vendredi , 11 décembre 2020
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Boris Johnson veut montrer que le Royaume-Uni est « à la pointe »


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Le Royaume-Uni lance mardi une campagne massive de vaccination anti-Covid, une première dans le monde. Très critiqué pour sa gestion de la pandémie, le Premier ministre Boris Johnson entend être pionnier dans la réponse à la crise.

« La semaine qui vient est un moment historique », a prévenu le ministre britannique de la Santé, Matt Hancock. Dans une opération de communication, celui-ci a désigné le premier jour de la campagne de vaccination contre le Covid-19, mardi 8 novembre, comme le « V-Day », en référence au « D-Day », jour du débarquement des Alliés en Normandie pendant la Seconde Guerre mondiale. Pour le gouvernement conservateur de Boris Johnson, l’enjeu est crucial. En faisant du Royaume-Uni le premier pays au monde à autoriser le déploiement du vaccin développé par Pfizer et BioNTec, Boris Johnson tente un coup politique. Il espère faire oublier sa gestion chaotique de la pandémie de Covid-19, alors que son pays est le plus durement touché en Europe avec plus de 61 000 morts, pour une population de plus de 66 millions d’habitants.

« La gestion du Covid-19 a été lente et compliquée. Boris Johnson a d’abord prôné l’immunité collective lors de la première vague, avant de s’aligner sur la stratégie française de confinement, avec un décalage qui a eu des conséquences graves sur le plan sanitaire », rappelle Thibaud Harrois, maître de conférence en civilisation britannique à l’université Sorbonne-Nouvelle. Pour ce deuxième pic épidémique, le gouvernement britannique a été plus réactif, décrétant un confinement dès le 5 novembre, « non sans y avoir été poussé par l’Écosse et le pays de Galles, qui ont imposé des mesures strictes beaucoup plus tôt, dès septembre ». 

Si le gouvernement conservateur est pressé par le temps, c’est aussi parce qu’il doit faire face à la colère croissante de certains élus dans son propre camp. « De nombreux députés conservateurs ont affiché leur désaccord avec les restrictions sanitaires imposées dans certaines zones du pays. Ils ne savent pas comment justifier le coût économique de ces mesures auprès de leur électorat local », souligne Thibaud Harrois.

« C’est un peu comme lorsque le premier homme a marché sur la Lune… »

Les premières doses commenceront à être administrées dès le 8 décembre en Angleterre, mais aussi en Écosse, au pays de Galles et en Irlande du Nord. Au total, 40 millions de doses du vaccin développé par les laboratoires américain Pfizer et allemand BioNTech, ont été commandées. Elles devraient permettre de protéger 20 millions de personnes, deux injections étant nécessaires à trois semaines d’intervalle. 

Les résidents et membres du personnel des maisons de retraite seront les premiers à être vaccinés. Suivront les soignants et les plus de 80 ans, et ainsi de suite par âge décroissant, ont indiqué les autorités britanniques.

En tout, le gouvernement a assuré l’accès à quelque 357 millions de doses en s’approvisionnant auprès de sept fabricants. Il compte notamment sur celui d’AstraZeneca et de l’université d’Oxford, plus facile à transporter que celui de Pfizer, qui nécessite un stockage à -70 °C, pour vacciner plus largement. 

Pour Catherine Coron, maître de conférences à Paris-2, la rapidité de déploiement des vaccins au Royaume-Uni ne sert pas tant à « masquer les échecs de Boris Johnson », qu’à faire « passer le message que cette fois-ci le Royaume-Uni serait à la pointe ». La chercheuse rappelle que le monde vit un contexte de « guerre commerciale ». « Cette action politique illustre la dimension de ‘compétition’ propre au modèle social britannique libéral, mais aussi américain. Au Royaume-Uni, la compétition est une valeur essentielle », analyse-t-elle. En d’autres termes, être le premier à avoir les moyens de vacciner sa population revient à envoyer un symbole fort. « C’est un peu comme lorsque le premier homme a marché sur la Lune… », décrit Catherine Coron.

Le Royaume-Uni fait cavalier seul, sans l’UE

En pleine semaine de négociations cruciales sur la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne (UE), Thibaud Harrois estime que les annonces de vaccination servent aussi à justifier le Brexit au sein d’une opinion publique encore divisée. « Plusieurs ministres ont déclaré que cette vaccination rapide a pu avoir lieu parce que le Royaume-Uni n’était plus membre de l’UE. Ces propos alimentent la rhétorique pro-Brexit. Le gouvernement cherche à montrer qu’il arrive enfin à faire avancer le Royaume-Uni et à s’en sortir seul. »

Que dire des risques sanitaires d’une vaccination à la hâte ? Plusieurs ministres ont déjà fait le vœu devant les caméras de se faire vacciner et font le tour des médias pour rassurer les Britanniques. Selon des journaux britanniques, le reine Elizabeth II, 94 ans, et son époux le prince Philip, 99 ans, seront eux aussi vaccinés en priorité, mais seulement en raison de leur âge. Ils pourraient même le faire en public afin d’encourager les Britanniques à se faire vacciner et contrer les antivaccins. D’autres célébrités pourraient être mises à contribution, selon le Sunday Mirror, comme le chanteur Bob Geldof ou le guitariste des Rolling Stones, Ronnie Wood.

L’immunologue Anthony Fauci, membre de la cellule de crise de la Maison Blanche sur le Covid-19, avait reproché à Londres, son approbation précoce avant de s’excuser. Ce à quoi l’Agence de réglementation britannique des médicaments et des produits de santé a répondu qu' »aucun vaccin ne serait autorisé au Royaume-Uni s’il ne respectait pas les normes de sécurité, de qualité et d’efficacité ». L’Agence britannique du médicament a expliqué sa rapidité par le fait qu’elle avait lancé un examen continu des données fournies par Pfizer et BioNTech, au fur et à mesure des essais sur l’être humain, plutôt que d’attendre que toutes les données soient compilées à la fin. Européens et Américains attendent ce mois-ci la réponse de leurs agences sanitaires respectives sur l’approbation du vaccin de Pfizer/BioNTech.

Avec AFP


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