mardi , 4 août 2020
Accueil » Actualité » Caissières, caissiers: après le déconfinement, le désenchantement

Caissières, caissiers: après le déconfinement, le désenchantement


14 JUILLET – “Pourquoi on ne mériterait pas d’être remerciés, nous aussi?” C’est la question que se posent les hôtesses et hôtes de caisse, à l’aube de la cérémonie du 14 juillet en hommage aux soignants. 

Depuis le déconfinement, ils se sentent oubliés. Exit les métiers essentiels à la survie de la nation, retour à la case départ d’avant coronavirus. 

Dès le 11 mai, beaucoup avait d’ailleurs déchanté. “Les gens sont reconnaissants quand ils ont besoin de nous. Dès que le déconfinement a été prononcé, on n’était plus autant des héros qu’avant”, déclare avec amertume Fanny, caissière à Clisson, en Loire-Atlantique. 

La parenthèse “enchantée” du confinement

Pendant le confinement, la majorité de la population ne sortait que pour faire ses courses. Plus visibles, les hôtes de caisse étaient donc davantage valorisés. Fanny a rapidement remarqué la différence. “Le premier mois et demi, dès qu’on avait fini d’encaisser, on nous disait ‘bon courage, merci d’être là’. J’ai même reçu des fleurs et des chocolats de la part de certains clients.”

Léa*, elle, a reçu une rose. “Je me suis sentie utile, je n’avais jamais ressenti cette reconnaissance avant. J’avais envie d’aller travailler.” “Ça me faisait énormément plaisir, j’en avais les larmes aux yeux, abonde Océane, hôtesse de caisse à Nevers, en Bourgogne-Franche-Comté. Enfin des clients qui se mettent à notre place!”

Et même la direction a fait un pas vers ses salariées, dont la plupart demeurent des femmes. Le chef de caisse de Léa la remerciait sans arrêt, “il nous laissait des petits mots pour nous souhaiter ‘bon courage pour cette journée’”. 

Un soutien éphémère

Mais depuis deux mois, outre l’arrêt des remerciements, les mesures barrière ne sont plus vraiment respectées. Certains clients ne portent plus de masque, les sens de circulation et le filtrage à l’entrée ont été suspendus dans certains magasins… “Des familles entières viennent faire leurs courses, les gens sont collés aux caisses.”

Une situation qui provoque des tensions. “Il y a eu des altercations entre clients, mais aussi avec les caissiers, se souvient Mathieu*, qui travaille chez Auchan. Un collègue a demandé à un client de s’éloigner, mais le client n’a pas voulu et s’est énervé.”

Et dans son magasin, il déplore aussi le même fonctionnement de la direction qu’avant le confinement, qui n’est pas efficace. “Avant, on pouvait faire nos courses à la pause, ou rentrer par la porte de service pour ne pas avoir à passer par la zone de filtrage. Maintenant, on ne peut plus, sinon on a le droit à des réflexions.”

Tous les hôtes de caisse n’ont d’ailleurs pas eu droit à une prime de risque. Ou alors seulement au prorata des heures travaillées. Un constat qui désole le jeune homme, dont une des collègues a attrapé le coronavirus, mais en contrat de seulement 15h/semaine, n’a pas pu toucher la totalité de la somme.

“On nous a oubliés”

Alors, quand ils apprennent que la cérémonie du 14 juillet rendra hommage aux soignants, sans citer les autres professions qui ont été essentielles en ces temps de crise, c’est la goutte de trop. 

″Ça me met en colère, j’estime qu’on a fourni le même effort de travail, on a dû faire face à des gens stressés, angoissés, qui avaient peur!”, s’exclame Fanny. “Même si on n’a peut-être pas autant contribué que les soignants, on était quand même sur le front à risquer nos vies”, appuie Léa.

D’autant plus que “nous sommes toujours là pour les gens, c’est important de parler de nous un minimum”, souffle Océane. “On a fait en sorte que l’économie se maintienne, alors on ne devrait pas parler que d’une seule profession, renchérit Fanny. Il faudrait faire la même chose pour tous les métiers concernés. Parce que là, on nous a oubliés.”

* Les prénoms ont été modifiés


Première apparition