lundi , 20 janvier 2020
Accueil » Actualité » 5 pistes pour négocier la réforme des retraites et en finir avec le blocage

5 pistes pour négocier la réforme des retraites et en finir avec le blocage

Anadolu Agency via Getty Images

Manifestation contre la réforme des retraites devant l’Opéra Bastille à Paris, le 31 décembre 2019.

Cela fait désormais un mois que les Français se posent cette question, coincés par une réforme historique pour les uns, scélérate pour les autres, sans qu’aucune perspective de sortie de crise n’ait été donnée au cours des vœux présidentiels. 

Allons à l’essentiel: qu’est-ce qu’un système de retraites juste? C’est un système qui garantit quel que soit son métier ou sa condition sociale, une continuité de niveau de vie et une espérance de vie en bonne santé égale pour tous.    

Contenu de Marque

Pour son dernier projet, Volvo Car France soutient Claire Marsauche et eXXpedition, une initiative en faveur de la protection...

La promesse initiale d’Emmanuel Macron d’instaurer un système de retraite par points est-elle en opposition avec cet objectif? Sur le principe non, et les Français plébiscitent d’ailleurs largement l’idée d’un système universel plus pratique et lisible tout au long de la vie.  

La méfiance voire le rejet d’une partie d’entre eux ont trois causes principales: tout d’abord un doute profond et compréhensible concernant le montant à venir de leur retraite. Tant que des garanties formelles ne seront pas apportées quant au calcul de ce fameux point, le spectre d’une baisse généralisée des pensions demeurera.  

En outre, ce calcul sur l’ensemble de la carrière et non plus les 25 meilleures années fait craindre à juste titre le développement de nouvelles inégalités entre salariés. Un système universel ne peut pas être le strict reflet des inégalités salariales tout au long de la vie. Un système juste doit tenir compte des inégalités de parcours et des accidents inhérents à chaque vie professionnelle.

Nous sommes la génération la plus exposée à la précarité du travail: stages sans fin et chômage pour les jeunes, précarisation et discrimination pour les femmes, chômage endémique pour les seniors. Notre retraite doit réparer les injustices du marché du travail contemporain. C’était d’ailleurs le sens du passage de 200 à 150 heures/smic pour valider un trimestre, voté sous le quinquennat de François Hollande.

Enfin, l’équilibre financier du système des retraites repose dans le projet du Gouvernement sur une nouvelle borne d’âge dite pivot à 64 ans qui pénalise injustement les carrières longues. 

Pourquoi ne pas revenir à la promesse initiale d’un système universel et proposer dès à présent aux partenaires sociaux de discuter réellement des modalités concrètes de la réforme et dessiner les points de consensus pour un système plus juste? Pourquoi ne pas également associer les citoyens à cette discussion sous la forme d’une assemblée citoyenne telle que celle mise en place sur le climat?  

Nous pouvons évoquer quelques axes nécessaires pour orienter ces débats et espérer que chaque partie prenante fasse un pas vers un consensus:

– Est-ce si difficile d’envisager que la durée de cotisation soit le critère central pour ouvrir le droit à une retraite à taux plein, et qu’elle s’adapte en partie à l’évolution de l’espérance de vie, celle en bonne santé effective?   

– Est-ce si difficile de moduler cette durée en fonction de la pénibilité du travail? Une pénibilité prise en compte sous toutes les dimensions telles que définies sous le quinquennat Hollande pour disposer de critères justes et partagés selon les branches professionnelles? 

– Est-ce si difficile de simplifier les bornes d’âge? Pourquoi ne pas supprimer le fameux âge pivot et permettre à chaque individu de partir à la retraite quand bon lui semble à partir de 60 ans? Avec bien sûr un bonus/malus autour du seul critère de la durée de cotisation et de la pénibilité de son métier. L’âge de 64 ans devant être néanmoins maintenu comme âge garanti de départ à taux plein pour tout salarié afin de ne pas pénaliser les carrières hachées et les femmes en particulier. 

– Est-ce si difficile, pour compléter le financement de ce système, d’ouvrir le débat sur le montant des cotisations et un meilleur plafonnement des retraites des Français les plus fortunés, ceux pour qui les revenus en fin de vie ne proviennent que pour infime partie de leurs pensions? 

– Est-ce si difficile de discuter de la dichotomie entre vie active et retraite? Nombre d’employeurs ne veulent pas forcément garder dans leurs effectifs les plus de 60 ans pour certains types de travail pénible ou stressant, alors que nombre de retraités travaillent bénévolement pour des activités très clairement redevables de l’intérêt général. Pourquoi ne pas ouvrir des points pour celles et ceux d’entre eux qui s’occupent de leur parent en perte d’autonomie ou qui se rendent d’une façon ou d’une autre objectivement utiles à la société. Il y a surement là des évidences, des parcours différenciés et intermédiaires qui restent pleinement à investiguer et à saisir politiquement. 

Les bases d’un tel consensus ont bel et bien été posées dans monde pas si ancien, entre 2014 et 2017, par François Hollande et Marisol Touraine: allongement de la durée de cotisation à 43 ans en 2035, hausse modérée du montant des cotisations, prise en compte de la pénibilité et départ dès 60 ans pour les carrières longues. Quel était le montant du déficit du régime général des retraites à la fin du quinquennat? Zéro. Combien de manifestants, combien de jours de grève et de galère dans les transports? Aucun. 

Ni le dialogue social ni la démocratie ne sont un coût. Ils sont un bénéfice collectif et surtout très moderne, tant notre monde, notre société et les parcours professionnels deviennent de plus en plus complexes. Eux doivent durer encore longtemps!

 




Première apparition