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les T-shirts féministes à la mode peuvent-ils être sincères?

les T-shirts féministes à la mode peuvent-ils être sincères?

MODE – Montrer qu’on est féministe sur ses vêtements est devenue monnaie courante. Les rayons des enseignes de prêt-à-porter grand public débordent d’habits ornés de messages pour l’égalité entre les femmes et les hommes. Dernier exemple en date, une collection de la marque Monoprix, lancée à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes ce jeudi 8 mars.

Disponible depuis le 28 février, cette gamme « féministe » compte plusieurs types de produits, essentiellement des t-shirts, des sacs en toile, mais aussi des coussins et des mugs. En coton ou en lin, les vêtements et accessoires s’adressent aux femmes, aux enfants, mais aussi aux hommes.

Contactée par Le 4Suisse, la directrice de l’offre textile, maison et loisirs de Monoprix, Lilian Rosas, explique avoir fait le choix de s’adresser à un maximum de personnes, tous les sexes et âges confondus. « Mon mari portera l’un des vêtements cet été », assure cette dernière. Cette initiative a été élaborée par la directrice artistique de la chaîne de magasins, Nathalie Cottin, mais tenait à cœur à Lilian Rosas depuis l’élection de Donald Trump, aux États-Unis.

Ce n’est pas étonnant. Depuis son arrivée à la présidence des États-Unis, « beaucoup de designers, dans leur défilé, ont pris position sur des sujets comme le féminisme et l’immigration en créant des t-shirts à slogan », explique Madeleine Goubau, chroniqueuse mode, interrogée par le quotidien canadien La Presse. La nouvelle collection de Monoprix, même si elle arrive un an après, suit ce phénomène.

Monoprix

L’intérêt de cette collection tient surtout dans les messages inscrits sur celle-ci. « Liberté », « égalité » et « fraternité » rappellent symboliquement la devise républicaine française, sur fond de bleu, blanc et rouge. Le « Super Power Girl » qui brille sur le t-shirt destiné aux petites filles est plus clinquant, plus jeune, plus enfantin aussi.

L’engagement de Monoprix n’est pas que marketing, explique l’enseigne française. Celle-ci a décidé de reverser 20% du chiffre d’affaires de sa collection capsule à l’Institut Curie, une fondation qui joue un rôle majeur dans le traitement et la recherche contre le cancer du sein. « On a toutes et tous des amies touchées par cette maladie, raconte Lilian Rosas. On n’en est pas encore guéries. »

À l’automne 2017, elle avait lancé une gamme de lingerie destinée aux femmes opérées d’un cancer du sein qui n’avaient pas subi de reconstruction mammaire. Au mois d’avril prochain, elle devrait commercialiser tout une série de maillots de bain dans le même domaine. La représentante de la marque l’assure: Monoprix veut poursuivre son engagement féministe.

Un engagement que la marque n’est toutefois pas la seule à s’être appropriée. Avant Monoprix, plusieurs enseignes de prêt-à-porter grand public se sont lancées. Parmi elles, on trouve évidemment la marque espagnole Zara et son t-shirt « We React » (en français, « nous réagissons »).

Zara

L’enseigne suédoise H&M s’y est aussi attelée, comme en témoigne son haut blanc « Femme Vibe ».

H&M

River Island, qui a récemment fait poser des enfants en situation de handicap dans sa dernière campagne de pub, a opté pour un message plus sobre, mais tout aussi, clair: « Féministe ».

River Island

La liste ne s’arrête pas là et compte d’autres exemples comme New Look, Stradivarius, Mango ou encore & Other Stories, un magasin du groupe H&M. Elles poursuivent le travail entamé de certaines marques de luxe comme Stella McCartney, Off-White, Zadig & Voltaire et même Dior, qui a fait défiler l’un de ses mannequins avec un pull dénonçant le harcèlement sexuel dont sont victimes les femmes à l’occasion de la Fashion Week de Paris, le 27 février dernier.

Le « Girl Power » est partout. Contactée par Le 4Suisse, la porte-parole de l’association Osez le féminisme Céline Piques explique que cette récupération est à double tranchant. « Le terme ‘féminisme’ a longtemps pâti d’une connotation pessimiste, renseigne la militante. C’était limite une insulte. Mais grâce à cette utilisation par des marques grand public ou des célébrités comme Beyoncé et Rihanna, le mot a retrouvé ses lettres de noblesse auprès d’une large audience. »

Elle se réjouit de la connotation méliorative dont jouissent aujourd’hui les mouvements féministes. Mais cette bonne nouvelle est à prendre avec des pincettes. « Cette tendance se fait à titre commercial », estime Céline Piques. C’est l’une des critiques qui avait été formulée lors de la commercialisation d’un t-shirt blanc de la marque Dior, orné de la phrase de l’écrivaine nigériane Chimamanda Ngozi Adichie « We should all be feminists » (en français, « Nous devrions tous être féministes »).

La directrice artistique de l’enseigne de luxe Maria Grazia Chiuri avait réfuté l’argument marketing en précisant qu’un pourcentage des ventes avait été reversé à l’association caritative de Rihanna dédiée à l’éducation, The Clara Lionel Foundation. À l’inverse de Monoprix, dont la somme reversée est clairement indiquée, celle dont parle la représentante de Dior n’a pas été démontrée, comme le souligne Slate.

Dons ou pas dons, chez Osez le féminisme, on ne fait pas la différence. Les questions liées aux femmes doivent être traitées avec plus de profondeur. « On a toujours des jouets genrés: du rose pour les filles et du bleu pour les garçons », explique Céline Piques. Elle évoque un engagement encore trop superficiel. « Il faut mettre en place des politiques à l’intérieur des entreprises, assure cette dernière. Faire des vêtements féministes n’est pas suffisant. »





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