Accueil » Actualité » Pourquoi les manifestations des gilets jaunes ont pris à la Réunion et pas en Martinique ou en Guadeloupe

Pourquoi les manifestations des gilets jaunes ont pris à la Réunion et pas en Martinique ou en Guadeloupe

Pourquoi les manifestations des gilets jaunes ont pris à la Réunion et pas en Martinique ou en Guadeloupe

GILETS JAUNES – La Réunion est entrée ce lundi 3 décembre dans son dix-septième jour de mobilisation des gilets jaunes. Depuis le début du mouvement social, l’île s’est embrasée, obligeant la ministre des Outre-mer à se rendre sur place. Mais dans les autres collectivités et territoires ultramarins, où les thématiques de la vie chère et du pouvoir d’achat sont pourtant omniprésentes, le mouvement des gilets jaunes a eu peu d’écho.

Comme dans l’hexagone, les premières manifestations ont eu lieu le samedi 17 novembre dans les territoires d’Outre-mer. Et ils se sont poursuivis les samedi 24 novembre et 1er décembre. Toutefois, que ce soit en Martinique, en Guadeloupe, en Guyane, à Mayotte ou encore en Polynésie, les manifestants sont rarement plus d’une centaine.

Ainsi, alors qu’à la Réunion on comptait plus d’une dizaine de barrages dès le 17 novembre, la mobilisation s’est limitée à des opérations escargots en Guadeloupe et en Guyane, quelques radars recouverts d’un gilet jaune et une marche d’une soixantaine de manifestants en Martinique. Un schéma qui s’est reproduit les deux samedis suivants, avec cependant une légère augmentation du nombre de manifestants en Martinique le 1er décembre.

Pourtant, dans les territoires d’Outre-mer, les questions de pouvoirs d’achat et du coût de la vie sont particulièrement sensibles. Elles ont même été à l’origine de l’un des plus grands mouvements sociaux jamais vu dans les Antilles Françaises: la grève générale qui a paralysé pendant plus d’un mois la Guadeloupe puis la Martinique en 2009 et qui a laissé dans les mémoires des deux îles des traces indélébiles et pas franchement positives.

Les gilets jaunes rappellent la grève de 2009…

Le 19 janvier 2009, un collectif guadeloupéen baptisé LKP (« Liyannaj Kont Pwofitasyon » ou « Collectif contre l’exploitation » en français) rebondit sur un mouvement de grève initié par les propriétaires de station-service. Le collectif, mené par son leader Eli Domota et soutenu par l’ensemble des syndicats de l’île, réclame un ensemble de mesures dont les principales sont la baisse des taxes et des prix sur le carburant, l’alimentation, les impôts ainsi qu’une hausse de 200 euros pour les salaires les plus bas.

Le mouvement prend de l’ampleur et fait tache d’huile en Martinique à partir du 5 février, porté par le « Collectif du 5 février. »

La situation se tend rapidement: plusieurs milliers de manifestants envahissent les rues de Martinique et de Guadeloupe, les stations-services sont réquisitionnées, les écoles et le port bloqués, les commerces pillés. Un syndicaliste est tué en Guadeloupe en marge d’un barrage routier et des dizaines d’interpellations ont lieu sur les deux îles.

Après plusieurs réunions de crise menées par le secrétaire d’Etat à l’Outre-mer de l’époque Yves Jégo, la grève générale est levée le 5 mars en Guadeloupe, après 44 jours de blocage. La Martinique suivra dix jours plus tard, en signant un protocole de sortie le 14 mars, 38 jours après le début du mouvement.

… et c’est contre-productif

De cette mobilisation historique, tant par son ampleur que par sa durée, les Martiniquais et Guadeloupéens en gardent un souvenir amer. Tout d’abord, parce qu’en ce qui concerne le coût de la vie, la différence dans les chariots de course a été à peine ressentie. En 2017, dans une interview au 4Suisse, Eli Domota confirmait cette impression et affirmait que « les textes adoptés pour lutter soi-disant contre la vie chère ont justement fait la part belle aux multinationales et aux importateurs distributeurs, pas aux Guadeloupéens ». Selon une étude de l’Insee réalisée sur des données de 2015, les prix restent en moyenne plus élevés de 12% dans les Antilles Françaises qu’en France Métropolitaine.

Mais surtout, Guadeloupéens et Martiniquais gardent un souvenir très vif des répercussions de cette grève sur l’économie. En décembre 2009, l’Iedom (Institut d’Émission des Départements d’Outre-mer) dressait un bilan très négatif du mouvement social, 10 mois après sa fin.

« Les estimations économétriques révèlent un impact négatif notable de cette crise, un peu plus prononcé à la Guadeloupe qu’à la Martinique; le secteur le plus touché serait celui de la construction. Des résultats d’enquête révèlent, quant à eux, que deux tiers des chefs d’entreprise en ressentent encore un impact important sur leur activité, cette proportion atteignant environ 90 % dans le secteur du tourisme », soulignait l’organisme public, qui rappelle l’importance de ces deux secteurs dans l’économie des deux îles.

De quoi décourager toute mobilisation d’ampleur, qui plus est sur un sujet qui fait écho à celui de 2009. Yvon Joseph-Henri, président de l’Association des consommateurs et des citoyens de la Caraïbe qui a organisé les manifestations en Martinique, ne souhaite d’ailleurs pas reproduire le schéma de 2009. « J’essaie d’expliquer à ceux qui voudraient recommencer les mouvements de 2009 qu’ils auront les mêmes résultats aujourd’hui. À savoir qu’ils échoueront », explique-t-il au quotidien local France-Antilles. Et d’ajouter: « 2009 a fait du mal à l’engagement social ».





Retrouvez cet article sur : https://www.huffingtonpost.fr/2018/12/03/pourquoi-les-manifestations-des-gilets-jaunes-ont-pris-a-la-reunion-et-pas-en-martinique-ou-en-guadeloupe_a_23607036/

A lire aussi:

Voir Aussi

On connaît l'annonce de Macron qui va calmer les gilets jaunes

On connaît l’annonce de Macron qui va calmer les gilets jaunes Retrouvez cet article sur …