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Sport – L’expérience unique de Daron Rahlves à 4000m

20 minutes - L

Daron Rahlves a beau avoir pris sa retraite des pistes de Coupe du monde de ski alpin en 2006, il est resté plus actif que jamais. Skicross, ski en haute montagne, mais également des sports plus estivaux, comme le surf, le ski nautique, le trek ou le VTT l’aident à se maintenir dans une forme olympique. «Je saute encore dans le portillon de départ d’occasionnels slaloms géants ou super-G mineurs dans ma région, ajoute le Californien de 45 ans, résident de Truckee, proche du lac Tahoe. C’est un coin dans lequel je vis depuis longtemps, mais en tant que skieur pro je n’étais presque jamais à la maison. Du coup j’en profite pour rattraper mon retard avec mes jumeaux de 11 ans, une fille et un garçon. Mon fils est aussi très actif dans le sport et c’est bon de partager ces moments.»

Le film réalisé par Nicolas Falquet, avec Jérémie Heitz et Daron Rahlves, est disponible en streaming sur le site de Red Bull TV.

Mais cette semaine, c’est dans un décor d’un tout autre genre, tout aussi féerique, que Daron Rahlves est venu baigner. L’Américain était présent jeudi à Lucerne, en compagnie des Valaisans Jérémie Heitz et William Besse, pour la première de Race the Face, film mêlant ski freeride et alpin, réalisé par un autre Valaisan: Nicolas Falquet. En attendant le début de la séance au Musée de Transports, Rahlves en a profité pour visiter un peu l’exposition. «C’est génial, dans le Media World j’ai pu essayer la descente de la Streif avec un casque de réalité virtuelle», s’enthousiasme celui qui avait conquis la mythique piste de Kitzbühel et qui avait lui-même filmé voici quelques années une descente sur le redoutable tracé autrichien avec des caméras à 360 degrés (voir plus bas). «Même pour de faux c’est assez impressionnant, surtout quand tu regardes tes skis. C’est fou de voir à quel point ils tiennent juste sur l’arrête par moments, par exemple dans les traverses! Extraordinaire!»

«Pour de l’unique, j’ai été servi!»

Mais revenons au film, dont les images sont tout aussi vertigineuses. Il est né dans la tête de Jérémie Heitz, dont la carrière en ski alpin s’était arrêtée à 17 ans, avec une envie de se lancer plus activement dans le freeride. Le Valaisan de 29 ans n’a toutefois jamais renié ces bases et a toujours rêvé de réunir ces deux mondes. Voilà qui a été fait en mai dernier, avec la tenue d’un slalom géant – en réalité plus proche d’un super-G – sur la face nord-est du Hohberghorn valaisan, qui culmine à 4219m d’altitude! «J’adore saisir les occasions de faire des choses uniques. Et là on peut dire que j’ai été servi», note Rahlves, qui a répondu à l’invitation de Heitz. Les deux athlètes avaient fait connaissance lors de l’Xtreme de Verbier en 2015. «J’ai aussi parfois rêvé, lors de mes sorties en Alaska, de faire une course sur une face sauvage, mais ça me paraissait très dur à mettre sur pieds. A la place, j’ai souvent regardé Jérémie skier. J’adore le voir à l’œuvre!»

La mise en place de cette course singulière a demandé une préparation minutieuse. Dans les starting-blocks depuis début avril, Daron Rahlves a dû prendre son mal en patience jusqu’à ce que la fenêtre météo se présente. En Suisse, un pays où il adore venir et manger de la fondue, l’Américain en a profité pour nager dans le Léman et faire des balades dans les alpes valaisannes. En l’espace de trois jours, l’équipe a ensuite pu mettre en place le matériel, puis les deux skieurs ont pu s’élancer sur la face et tourner. C’est l’ancien skieur William Besse qui a fait office de directeur de course et qui a piqueté le tracé. «La glace là-haut est dix fois plus dure que tout ce qu’on peut trouver en Coupe du monde, rigole Rahlves. Il fallait voir Wills tenter de la percer pour y placer le premier piquet!»

Des piquets de 2m recouverts de neige

Fidèle à son éthique, Heitz avait insisté pour que l’ascension vers le départ se fasse à pied, sac et skis au dos, piolets en mains, afin de vivre un moment de partage après avoir passé la nuit au camp de base. «Cet aspect-là était nouveau pour moi, rappelle l’Américain. Mais Jérémie m’a appris plein de choses. Il y a une vraie technique et lui la maîtrise bien.» Lorsqu’on lui apprend que le Valaisan a raconté l’avoir vu à la peine par instants durant la montée, il se marre: «Non, c’était un jeu mental. Je cherchais à lui faire croire que j’étais fatigué pour pouvoir mieux le battre une fois sur la piste! Plus sérieusement, c’était par moments compliqué. Mais plus on travaille pour quelque chose, plus le sentiment est fort lorsqu’on l’accomplit. L’ascension nous a pris environ 2h30. Parfois on marchait facilement, parfois on avait de la neige jusqu’à la taille. Le jour de la course, la neige avait recouvert les deux dernières portes du parcours. Et elles font deux mètres de haut!

Puis vient le moment de s’élancer. «C’était tellement amusant à faire, s’exclame le quadragénaire californien. Et je n’ai jamais skié aussi longtemps sur une pente aussi raide. A Kitzbühel, la Mausefalle est verticale aussi, mais ce n’est que sur quelques dizaines de mètres. Là, si on faisait une erreur, on n’arrêtait plus la culbute jusqu’en bas. A cause de la rigidité des portes et parce qu’on avait des sacs sur le dos, on a un peu moins frôlé les piquets que si on était sur une course alpine. Sur les dernières portes, on a vraiment pu laisser aller, c’était le pied. Nos épaules se sont délestées d’un immense poids d’un seul coup, c’était grisant. Le truc de toute une vie et l’un des meilleurs moments de ma carrière.» Cette expérience, Daron Rahlves espère qu’elle atteindra les passionnés de ski freeride, mais encore plus le monde du ski alpin. «J’espère qu’il sera exposé et qu’il touchera les skieurs. Dur de rester insensible à ces images spectaculaires, en tout cas.


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