jeudi , 14 novembre 2019
Accueil » Actualité » comment la fermeté de Beto O’Rourke sur le contrôle des armes marque un tournant dans la primaire démocrate

comment la fermeté de Beto O’Rourke sur le contrôle des armes marque un tournant dans la primaire démocrate


« Mon AR t’attend Robert Francis ». Le tweet – supprimé depuis par le réseau social – de Briscoe Cain, membre républicain de la Chambre des représentants du Texas, a résonné jeudi comme une menace de mort à l’égard de l’un des candidats à la primaire démocrate. Quelques heures auparavant, Beto O’Rourke avait frappé fort lors d’un débat organisé entre concurrents à la désignation du candidat démocrate en vue de la présidentielle de 2020, à Houston.

« J’écoute les gens de ce pays »

Beto O’Rourke a confirmé sa proposition, formulée après les trois tueries ayant ensanglanté les Etats-Unis cet été, de contraindre les possesseurs de fusils d’assaut à les revendre aux autorités. De surcroît, il a écarté, avec un certain éclat, toute ambiguïté. Et sa position a déjà forcé ses rivaux à sortir du bois en matière du contrôle du port d’armes. 

Alors que lors du débat, le journaliste lui demandait s’il avait bien l’intention d’introduire une législation confisquant les fusils d’assaut, l’ancien représentant du Texas – État théâtre de deux fusillades estivales – au Congrès a rétorqué avec force:

« Oui, s’il s’agit d’une arme conçue pour tuer des gens sur le champ de bataille. L’impact quand la balle atteint votre corps déchire tout votre organisme parce que c’est en ce sens que ça a été conçu, pour que vous vous vidiez de votre sang jusqu’à en mourir sur le champ de bataille et que vous ne puissiez pas vous relever et tuer un de nos soldats. Quand on voit ces armes être utilisées contre des enfants… »

Il a alors évoqué son échange avec la mère d’une jeune victime: « A Odessa, j’ai rencontré la mère d’une fille de 15 ans qui a été abattue par un AR-15 et sa mère l’a vue saigner à en mourir en une heure parce que tant de gens avaient été touchés par cet AR-15 qu’il n’y avait pas assez d’ambulances pour les secourir à temps. Nom de dieu, oui, on va prendre votre AR-15, votre AK47, et on ne les laissera plus jamais être utilisés contre nos compatriotes! »

Alors que sa tirade était accueillie par les applaudissements nourris du public, il a achevé:

« Je veux encore dire une chose: j’écoute les gens de ce pays. Le lendemain de cette proposition, je suis allé à une foire aux armes dans l’Arkansas pour rencontrer ceux qui vendaient ces armes et ceux qui les achetaient. Et au risque de vous surprendre, on a trouvé un terrain d’entente. Des gens disaient: ‘Je pourrais m’en débarrasser volontairement, détruire mon arme, je n’en ai pas besoin ni pour chasser ni pour me défendre, c’est une arme de guerre’.  Alors, faisons ce qui est juste, ouvrons la discussion à tous les Américains, républicains, démocrates, propriétaires d’armes et les gens qui n’en détiennent pas, ensemble. »

Influence

Si ses déclarations ont remporté un succès d’estime, si elles ont imposé ses convictions au centre de la compétition politique, elles ne doivent pas conduire à un malentendu. Comme les sondages le montrent, les chances de Beto O’Rourke de l’emporter dans la primaire sont très maigres, si ce n’est inexistantes. Selon toute vraisemblance, il ne sera pas le candidat démocrate à la Maison Blanche en 2020.

« Pour résumer, il a fait un très bon débat mais est-ce vraiment si important? Il est loin dans les sondages, sa levée de fonds ce n’est pas quelque chose de fou », précise auprès de BFMTV.com François Durpaire, historien et consultant de notre antenne pour les questions touchant aux Etats-Unis. 

Le spécialiste relativise aussi sur un autre point: « C’était le premier débat après les deux drames au Texas et celui dans l’Ohio. C’était donc un passage obligé ». Un non-événement donc? Point du tout, mais l’influence gagnée par les propos de Beto O’Rourke est plus indirecte. « Il s’est fait une niche avec cette thématique. Beto O’Rourke est le seul à vouloir aller chercher les armes tandis que les autres cherchent juste à éviter qu’il y ait 500 millions d’armes bientôt aux Etats-Unis contre 300 millions à 400 millions aujourd’hui. En fait, O’Rourke a agi comme une sorte d’aiguillon sur ce thème. Il a poussé les trois autres à formuler leurs propositions sur le contrôle des armes. Ils ne peuvent pas être trop en-deçà de lui », note François Durpaire. 

Parmi les principaux candidats, Elizabeth Warren et Bernie Sanders ont réaffirmé lors du débat leur volonté de renforcer les contrôles et vérifications des antécédents. Dans son programme, Bernie Sanders a aussi défendu l’interdiction à la vente des fusils d’assaut. Joe Biden a lui aussi évoqué « l’élimination » de ces mêmes armes et la prohibition des chargeurs de grande capacité. 

Réveil démocrate 

A l’évidence, le climat a changé chez les démocrates. S’agissant du contrôle du port d’armes, il s’est fait plus électrique et moins léthargique. François Durpaire retrace l’origine de ce réveil:

« Depuis la mobilisation de la jeunesse après la tuerie du lycée de Parkland en Floride en février 2018, ça a changé chez les Démocrates. Jusqu’à ce drame, ils étaient dans une sorte de fatalisme, ils ne se remettaient pas de l’échec d’Obama sur le sujet. A chaque tragédie désormais, il y a un débat politique. On ne peut plus se permettre le fatalisme ». 




Retrouvez cet article sur : BFM-TV