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Entendre des couleurs ou voir des goûts, c’est possible

Entendre des couleurs ou voir des goûts, c’est possible

Pour vous, les mots ont des couleurs? Les goûts correspondent à une forme géométrique, les sons ont une odeur? Vous êtes peut-être synesthète.

Cette particularité neurologique relativement fréquente concernerait 1 à 4% de la population mondiale. Il s’agit de perceptions sensorielles qui ne correspondent pas à une stimulation réelle (voir encadré). Par exemple, pour un synesthète, la lettre A pourrait être systématiquement associée à la couleur verte, tandis que le chiffre sept serait violet. Rarement associée à une pathologie, la synesthésie est tout simplement une particularité, une sorte de mélange des sens qui subsiste tout au long de la vie. D’ailleurs, ces associations de différents sens sont souvent fixes: si pour vous le goût du poulet est pointu, vous le verrez sans doute ainsi toute votre vie.

Des origines neurologiques

Témoignage

Marina, synesthète graphèmes/sons avec couleurs

«J’ai découvert ma synesthésie tout à fait par hasard, à l’âge de 41 ans. Lors d’une pause repas, une collègue parlait d’un reportage qu’elle venait de voir sur la synesthésie. Quand elle m’a décrit de quoi il s’agissait, je lui ai répondu: “Mais enfin, tout le monde est capable de faire ça!” Devant l’air interloqué de mes collègues, j’ai appris l’existence de cette particularité que je pensais banale. Pour moi, ce sont surtout les sons qui ont une couleur. Par exemple, le son “i” est plutôt jaune, tandis que le son “a” est rouge. Une couleur correspond également à chaque chiffre: le 8 est noir tandis que le 2 est bleu. J’associe aussi toujours une ou plusieurs couleurs à un prénom. Et ceci depuis aussi longtemps que je m’en souvienne!»

Les causes de la synesthésie ne sont pas encore bien connues. Néanmoins, les spécialistes estiment qu’elle serait liée à des connexions spécifiques dans le cerveau, héritées de la petite enfance. «Au moment de la naissance, le cerveau du nouveau-né possède beaucoup plus de connexions que celui de l’adulte, explique la Pre Stéphanie Clarke, spécialiste en neuropsychologie au Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV) à Lausanne. Au fil des mois, les connexions inutiles disparaissent, comme nous l’avons par exemple démontré pour celles du cortex auditif vers le cortex visuel. Mais parfois, certaines d’entre elles ne sont pas éliminées et se stabilisent. Cela crée donc des connexions directes et inhabituelles entre certaines zones cérébrales». À l’aide d’outils de pointe, comme la tractographie par IRM, des chercheurs ont pu démontrer l’existence de ce type de connexions chez les sujets synesthètes. Les réseaux constitués par ces connexions changent le fonctionnement cérébral: les chercheurs ont notamment pu observer que lorsqu’une personne synesthète entend un mot, ce n’est pas uniquement la zone cérébrale liée à l’audition et au langage qui s’active, mais aussi des régions visuelles.

D’autre part, la synesthésie pourrait avoir une composante génétique. «Il y a souvent plusieurs synesthètes dans une même famille, remarque la Pre Stéphanie Clarke. Les gènes jouent donc certainement un rôle, bien que nous n’ayons pas encore pu mettre en avant un gène spécifique de la synesthésie. Mais il s’agit d’un important domaine de recherche actuel».

Des performances parfois améliorées

Loin d’être considérée comme un trouble, la synesthésie peut même se révéler être un atout dans la réalisation de certaines tâches. «En principe, être synesthète permet d’encoder plus de choses, souligne la spécialiste. Il est par exemple très difficile de se souvenir des odeurs. Or, un synesthète couleur-odeur aura la plupart du temps une mémoire olfactive bien supérieure à la moyenne. Les associations qu’il crée sont un grand avantage pour la mémorisation».

À noter que très souvent, ces associations paraissent si naturelles qu’il est difficile de se rendre compte qu’on possède cette particularité. Puisque ce mélange des sens est présent dès la petite enfance, comment savoir que l’on voit, entend ou sent différemment des autres?

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Paru dans Planète Santé magazine N° 29 – Mars 2018





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