lundi , 21 octobre 2019
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Brexit: un nouvel épisode de la guerre des parlements contre les peuples

 Les évènements que connaît actuellement le Royaume-Uni autour du Brexit sont inquiétants: ils illustrent le décalage de plus en plus manifeste existant entre les peuples et leur expression directe, par la voie du référendum, et des assemblées soi-disant représentatives qui déploient des trésors d’imagination pour rendre impossible l’application de la volonté populaire. Que l’on soit favorable ou non aux politiques que Boris Johnson compte mener, rien ne devrait primer sur le respect du principe majoritaire. Le 24 juin 2016, les électeurs britanniques ont, à près de 52%, exprimé leur souhait de quitter l’Union européenne, avec un taux de participation comparable à celui du second tour de l’élection présidentielle française en 2017. 

À chaque étape du processus de négociations, le Parlement britannique a été consulté. En mars 2017, il a approuvé la loi autorisant Theresa May à notifier la sortie du Royaume-Uni aux autorités européennes. En septembre 2017, c’est également lui qui a voté la fin de la suprématie du droit communautaire sur le droit britannique, et donné à son gouvernement un pouvoir renforcé dans les négociations du Brexit. Acquis de haute lutte, à l’issue de négociations où les chefs d’Etat et de gouvernement européens ont brillé par leur rigidité, un accord a été conclu. Depuis, il a été rejeté par trois fois, entre janvier et mars 2019, par la Chambre des communes, qui n’a proposé aucune alternative – rejetant, par exemple, l’instauration d’une union douanière permanente. C’est dans ce contexte que Boris Johnson a pris ses fonctions en tant que Premier ministre, le 23 juillet dernier. Son programme était clair: faire respecter la date du 31 octobre pour le Brexit, avec ou sans accord. Face à l’obstruction répétée de la Chambre des communes depuis janvier, il a récemment annoncé son intention de suspendre le Parlement britannique pour limiter la possibilité de blocage des parlementaires dans la dernière phase de négociations avec l’UE. Depuis, les Communes ont voté contre le No Deal, et refusé la perspective d’élections législatives anticipées. 

L’organisation institutionnelle britannique est, certes, incomparable avec celle d’un pays centralisé comme la France, et le référendum ne revêt pas, au Royaume-Uni, la même solennité que dans notre pays. Il n’en reste pas moins que la situation actuelle s’apparente à une obstruction, par les Communes, à l’exécution de la volonté des Britanniques, alors que plusieurs sondages ont récemment montré que dans l’hypothèse d’un nouveau référendum, les citoyens britanniques seraient de nouveau en faveur du Brexit, avec ou sans accord. De plus, la disparité des votes au sein des nations constitutives du Royaume-Uni est utilisée pour contester la légitimité de Boris Johnson à décider d’un Brexit sans accord, qui n’était pas explicitement prévu lors du référendum: en effet, la sortie de l’UE a été rejetée par l’Ecosse (à 62%) et l’Irlande du Nord (à 56%). Deux entités qui ne représentent, il faut le souligner, que 3,5 millions de votes sur les 33,5 millions de suffrages exprimés dans l’ensemble du Royaume-Uni. C’est en tant que nation que le Royaume-Uni a intégré la communauté européenne en 1973. C’est en tant que nation qu’il a participé, depuis plus de quarante ans, à toutes les élections et négociations communautaires. Aujourd’hui, ceux qui s’opposent à ce que le vote des Britanniques soit respecté entendent faire primer la légitimité démocratique d’un Parlement qui s’est signalé par son incapacité à proposer des alternatives au Brexit sans accord. 

Faisant primer avant tout le respect de la volonté majoritaire exprimée par la nation britannique en juin 2016, nous contestons cette analyse qui méconnaît entièrement le déroulement des faits depuis le référendum. Le peuple britannique a voté: au-delà des intérêts oligarchiques d’un Parlement qui joue contre ses citoyens, par-delà nos désaccords avec les orientations politiques de Boris Johnson, il faut, aujourd’hui, que sa volonté soit faite. 




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