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Nicolas Hulot et ses éternels paradoxes sont de retour

Nicolas Hulot et ses éternels paradoxes sont de retour

Il est revenu. Trois mois après sa démission fracassante du Gouvernement, Nicolas Hulot est sorti de son silence médiatique avec son passage dans l’Emission politique. Cela ne nous a pas surpris. Connaissant le personnage, lui ayant consacré sa plus récente biographie, parue la veille de sa démission, fin août, nous avions pronostiqué son possible départ et la posture qu’il adopterait par la suite. La date de l’émission, semble-t-il, avait été choisie de longue date. Mais entre temps, le mouvement des « Gilets jaunes » s’est constitué contre la hausse de la taxe sur les carburants, une mesure de « fiscalité écologique », présentée comme telle par Emmanuel Macron pour favoriser la transition vers une société plus écolo. Une mesure dont on attribue la paternité à Nicolas Hulot, qui ne l’a pas niée et l’a même défendue… à condition qu’elle soit assortie de mesures sociales.

Car on le sait désormais: cette hausse des carburants ne bénéficiera absolument pas à l’écologie… mais au budget de l’Etat, en cours d’examen au Parlement. Le Gouvernement annonce une hausse des taxes sur le carburant pour nourrir la transition écologique… mais dans le même temps enlève 577 millions d’euros au budget de l’écologie. Cherchez l’erreur.

À l’approche des élections européennes où les Verts font généralement de bons scores, on pourrait imaginer qu’Emmanuel Macron s’ingénie avant tout à monter l’opinion publique contre les mesures fiscales en faveur de l’environnement… Serait-ce faire preuve d’un cynisme exagéré? Pas si sûr, lorsqu’on entend la réaction significative de Benoît Julou, porte-parole des gilets jaunes de Saint-Brieuc, opposé à Nicolas Hulot hier soir, qu’il a qualifié de « comique » déconnecté de la réalité :

« Pour l’écologie, on va laisser crever des gens sur la route« . La réponse de l’ancien ministre à cette attaque résume tout le problème: « Si on oppose parisiens et provinciaux, écologie et social, on va tous dans le mur. Moi, ça ne me fait pas rire. […] Ne mettez pas tout sur le dos de l’écologie, c’est une partie infime de la fiscalité« . Et à l’heure de l’inquiétante montée des populismes en Europe, il a même été jusqu’à prophétiser: « Le fatalisme des uns nourrira le fanatisme des autres. »

Nicolas Hulot dit ne vouloir « nuire en rien » à Emmanuel Macron. Étrange fidélité, au passage, envers un homme dont il a quitté le gouvernement du jour au lendemain et sans prévenir, précisément parce qu’il avait enfin compris, en tant que ministre, que le président de la République n’avait nullement l’intention de faire de la France un pays doté d’une politique écologique volontariste, nullement l’intention de changer de modèle économique. Nullement l’intention, finalement, de nous éviter d’aller tous dans le mur.

On aurait pu alors penser que Nicolas Hulot serait mal à l’aise pour répondre au dévoiement opéré par ce Gouvernement. Mais depuis sa démission, l’actualité n’a fait que confirmer qu’il a eu raison de partir: santé environnementale, pesticides, les morts dus à la pollution de l’air, urgence d’un autre modèle agricole, COP 24, conditions de mise en œuvre du CETA, avenir des centrales nucléaires françaises, réintroduction des ours, place accordée aux chasseurs et défense de la biodiversité… et donc fiscalité écologique mise en œuvre sans son pendant social, absolument indispensable si on la souhaite enfin efficace.

Au cours de l’émission, Nicolas Hulot n’a donc cessé de marteler, avec son sens bien à lui des formules choc, qu’il fallait « combiner les problèmes de fin de mois avec les problèmes de fin du monde« . Que ne l’a-t-il crié plus fort, en tapant du poing sur la table, lorsqu’il était à la tête de son ministère, qui était précisément celui de la Transition écologique… ET solidaire!

Quand il dit que cela ne le fait pas rire, on peut le croire sur parole. Guidé par l’angoisse que génère chez lui l’urgence climatique, Nicolas Hulot n’a accepté le ministère de la Transition écologique que pour servir son objectif d’apporter des réponses concrètes et efficaces pour y faire face. En un peu plus d’un an, il n’a pu que constater, avec amertume, son impuissance. Un pied dehors, un pied dedans, il aura donc tout essayé. Mais peut-être a-t-il compris que là où il est le plus redoutable, c’est décidément « dehors »: à l’issue de l’émission, 65% des téléspectateurs étaient convaincus par son discours. Sa popularité est intacte.

Nicolas Hulot est un homme de paradoxes, sa vie entière le démontre. À la fois tenté par la politique mais amoureux de sa liberté, défenseur du combat le plus collectif, le plus mondial qui puisse exister, mais ayant toujours refusé de créer le mouvement ou même le parti dont il aurait besoin pour aboutir… Du moins, jusqu’à aujourd’hui. Va-t-il enfin faire le choix d’être un véritable activiste radical, sans ambition politique –puisqu’il est de notoriété publique qu’il n’en a plus désormais– mais déterminé à faire avancer son combat, quitte à « nuire » aux politiques qui l’ont trahi ? Avec Nicolas Hulot, il ne faut jamais dire jamais. Tout est toujours possible.

L’Archipel

Nicolas Hulot

« Les paradoxes de Monsieur Hulot », de Jean-Luc Bennahmias et Emmanuelle Raimondi, L’Archipel

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