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Je ne devais pas être patron de presse mais relancer Têtu était trop important

Je ne devais pas être patron de presse mais relancer Têtu était trop important

Rien ne me disposait vraiment à devenir « patron de presse ». Entrepreneur et investisseur dans la tech & les médias depuis près de 20 ans, après quelques années chez PEPSI, je suis plus habitué au monde des start-ups FrenchTech et de l’innovation et pas forcément attiré par un business brick & mortar dont le circuit de distribution encore trop traditionnel est en pleine mutation.

Personne n’était prêt à ce que TÊTU disparaisse

Tout a commencé par une rencontre avec l’actuel directeur de la rédaction, Romain Burrel, journaliste aux Inrocks, LCI et France Culture. J’ai aimé sa vision d’un média modernisé, ses convictions, son franc parler, son ton drôle et pop, sa maîtrise des sujets culturels, son ton critique et bienveillant à la fois. Il avait aussi 10 ans d’expérience avec le magazine, ce qui me paraissait essentiel pour s’inscrire dans une certaine continuité.

Après quelques hésitations, mais surtout après avoir sondé mon entourage dont le soutien a été spontané, j’ai décidé de racheter les actifs en juin dernier avec l’aide d’un collectif d’entrepreneurs de la French Tech et des médias, d’experts de la communication, du marketing, des ressources humaines et bien sûr de spécialistes de la presse écrite et en ligne. Nous n’arrivions pas à nous résoudre à voir cette marque iconique de la diversité, née en France il y a bientôt 25 ans, disparaître du paysage médiatique français.

Je vis à Londres et, ici, 4 publications LGBT se côtoient avec succès parce qu’elles ont su se réinventer et diversifier leurs sources de revenus autour de marques fortes. C’est pourquoi nous avons décidé, avec amis et partenaires, de donner une nouvelle chance à TÊTU avec une approche résolument digitale et centrée sur cette belle communauté.

Les communautés au cœur de la survie de la presse

Animer & engager la communauté, tout l’enjeu est là pour sortir de l’équation économique difficile d’un média presse ou digital. Tout doit s’organiser autour d’elle et pour elle en commençant par la production de contenu journalistique de qualité aussi bien à chaud qu’à froid par le biais d’enquêtes, d’interviews mais surtout de témoignages. Une ligne éditoriale claire, engagée, réactive demeure la colonne vertébrale d’un média LGBT pour mobiliser ses lecteurs. La diffusion tout azimut est essentielle pour les toucher et les engager sur le site web, sur la page Facebook, dans le groupe privé du club des lecteurs, sur Twitter, sur Instagram avec des stories, par email toutes les semaines. La vitesse de l’information rend impossible la publication d’un mensuel; une édition trimestrielle permet, elle, de prendre du recul sur les sujets du moment avec des enquêtes, des interviews exclusives, … en bref, une lecture à tête reposée favorisant la réflexion.

Sans soutien d’une communauté, aucun salut. L’exemple du media EBDO est intéressant à double titre. Un financement participatif spectaculaire (409.000€ en quelques semaines avec plus de 5,600 pré-abonnés) par la plateforme KissKissBanBank démontre la faculté de mobilisation des lecteurs assidus de XXI et 6 mois édités par la société Rollin Publications; elle souligne en revanche la nécessité d’avoir une ligne éditoriale qui réponde à la promesse initiale et aux attentes des fans de la première heure. Après quelques semaines de publication et deux polémiques éditoriales, les pré-abonnés n’ont pas été convertis en abonnés mensuels payants et les ventes s’érodent rapidement entraînant l’éditeur dans la chute.

De nombreux autres exemples français peuvent être cités pour illustrer cette nécessité: Mediapart (130.000 abonnés), Les Jours (11.000 abonnés fans de journalisme par épisode), Maisons & Travaux revenant sous la forme du magazine après avoir mobilisé une communauté de passionnés sur le web, le pure player Marmiton (120.000 ventes par numéro), le groupe So Presse avec une ligne éditorial très originale, ou encore Brief.me qui promeut une newsletter éditoriale payante laissant la part belle à l’analyse plus qu’à la profusion d’informations.

Un journalisme de qualité soutenu par le lectorat

À l’étranger, le modèle du Guardian en Angleterre est très inspirant même si sa rentabilité générale reste à prouver. Il part d’un postulat fort: le journalisme de qualité a un coût; un magazine se finance avec des besoins en fond de roulement importants du fait des décalages des coûts de productions et de la perception des revenus de vente (particulièrement longs en France), sans parler de la publicité vendue sur les différentes pages. Tout article s’accompagne d’un message simple sur la nécessité de financer du journalisme de qualité. Au Guardian, on choisit le montant de son soutien mensuel sans engagement à partir de 1€, c’est un parti-pris fort qui mobilise la communauté.

Pour remplir une mission ambitieuse, un média LGBT tel que le nôtre devra s’appuyer sur la communauté LGBTQI+, et au-delà, auprès des personnes qui soutiennent les mêmes valeurs de diversité. Au-delà d’une campagne de pré-abonnement en tout point similaire à celle d’EBDO, SOCIETY et bien d’autres encore, qui nous a permis de mobiliser plus de 2500 fans de TÊTU, nous proposerons dans la continuité une contribution mensuelle sans engagement allant de 5€ à 19€ et une option libre. Des partenariats publicitaires compléteront l’ensemble. L’information s’est banalisée, mais la bonne information se raréfie car le journalisme de qualité à un prix. Aussi, nous ne courrons plus après l’information sous la forme d’un magazine papier mensuel, mais sous la forme d’un magazine trimestriel « coffee table book » faisant l’information et la différence.

La force d’une marque média, c’est aussi sa capacité à engager une base, de fans et de soutiens, à qui proposer des services diversifiés & personnalisés. Dans notre cas, plusieurs opportunités se présentent, des hors séries en version « mook », des actions en faveur de la diversité en entreprise, sujet sur lequel la France est en retard notamment par rapport aux pays anglo-saxons, à la création d’événements grand public autour des thèmes de société et d’actualités qui touchent à la communauté LGBT, ou encore des événements de récompenses qui ont déjà cours dans des pays comme les États-Unis ou le Royaume-Uni.

Rien ne me disposait vraiment à devenir « patron de presse » et encore bien moins mécène a l’instar de Pierre Bergé. Le futur de TÊTU dépendra de sa capacité à créer un lien fort avec sa communauté et ses soutiens, de sa capacité à se réinventer pour imaginer des sources de revenu nouvelles pour financer sa mission centrale de production de contenus journalistiques de qualité & engagés pour INFORMER, INCARNER, DIVERTIR et CÉLÉBRER la diversité dans la société française.

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