vendredi , 11 décembre 2020
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après le veto, l’heure du compromis pour la Pologne et la Hongrie


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Malgré l’esquisse d’un accord, évoquée mercredi, Budapest et Varsovie se sont attiré les foudres de leurs opinions en bloquant le plan de relance de l’Union européenne. Une possible erreur stratégique sur fond de pandémie et autres revers internes.

L’heure n’est plus au veto pour la Pologne et la Hongrie. Le président polonais Andrzej Duda a évoqué, mercredi 9 décembre, un « accord préliminaire », fruit d' »efforts acharnés », au sujet du plan de relance européen. Le Premier ministre hongrois, Viktor Orban, a quant à lui quitté Budapest visiblement confiant en vue du « jour J » au sommet européen de Bruxelles jeudi. Ses ministres ont, mercredi soir, crié « victoire », même si le compromis trouvé doit encore être entériné par les dirigeants de l’UE.

Jusque-là, la Pologne et la Hongrie s’opposaient frontalement à l’Union européenne. L’objet de leur courroux : l’instauration d’un nouveau mécanisme, jugé arbitraire, qui permettrait de les priver de fonds européens en cas de violations de l’État de droit (justice indépendante, politique anticorruption…).

Selon les détails qui ont filtré de l’accord préliminaire évoqué par le président polonais, en cas de recours, les sanctions financières ne seraient effectives qu’après décision de la Cour de justice européenne. Autrement dit, pas avant les prochaines élections législatives de 2022, ont déploré certains à Budapest.

Pologne et Hongrie « ne peuvent pas se permettre » un veto

« L’UE s’est inclinée, a capitulé devant le Premier ministre hongrois », a lâché le député indépendant Akos Hadhazy. Pour lui, Viktor Orban serait donc parvenu à ses fins en vidant le mécanisme de sa substance mais d’autres voient tout de même un progrès.

« Il est désormais à la traîne non seulement de l’Union européenne, mais aussi des électeurs hongrois qui veulent dépenser l’argent de l’UE pour les hôpitaux, les écoles et l’emploi, pas pour la famille du Premier ministre », selon l’eurodéputée Anna Donath, du petit parti libéral Momentum.

Un rapport de l’UE avait pointé en 2018 des « irrégularités graves » dans plusieurs projets ayant bénéficié de fonds, dont l’un lié à une société contrôlée par le gendre du dirigeant.

La Hongrie comme la Pologne ont décidé de ne pas participer au parquet européen, nouvelle arme de l’UE contre la fraude et la corruption, qui doit démarrer en mars 2021.

Jusqu’au bout, Viktor Orban a défendu la position du veto. Signe de fébrilité, il s’est rendu à Varsovie à deux reprises ces derniers jours, alors que l’alliance polono-hongroise semblait vaciller. Car, quand l’UE a laissé entendre qu’elle était prête à contourner les deux réfractaires pour pouvoir distribuer aux 25 autres membres les fonds du plan post-Covid-19, les Polonais ont esquissé un pas vers Bruxelles.

« Ils ne peuvent pas se permettre » un veto, estime Anna Materska-Sosnowska, politologue à l’université de Varsovie. « Ils ont beau clamer » pouvoir survivre sans les fonds européens, « ce n’est pas vrai », souligne-t-elle.

Fort soutien des Polonais et Hongrois à l’UE

Difficile en outre de justifier une telle stratégie auprès de l’opinion publique, massivement favorable dans les deux pays à l’idée de lier le versement des fonds à l’État de droit selon de récents sondages (66 % dans le cas des Polonais, 77 % des Hongrois).

Les dernières enquêtes d’opinion montrent aussi un fort soutien de la population à l’adhésion à l’UE – respectivement 87 % et 85 % –, un « niveau sans précédent » d’après l’institut Median basé à Budapest.

L’UE gagne donc des points au moment où la popularité des dirigeants polonais et hongrois chute.

En Pologne, la coalition formée autour du parti Droit et Justice (PiS) de Jaroslaw Kaczynski, fragilisée par des querelles internes, a vu sa cote chuter en dessous du seuil de 30 %. Le gouvernement se voit reprocher d’un côté sa gestion de la deuxième vague de Covid-19 et de l’autre la perspective de durcir la loi anti-avortement, déjà parmi les plus sévères en Europe. Le projet mobilise contre lui des milliers de manifestants dans de nombreuses villes.

En Hongrie, Viktor Orban, au pouvoir sans discontinuer depuis dix ans, « vit la période la plus difficile de sa carrière », selon l’éditorialiste Miklos Hargitai. « Jusqu’ici, il brandissait des ennemis imaginaires – George Soros, Bruxelles ou les migrants –, mais là il fait face à un adversaire redoutable qui ne se plie pas à ses désirs : la pandémie. » Le Premier ministre hongrois a en outre perdu un de ses fidèles, l’eurodéputé Jozsef Szajer, poussé à la démission après avoir été surpris dans une soirée libertine gay bruxelloise en plein confinement.

« La machine de propagande commence à se rouiller », estime l’analyste Peter Kreko, du groupe de réflexion Political Capital.

Avec AFP


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