dimanche , 20 septembre 2020
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Au procès de Charlie Hebdo, le port du masque parasite les premiers débats

CHARLIE HEBDO – Ce mercredi 2 septembre, tout au tribunal judiciaire de Paris rappelle le caractère exceptionnel de cette journée: la présence de nombreux policiers bouclant les rues alentours, les fouilles systématiques à plusieurs points de passage à l’extérieur et à l’intérieur, la présence de près d’une centaine de médias nationaux et internationaux… Une chose, en revanche, ne fait pas exception au sein du tribunal des Batignolles au jour de l’ouverture du procès des attentats de janvier 2015: le port du masque obligatoire.

Dans les couloirs comme dans toutes les salles d’audience, magistrats, avocats, prévenus et parties civiles sont tenus de porter le masque en raison de la crise sanitaire. Et la règle a fait débat au premier jour du procès, consacré à des questions de procédure et au rappel des faits du président de la cour d’assises spécialement composée, Régis de Jorna.

“On ne peut pas juger des hommes comme ça”

A la reprise des débats en début d’après-midi, ce dernier a rappelé d’emblée que le masque restait obligatoire même lors des prises de parole, pour ”éviter un cluster à la barre”. Plus tôt dans la matinée, Isabelle Coutant-Peyre, avocate de l’un des principaux accusés, avait rapidement enlevé son masque en tissu noir pour s’exprimer, notamment après que plusieurs avocats ont signalé ne pas l’entendre correctement. Elle avait ensuite été imitée par ses confrères lors de leurs passages à la barre.

Mais après le rappel à l’ordre du président, les avocats des accusés ont estimé, au-delà de leur propre confort, que les “règles sanitaires (étaient) contraires au droit de la défense”. “Vous jugez un homme dont vous ne voyez pas le visage”, a lancé Me Beryl Brown. “On ne peut pas juger des hommes comme ça!”, entend-on encore dans un léger brouhaha.

“On prend le risque, en gardant le masque, qu’aucun des accusés ne parle”, met en garde un autre avocat de la défense. “Ce procès est filmé pour l’histoire, l’histoire se souviendra qu’en 2020 en France” on a jugé des hommes masqués, a de son côté regretté Me Coutant-Peyre. “L’histoire se souviendra qu’en 2020 la France et le monde étaient en pleine pandémie de ce que l’on appelle le Covid…”, a rétorqué le président de la cour.

Les avocats des parties civiles, par la voix de M. Jean Reinhart, “s’unissent à cette préoccupation”. L’avocat fait valoir que, “même à l’Assemblée nationale, quand il y a une prise de parole, on enlève le masque”.

La question pourrait faire l’objet d’un débat extérieur à l’audience, a concédé le président Régis de Jorna. En attendant, “aujourd’hui, c’est moi qui vais parler pendant quatre heures…”, a-t-il tempéré.

“Le mercredi 7 janvier 2015, à 11h30…”

Sans tarder, il s’est lancé dans la lecture de son rapport, “synthèse d’un dossier de 171 tomes”, une présentation des faits “tels qu’ils sont exposés dans les décisions d’accusation”. “Le mercredi 7 janvier 2015, à 11h30, deux hommes habillés en noir, cagoulés et armés, font irruption dans l’immeuble du 7, rue Nicolas Appert, à Paris”, a-t-il commencé, alors que la confusion laissait place au silence dans la salle d’audience. Ce récit, partagé avec le premier assesseur, a duré jusqu’en début de soirée.

Pendant deux mois et demi, la cour devra déterminer si les 14 accusés, dont trois sont absents (ils avaient rejoints la zone irako-syrienne quelques jours avant les attentats) connaissaient le projet terroriste des frères Kouachi et d’Amedy Coulibaly, qui ont fait 17 morts entre le 7 et le 9 janvier 2015. Tous sont soupçonnés, à des degrés divers, d’avoir fourni une aide logistique aux terroristes.

Certains membres ou anciens membres de Charlie Hebdo ont fait le déplacement : le directeur de la publication, Riss, le journaliste Laurent Léger et l’urgentiste Patrick Pelloux. “C’est le temps de la justice, il faut le respecter”, a simplement réagi ce dernier.

Lassana Bathily, l’employé de l’Hyper Cacher qui avait aidé des clients à se cacher pendant la prise d’otages, a également pris place dans la salle d’audience principale, “pour surmonter ce que l’on a vécu”. “C’est dur de voir les accusés en face, des personnes qui voulaient mettre fin à votre vie, qui ont tué des proches de personnes avec lesquelles vous avez travaillé”, a-t-il confié aux journalistes dans l’atrium du tribunal.

Pour le bâtonnier de Paris, Olivier Cousi, les moyens hors norme déployés pour organiser ce procès démontrent que “la justice française est capable de répondre de manière efficace à cet acte de barbarie, malgré le Covid”.

Les prochaines semaines devraient être consacrées aux témoignages des quelque 200 parties civiles.


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