samedi , 26 septembre 2020
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Banksy affrète un navire en Médterrannée


Le street artiste Banksy a financé un nouveau navire pour porter secours aux migrants en Méditerranée, qui est déjà sur zone et a secouru 89 personnes. Son nom, le Louise-Michel, a été affrété dans le plus grand secret.

Il est reconnaissable, en pleine mer Méditerranée, à ses couleurs – rose et blanc –, mais surtout au graffiti manifestement signé Banksy représentant une petite fille en gilet de sauvetage brandissant une bouée en forme de cœur. Baptisé du nom de « Louise Michel » – célèbre anarchiste française du XIXe siècle – , le navire financé par le street artiste est parti le 18 août du port espagnol de Borriana, près de Valence, et a récupéré jeudi, 89 personnes, dont quatorze femmes et deux enfants, en Méditerranée.

Cette opération de sauvetage a été révélée dans la nuit de jeudi 27 août par le journal britannique The Guardian, qui ne précise pas la position exacte du bateau. « Il recherche maintenant un port maritime sûr pour débarquer les passagers ou les transférer sur un navire des garde-côtes européens », peut-on lire.

L’artiste ne serait pas à bord, assure le Guardian, qui ajoute que toute l’opération a été montée entre Londres, Berlin et Borriana. Le bateau est un ancien navire des douanes françaises. Avec 31 mètres de long, il est de plus petite taille, mais considérablement plus rapide, que les habituels navires des ONG intervenant dans la zone, lui permettant de prendre de vitesse les garde-côtes libyens.

Un compte twitter au nom du bateau (@MVLouiseMichel) a par ailleurs diffusé une photo, « dans une mer très agitée », d’une opération d’assistance au « Sea-Watch 4 », autre navire humanitaire des ONG Médecins sans Frontières et Sea-Watch, présent dans la zone depuis la mi-août.

« Une équipe expérimentée venue de toute l’Europe »

« ALLEZ ! Un bateau sponsorisé par Banksy et peint par lui, une équipe expérimentée venue de toute l’Europe, le ‘Louise-Michel’ a déjà sécurisé deux opérations de sauvetage du ‘Sea-Watch 4’ et a maintenant sauvé 89 personnes par lui-même. Nous nous réjouissons de ce renfort rose ! », a publié de son côté l’ONG Sea-Watch sur twitter.

Le « Sea-Watch 4 » a effectué jusqu’à présent trois sauvetages, récupérant à son bord plus de 200 personnes.

« Des activistes européens avec une longue expérience »

L’équipage est composé d’une dizaine de membres, des « activistes européens avec une longue expérience des recherches et des secours en mer ».

Son capitaine est Pia Klemp, une militante allemande pour les droits de l’homme, connue pour avoir conduit plusieurs autres navires de sauvetage, dont le « Sea-Watch 3 ». Elle fait toujours l’objet d’une enquête par la justice italienne, pour « aide à l’immigration illégale » notamment.

Banksy a contacté Pia Klemp en septembre 2019, explique le Guardian, selon lequel la jeune femme a d’abord cru à un canular. « Bonjour Pia, j’ai lu votre histoire dans les journaux. Tu as l’air d’une dure à cuire », lui a-t-il écrit dans un mail, cité par le journal.

« Je suis un artiste du Royaume-Uni et j’ai travaillé sur la crise des migrants, évidemment je ne peux pas garder l’argent. Pourriez-vous l’utiliser pour acheter un nouveau bateau ou quelque chose comme ça? S’il vous plaît, faites-moi savoir », disait ce message, signé « Banksy ».

« Le sauvetage en mer, un combat antifasciste »

Pia Klemp estime que Banksy l’a sollicitée pour son engagement politique : « je ne vois pas le sauvetage en mer comme une action humanitaire, mais comme faisant partie d’un combat antifasciste », a-t-elle déclaré au Guardian.

Les dix marins du « Louise Michel » se disent tous « des activistes anti-racistes et anti-fascistes partisans de changements politiques radicaux », précise le Guardian.

Selon Lea Reisner, infirmière chargée à bord des opérations de secours, le projet est « d’abord anarchiste, puisqu’il entend défendre la convergence des luttes pour la justice sociale, dont les droits des femmes et des LGBTIQ, l’égalité raciale, les droits des migrants, la défense de l’environnement et les droits des animaux ».

Et « puisqu’il s’agit d’un projet féministe, seules les membres d’équipages féminins sont autorisés à s’exprimer au nom du ‘Louise Michel' », souligne le Guardian. Pour Claire Faggianelli, autre participante au projet, il s’agit de « réveiller les consciences européennes ».

300 migrants morts en mer en 2020

Cette annonce intervient alors que l’année 2020 est marquée par une recrudescence d’embarcations en Méditerranée centrale, route migratoire la plus meurtrière du monde pour les candidats à l’exil vers l’Europe, venus pour l’essentiel de Libye et de la Tunisie voisine.

Plus de 300 migrants ont péri cette année en tentant la traversée, mais ce chiffre pourrait être en fait beaucoup plus élevé, estime l’Organisation internationale pour les migrations (IOM)

De nombreuses petites embarcations de migrants, essentiellement des Tunisiens, ont notamment accosté tout l’été sur l’île italienne de Lampedusa, au sud de la Sicile.

Dernier navire revenu de Méditerranée centrale, l' »Ocean Viking » – affrété par SOS Méditerranée – est immobilisé depuis début juillet par les autorités italiennes « pour des raisons techniques » après avoir  débarqué en Sicile avec 180 migrants.

Avec AFP




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