, puisque nous l’avons conservé au cours de l’évolution. Ce qui est d’ailleurs le cas pour de très nombreuses espèces, du ver de terre à l’homme: chez toutes, il semble utile, voire nécessaire à la survie. Aussi, selon le Pr Tafti, le sommeil, contrairement à ce que beaucoup avancent, n’est pas un état de vulnérabilité: «Les animaux sont rarement agressés durant leur sommeil. C’est lorsqu’ils vont chasser qu’ils se mettent en danger. En ce sens, c’est la veille qui représente une agression. Pour dormir, ils se cachent et se mettent à l’abri».

Restaurer le cerveau

Contrairement à certaines idées reçues, dormir n’est donc pas une perte de temps. Notre cerveau semble en être le principal bénéficiaire. Le sommeil revêt avant tout une fonction neuronale, souligne le Pr Tafti: «Il protège le système nerveux central et préserve les neurones». Ce n’est qu’en 2013 que l’on a compris ce qui se jouait au niveau cellulaire. «Lorsque nous dormons, nous éliminons les résidus du métabolisme neuronal, qui sont le fruit de notre activité cérébrale durant la veille, poursuit le Pr Raphaël Heinzer, responsable du Centre d’investigation du sommeil au Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV) et co-auteur de l’ouvrage Je rêve de dormir*. Concrètement, durant le sommeil, l’espace entre nos cellules cérébrales s’élargit, ce qui permet l’évacuation de ces substances toxiques (les bêta-amiloïdes)».

Si c’est avant tout notre cerveau qui a besoin de dormir, le manque de sommeil affecte différentes fonctions périphériques de notre organisme. En témoigne une célèbre expérience menée dans les années soixante. Randy Gardner, un jeune écolier californien de 16 ans, a voulu battre le record du nombre de jours sans dormir. Il y est parvenu, puisqu’il est resté éveillé durant 11 jours et 24 minutes. Mais le prix à payer fut lourd. A mesure que sa dette de sommeil se creusait, il a souffert de troubles de la vue, de l’équilibre, de l’humeur (irritabilité), de concentration et de mémoire. Sa pensée est devenue fragmentée, avec des difficultés à s’exprimer.

Des effets périphériques

D’autres expériences ont confirmé le rôle majeur du sommeil dans la consolidation de la mémoire. Lorsque l’on dort, les informations nouvellement acquises s’impriment plus profondément dans les réseaux neuronaux créés au moment de leur encodage. «On renforce les connexions neuronales importantes et on défait celles qui le sont moins», résume le Pr Heinzer. Chez l’homme en tout cas, c’est durant les stades de sommeil profond que ce tri sélectif entre les informations à retenir et celles à oublier s’opérerait.

Notre système immunitaire aurait lui aussi tout à gagner de nuits réparatrices. Un sommeil de trop courte durée nous rend plus vulnérables aux infections. C’est ce qu’a démontré une étude qui consistait à inoculer le virus du rhume chez les sujets testés. «Dans le groupe de ceux qui avaient dormi moins de 6 heures, plus de sujets ont développé un rhume en comparaison avec le groupe de ceux qui avaient dormi plus de 7 heures», décrit le Pr Heinzer. Mais là non plus, nous ne savons expliquer les mécanismes moléculaires qui se cachent derrière ces observations. Notre métabolisme réagit aussi au manque de sommeil. Parmi les hypothèses très en vogue, celle du lien entre manque de sommeil et sentiment de faim, voire obésité. Le déficit de sommeil diminue la sécrétion de leptine (l’hormone de la satiété) et augmente celle de la ghréline (hormone de la faim), ce qui favoriserait la prise de poids. De même, la résistance à l’insuline et le risque de diabète de type 2 semblent augmentés. Enfin, et cela intéressera les parents, veiller à de bonnes nuits chez l’enfant est d’autant plus capital que l’hormone de croissance est principalement sécrétée durant la nuit. On l’aura compris: pour rester en santé, peu de choses importent autant que le sommeil. Allez, promis, demain on ira se coucher après le passage du marchand de sable.

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* Je rêve de dormir, José Haba-Rubio, Raphaël Heinzer, Ed. Favre, 2016.

Paru dans Le Matin Dimanche le 14/10/2018.





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