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L’EPFL couve les surdoués en mathématiques

L’EPFL couve les surdoués en mathématiques

«Je m’ennuyais en maths, alors ma prof m’a parlé du cours Euler. Je ne pensais pas être capable de l’intégrer.» A 14 ans, Adèle fait partie de la centaine d’élèves inscrits à ce programme destiné aux enfants précoces. Du nom du mathématicien suisse (1707-1783), dont le portrait ornait l’ancien billet de 10 francs, le cours Euler dure six ans. Il comprend le programme de la 9e Harmos à la maturité, plus des branches enseignées au niveau universitaire.

«Nous avançons deux fois plus vite qu’une classe normale, explique Jérôme Scherer, collaborateur à l’EPFL chargé du cours. Séparés dans plusieurs classes selon leur âge, les élèves apprennent à tisser des liens entre différentes branches et à développer leur pensée scientifique.» Né d’une discussion entre la directrice scientifique du programme, Kathryn Hess-Bellwald, et l’ex-président de l’EPFL, Patrick Aebischer, ce cours qui a lieu tous les mercredis après-midi dispense ceux qui le suivent des heures de maths usuelles.

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Pas de test QI

S’il est en principe destiné aux enfants à très haut potentiel, l’EPFL ne demande pas de diagnostic psychologique. Pas plus qu’un test de QI. En fait, «tous les élèves ont de la facilité et, surtout, un intérêt ou une passion pour les maths, note le responsable. On a affaire, on ne le cache pas, à un cours exigeant.» Avec une charge de travail qui s’élève à six ou huit heures hebdomadaires. «Toutes les semaines, les élèves doivent rendre une série d’exercices corrigée par des camarades plus âgés.» Pour ces derniers, l’avenir paraît clairement tracé: la majorité compte poursuivre des études à l’EPFL. Certains virtuoses des chiffres pourront d’ailleurs directement entrer en deuxième année du bachelor en maths.

Rejoindre cette élite, ça se mérite, tout de même! Un concours d’entrée attire chaque année plus de 200 candidats venus de Suisse romande et de France voisine, dont une vingtaine est retenue seulement. Moyennant une taxe d’inscription annuelle de 100 francs, le cours Euler est principalement financé par l’EPFL et peut compter sur quelques généreux donateurs. Mais si son fonctionnement s’inspire de modèles américains similaires, il peut se vanter d’être unique en son genre en Europe.

Certains même avant 10 ans!

«En général, la tranche d’âge est de 12 à 18 ans, observe Jérôme Scherer. Certains élèves ont même été acceptés avant l’âge de 10 ans! Ce sont toutefois des cas exceptionnels, car il faut non seulement être scientifiquement précoce, mais aussi assez mûr pour savoir s’organiser, gérer le travail et les longs trajets éventuels.» Géométrie euclidienne, algèbre linéaire ou encore physique: l’approche est rigoureuse, l’ambiance studieuse. Des sorties plus ludiques sont également organisées pour renforcer les liens. Comme pour presque n’importe quelle autre classe d’ados. Au-delà de la nourriture intellectuelle, il y a aussi l’acceptation et la solidarité. Si l’«on est traité ailleurs d’intello quand on a de bonnes notes, déplore Adèle, ici, ce n’est pas le cas. On s’entend bien et on s’entraide.»

Un sentiment d’appartenance

En filigrane de cette formation se pose la question de la place des talents précoces dans le système scolaire. «Plus que pallier une forme d’ennui, une structure comme le cours Euler présente un intérêt sur le plan social et relationnel, explique Nicolas Yersin, psychologue exerçant en milieu scolaire. L’enfant retrouve des pairs animés par les mêmes questionnements et les mêmes envies. Ce sentiment d’appartenance contribue à son bien-être global.»

Après une décennie d’existence, le bilan est positif. «Le cours répond aux attentes de nombreux enfants, estime Jérôme Scherer. C’est un privilège que de donner des cours à des jeunes aussi motivés. Et un plaisir de les voir s’épanouir, pendant la durée du cursus, et même au-delà.»





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