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Peut-on mourir de désespoir ?

Peut-on mourir de désespoir ?

Mourir de désespoir après une situation traumatisante, cela existe : médicalement, on l’appelle la mort psychogène. Le chercheur John Leach du Département des sciences du sport et de l’exercice de l’Université de Portsmouth décrit pour la première fois les marqueurs cliniques de ce phénomène psychologique, également appelé « abandon » ou « syndrome de glissement ». « La mort psychogène est réelle. Ce n’est pas un suicide, ce n’est pas lié à la dépression, mais l’acte d’abandonner la vie et de mourir en quelques jours est une condition très réelle souvent liée à un traumatisme grave », explique-t-il dans une étude publiée en août dernier dans la revue Medical Hypotheses.

Une modification du circuit cingulaire antérieur

Suite à un traumatisme, une personne atteinte par le phénomène de « l’abandon » pense qu’il n’y a plus d’échappatoire. La mort devient donc pour elle la seule option rationnelle. Selon le Dr Leach, ces pensées pourraient résulter d’un changement dans les circuits sous-corticaux-frontaux du cerveau. Il en existe trois : le circuit dorsolatéral préfrontal, qui permet à l’information de s’organiser ; le circuit orbito-frontal, qui intègre l’information émotionnelle dans les réponses comportementales ; le circuit cingulaire antérieur (CCA), qui est sollicité pour les comportements motivés.

C’est ce dernier qui serait à l’origine des pensées précédemment évoquées, car il est responsable de la motivation : « Un traumatisme grave pourrait entraîner un dysfonctionnement du circuit cingulaire antérieur de certaines personnes. La motivation est essentielle pour faire face à la vie et si cela échoue, l’apathie est presque inévitable », développe le chercheur.

Cinq étapes de l’abandon

Le « syndrome de glissement » s’observe à travers cinq étapes identifiées par le Dr Leach :

  1. Le retrait social. À ce stade, la personne atteinte manifeste un repli marqué. Elle peut ainsi paraître insensible, dépourvue de sentiments, égocentrique. Selon le chercheur, ce retrait social est un moyen de s’affranchir de tout engagement émotionnel extérieur, afin de rétablir la stabilité émotionnelle intérieure. Cet état initial a par exemple été constatés chez les prisonniers de guerre ou les militaires en état de stress post-traumatique.
  2. L’apathie. Il s’agit d’une « mort » émotionnelle, dû à une mélancolie démoralisante, bien différente de la colère, de la tristesse, ou de la frustration. La personne n’accorde plus d’intérêt à son hygiène ou à son apparence physique. Le Dr Leach cite ainsi un prisonnier de guerre qui déclarait se réveiller chaque matin avec aucune énergie pour faire quoi que ce soit. D’autres interrogés décrivent cet état comme une mélancolie sévère, où la plus petite tâche semble requérir un effort insoutenable.
  3. La perte de motivation. La personne n’est plus capable de prendre des décisions. Il est fréquent qu’elle ne se lave, ne mange, n’interagisse plus. Elle a perdu sa motivation intrinsèque, c’est-à-dire sa capacité à agir pour s’aider elle-même, alors qu’elle est capable de faire preuve de persuasion, de raisonnement ou d’antagonisme pour les autres. Certaines personnes sondées par le Dr Leach déclarent n’avoir plus aucune pensée. « L’esprit est en attente », écrit-il.
  4. L’akinésie physique. Si la personne est encore consciente, elle est dans un état d’apathie profond. Alors que sa force musculaire n’est pas diminuée, elle est incapable de faire certains mouvements. Elle peut même être insensible à une douleur extrême, Une femme a ainsi raconté s’être brûlée au second degré, car elle ne sentait pas le soleil sur sa peau à la plage.
  5. La mort psychogène. Cette étape survient en moyenne quatre jours après l’akinésie physique. Le chercheur la décrit comme la « désintégration d’une personne » : « C’est à ce moment que la personne abandonne. Elle peut être couchée dans ses propres excréments et rien – ni avertissement, ni passage à tabac, ni plaidoyer ne peut lui donner envie de vivre ».

Mais selon le Pr Leach, le processus peut être inversé. Pour cela, il faut que la personne atteinte « récupère son sentiment de choix ». Il cite par exemple les bienfaits de l’activité physique, qui permet de retrouver le contrôle sur son corps, sans compter la libération de dopamine, qui procure une sensation de bien-être. Néanmoins, cela n’est hélas pas toujours possible.

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