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L’amour maternel: une histoire de biologie, mais pas que

L’amour maternel: une histoire de biologie, mais pas que

«Ma mère m’embrassait et me regardait avec cette flamme de fierté et de triomphe dans les yeux dont je me souviens si bien.» C’est ainsi que Romain Gary évoque, avec tendresse et profondeur, l’amour inconditionnel d’une mère pour son fils dans La promesse de l’aube. La littérature n’est évidemment pas la seule à s’être intéressée à ce sentiment prétendument universel qu’est l’amour maternel. La science, à sa manière, tente elle aussi de comprendre comment cet amour surgit et quels en sont les fondements biologiques.

C’est l’ocytocine, souvent appelée «hormone de l’amour», qui joue un rôle essentiel dans l’émergence des comportements maternels. Produite dans le cerveau par l’hypothalamus, elle est sécrétée ensuite par une glande appelée hypophyse. Par sa fonction reproductive, elle participe à la survie de l’espèce, comme l’explique Ron Stoop, professeur au Centre de neurosciences psychiatriques à l’Université de Lausanne: «Son relâchement dans la circulation sanguine favorise l’accouchement (par le déclenchement des contractions utérines) et la montée de lait.»

Ocytocine et attachement

À la naissance, la proximité avec le nouveau-né et le contact de celui-ci avec le sein augmentent clairement le taux d’ocytocine dans le sang maternel, ce qui renforce l’attachement mutuel des deux protagonistes. La jeune maman, elle, se trouve dans une disposition particulière (le caregiving) qui la rend sensible aux signaux de son enfant. Cette sensibilité l’aide à lui prodiguer des soins, à être à l’écoute de ses émotions et à répondre à ses besoins. Recherche de proximité, sourires émerveillés, regard attentionné, langage enfantin, etc., caractérisent cette attitude maternelle. Mais il arrive que ces comportements n’aillent pas de soi. L’histoire de la mère, le contexte social et culturel notamment peuvent favoriser, ou non, leur émergence. Le fait qu’une femme soit plus ou moins maternelle pourrait aussi être inscrit dans les gènes, reprend Ron Stoop: «L’existence de polymorphismes dans le gène qui code le récepteur de l’ocytocine n’est pas exclue.»

De son côté, l’enfant met en place toute une série de comportements (pleurs, cris, mimiques, etc.) afin de recevoir les soins nécessaires à sa survie et assurer cette proximité. Dans cette tâche de séduction, il est aidé par la nature: «Les adultes humains sont pourvus de circuits perceptifs particuliers, réceptifs au charme des bébés, décrit Blaise Pierrehumbert, docteur en psychologie et auteur de plusieurs ouvrages* sur le sujet. Certaines caractéristiques du corps et du visage du bébé (front bombé, grands yeux, joues rebondies, etc.) entraînent un sentiment de « mignon »».

Plaisir et récompense

Au fil du temps, les liens se tissent. Des études ont apporté la preuve que l’amour maternel active des zones cérébrales particulières. Grâce à l’IRM, les neurosciences ont montré que le système de récompense (ou dopaminergique) dans le cerveau «s’allume» lorsqu’on montre à une mère une photo de son enfant, ce qui n’est pas le cas lorsqu’il s’agit d’un enfant lambda. Aussi, le fait même de prendre soin de sa progéniture augmente la libération de dopamine au niveau du noyau accumbens, zone cérébrale riche en récepteurs à l’ocytocine. «La mère ressent du plaisir et du bien-être quand elle s’occupe de son enfant, ce qui l’encourage à reproduire ces gestes apaisants», confirme le psychologue. Conséquence: les comportements maternels sont renforcés.

Si l’ocytocine facilite la tendresse et l’intimité avec l’enfant, elle serait aussi liée à l’agressivité et à la peur. Chez le rongeur, elle favorise la proximité avec les petits et le rejet des inconnus. Dans l’étude citée plus haut –où les mères font face à des photos d’enfants–, l’ocytocine induit par ailleurs une inhibition des zones cérébrales (l’amygdale, notamment) qui régulent la peur. Celle-ci est alors remplacée par une agressivité maternelle, ce qui permet à la jeune mère de protéger ses petits contre d’éventuels prédateurs. On a pu également observer que cette hormone est aussi libérée dans des situations de stress, peut-être dans un but d’apaisement et de protection, renforçant ainsi le lien sécurisant avec l’enfant.

La part du social et de la culture

Si les fondements biologiques de l’amour maternel existent, ils ne déterminent pas tout. Pour Blaise Pierrehumbert, la part sociale et culturelle est forte: «Une mère ne devient mère que sous le regard de l’autre (sa propre mère, son conjoint, etc.).» Notre société fait de cet amour maternel un «impératif», regrette le psychologue. Or ce sentiment n’est pas toujours immédiat: «Il peut venir avec retard, il ne faut pas dramatiser ni culpabiliser les jeunes mères qui ne le ressentent pas tout de suite», prévient-il. L’amour maternel, si puissamment valorisé aujourd’hui, ne serait, aux yeux du spécialiste, pas essentiel, même si c’est un plus. La survie du «petit d’homme» et son éducation peuvent en effet être assurées par un adulte autre que la mère biologique, et donc en l’absence des processus hormonaux liés à la naissance. Dans le cas de l’adoption, par exemple, le parent va apporter les soins nécessaires à l’enfant, s’y attacher et l’aimer, même si l’ocytocine n’entre pas en jeu de la même façon qu’avec une mère biologique. On sait néanmoins que le taux de cette hormone s’élève aussi lors des contacts avec tout enfant, même s’il n’y a pas de lien du sang. Car à la différence d’autres espèces animales, l’être humain bénéficie d’une grande plasticité, conclut le spécialiste: «Quand une modalité est différente, l’humain s’adapte. Une brebis qui ne sent pas l’odeur de son petit ne s’en occupera pas, ce n’est pas le cas chez l’homme.»

L’amour et le sentiment de sécurité sont essentiels pour bien grandir

Pour réguler ses émotions, se sentir apaisé et s’ouvrir au monde, l’enfant a besoin d’une base de sécurité émotionnelle, qu’il va rechercher auprès de sa figure d’attachement, en principe la mère. La question de la sécurité de ce lien est au cœur de la théorie de l’attachement, élaborée en 1969 par John Bowlby, médecin psychiatre britannique. Une théorie qui a donné lieu à de nombreux développements. Au départ, elle explore la relation entre l’enfant et sa mère, mais elle s’est élargie aux autres figures d’attachement potentielles (le père, l’éducateur/trice principal de l’enfant, par exemple).

Lorsque la relation fait que l’enfant se sent en sécurité, il trouve, en cas de stress, de l’apaisement auprès de son parent. Une fois rassuré, il repart explorer son environnement. Quand cette sécurité fait défaut, l’enfant peut se montrer indifférent et passif avec l’adulte –il sait d’expérience qu’il ne peut pas compter sur lui pour être rassuré– ou, au contraire, exprimer ses émotions de manière très bruyante pour attirer malgré tout son attention. Il peut aussi se montrer ambivalent, recherchant le contact, puis l’évitant, ne sachant pas comment obtenir l’apaisement dont il a besoin.

Cette expérience de sécurité primitive est, semble-t-il, fondamentale dans le devenir de l’individu, confirme le psychologue Blaise Pierrehumbert: «Un attachement « sécure » avec la mère (ou les deux parents) donne à l’enfant de meilleures chances dans son développement social et émotionnel.»

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* «Le premier lien – Théorie de l’attachement», Éditions Odile Jacob.

Paru dans Le Matin Dimanche le 13/05/2018.





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