mercredi , 23 octobre 2019
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A Rouen, la « psychose » malgré le discours rassurant des autorités

Pascal Rossignol / Reuters

Le nuage de fumée né de l’incendie de l’usine Lubrizol continue d’inquiéter habitants et associations.

POLITIQUE – Rien n’y fait. En dépit des messages rassurants adressés par les autorités sanitaires et étatiques depuis le grave incendie de l’usine Lubrizol à Rouen, l’inquiétude ne retombe pas face à ce que le préfet Pierre-Henri Durand a qualifié de “catastrophe majeure”.

En cause: les doutes persistants d’une partie de la population et de la classe politique sur la transparence de l’État dans cette affaire. Plusieurs riverains de l’usine Lubrizol ont déjà fait savoir qu’ils allaient lancer une action judiciaire dans le but de déterminer “qui est responsable de ce qui s’est passé”. “On peut comparer cela à une marée noire dans l’air, ça ne se calme pas”, a déclaré leur avocat Jonas Haddad.

Évoquant le précédent de l’explosion de l’usine AZF à Toulouse, des figures de l’opposition déplorent de leur côté un manque de transparence et réclament une commission d’enquête parlementaire pour faire toute la lumière sur l’incident. Plusieurs syndicats, dont la CGT et Solidaires, mais aussi des associations écologistes (Greenpeace, France nature environnement) ont appelé à manifester ce mardi devant le palais de justice de Rouen, là encore pour obtenir “une transparence complète”.

S’il défend la réaction immédiate de l’État dès le départ de l’incendie, le ministre des Comptes publics Gérald Darmanin a admis ce dimanche 29 septembre sur Europe1 “comprendre une forme de psychose dans la population normande”. “Ce qu’il faut faire, c’est publier l’intégralité des analyses”, a appuyé l’élu des Hauts-de-France, misant sur une transparence totale pour calmer les esprits.

Des mesures rassurantes mais partielles

Problème: ces analyses de l’air, des sols, des produits de consommation souillés sont, pour certaines, encore en cours. Et le doute s’est installé quant à la capacité de l’État à anticiper les effets sur le long terme de cette pollution exceptionnelle.

Les investigations pour déterminer l’ampleur des dégâts dépassent désormais le cadre de la Normandie. Les services de l’État dans les Hauts-de-France “font procéder actuellement” à un recensement des territoires “susceptibles” d’avoir été touchés par des suies dues au nuage de fumée qui a survolé la région, a annoncé l’ARS dimanche. Ce nuage a même traversé la Belgique. 

Contrairement à ce que réclament les élus d’opposition, la liste complète des produits chimiques qui ont brûlé dans l’incendie n’a pas été communiquée.

Ce samedi, la préfecture de Seine-Maritime a pourtant montré patte blanche en dévoilant les résultats des premières mesures effectuées sur la qualité de l’air et la composition des suies. Le constat global se veut apaisant. Concernant la qualité de l’air, “les résultats […] font apparaître un état habituel de la qualité de l’air sur le plan sanitaire”. Au sujet des retombées de suies, générées par l’épais nuage de fumée, “les résultats d’analyses ne mettent pas en évidence de différences significatives entre le prélèvement témoin et les cinq autres sites” testés.

Pour autant, reconnait la préfecture, “tous les résultats ne sont pas actuellement disponibles”. “Certaines mesures demandant un temps d’analyse long seront mises en ligne dès leur réception”, promettent ainsi les autorités. C’est le cas des analyses sur les retombées potentielles d’amiante qui était présente dans la toiture de l’usine. Les premiers résultats ne seront publiés que mardi. On attend encore le verdict s’agissant des prélèvements effectués sur les récoltes et les cheptels.

Le principe de précaution maintenu

En attendant d’en savoir davantage, les autorités ont fait le choix de maintenir des mesures conservatoires ciblant notamment les agriculteurs et les particuliers. Selon la préfecture, “les productions végétales non récoltées ne doivent pas l’être”. S’agissant des productions végétales récoltées avant jeudi, et susceptibles d’avoir été exposées à la contamination, il est demandé que soient consignés le lait collecté issu d’élevages dont les vaches étaient au pâturage depuis jeudi, les oeufs des élevages de plein air pondus et le miel collecté depuis le jeudi ainsi que les poissons d’élevage produits dans la zone concernée.

Pour ce qui concerne les particuliers (potagers, jardins familiaux, etc.), il est recommandé de ne pas consommer tout produit souillé. Le tout “jusqu’à l’obtention de garanties sanitaires”.

Un principe de précaution compréhensible mais qui contribue à alimenter les doutes sur les risques encourus dans les semaines et mois à venir. “C’est dangereux d’affirmer qu’il n’y a pas de toxicité. Il faut d’abord s’assurer que l’air est salubre avant que les écoles et les crèches ne rouvrent demain. Il n’y a aucune clairvoyance du préfet, qui cherche manifestement à raccourcir la cinétique de l’événement afin de le clore prématurément”, met en garde dans Paris-Normandie Jacky Bonnemains, de l’association Robin des bois.

“L’inquiétude est absolument légitime, prévient Annie Thébaud Mony, directrice de recherche honoraire à l’Inserm. Le préfet ne ment pas quand il dit qu’il n’y a pas de toxicité aiguë du nuage, mais il ne peut écarter la toxicité à long terme.” 

Pour centraliser les investigations et garantir un suivi efficace de “l’évaluation et la gestion des impacts sanitaires et environnementaux de cet incendie”, le préfet de Seine-Maritime a ordonné la mise en place d’une cellule post-accident technologique.

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