lundi , 28 septembre 2020
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Comment le nitrate d’ammonium, à l’origine de l’explosion de Beyrouth, est surveillé en France

AFP

Nitrate d’ammonium

ENVIRONNEMENT – Au moins cent morts, des milliers de blessés et des centaines de milliers de sans-abris. La ville de Beyrouth au Liban a été ravagée ce mardi 4 août par deux explosions. D’après les autorités, 2750 tonnes de nitrate d’ammonium, stockées “sans mesures de précaution” dans le port de Beyrouth, sont à l’origine de la puissance des déflagrations.

Déjà au coeur de l’explosion de l’usine AZF près de Toulouse en 2001 ou d’autres événements aux conséquences encore plus dramatiques (voir la vidéo ci-dessous), les nitrates d’ammonium composent les engrais appelés ammonitrates, que les agriculteurs achètent en gros sacs ou en vrac. Ce ne sont pas des produits combustibles: ce sont des comburants, c’est-à-dire qu’ils permettent la combustion d’une autre substance déjà en feu. La détonation n’est possible qu’avec une contamination par une substance incompatible ou une source intense de chaleur.

Au fil des ans et particulièrement après le drame toulousain de 2001, la réglementation entourant le stockage et la fabrication des engrais à base d’ammonitrate a été renforcée. Tout d’abord les sites de fabrications d’engrais contenant des ammonitrates sont classés Seveso par nature et en raison des matériaux chimiques qui y sont stockés. On dénombre actuellement 1312 sites ainsi classés en France, dont 705 sites en seuil haut. 

Un site Seveso seuil haut devra répondre à plus de normes de sécurité qu’une seuil bas, avec notamment la préparation de plan d’urgence et la rédaction d’un rapport de sécurité. Les entreprises doivent également communiquer les informations liées au risque aux autorités afin qu’elles puissent elles aussi préparer un plan d’urgence en cas d’accident. Parmi les gros industriels du secteur se trouvent les groupe GPN, Boréalis ou encore Yara.

Mais qui dit règlementation ne dit pas forcément application à la lettre; le site de l’industriel Yara à Montoir-en Bretagne a ainsi été tancé en 2019 pour ses nombreuses entorses aux règles environnementales. Pas plus tard qu’en mai dernier, son site de Gonfreville-L’Orcher en Seine-Maritime a également signalé une fuite d’ammoniac. 

Stockage par les agriculteurs

Au cours de l’année 2000, indique le ministère de l’Agriculture, environ 3,7 millions de tonnes d’ammonitrates (dont 2,7 millions de tonnes concernent des ammonitrates à haut dosage de nitrate d’ammonium) et 1,5 million de tonnes d’engrais composés à base de nitrate ont été commercialisés en France. Au niveau européens, la France est un des premiers consommateur de ce type d’engrais. L’attention portée aux dangers des nitrates d’ammonium ne se limite donc par à sa fabrication.

Concrètement toute installations stockant au moins 500 tonnes d’engrais solide à base de nitrates d’ammonium est classé en seuil Seveso haut ou bas. A partir de 250 tonnes, les bâtiments entre dans les cadre des “Installations Classées pour la Protection de l’Environnement”. On en dénombre actuellement près de 500.000 en France pour seulement 1500 inspecteurs, chargés également des sites Seveso. Si cette nomenclature ICPE est moins exigeantes que le classement Seveso, elle implique tout de même des autorisations d’installation et des contrôles périodiques.

UNIFA

Classement des stockages de nitrate d’ammonium

Les installations en ICPE doivent par exemple s’assurer que les installations stockant du nitrate d’ammonium sont construites en matériaux incombustibles, que les bâtiments de stockages sont isolés de tout autre produit et de toute habitation à au moins 10 mètres, tout en restant facilement accessible au services de secours.

Cependant en-dessous de 250 tonnes d’engrais au nitrate d’ammonium, comme l’indique l’Union des industries de la fertilisation (l’UNIFA) sur son site, la règlementation ICPE ne s’applique pas. Cela veut donc dire qu’il n’y pas de contrôle et que rien n’encadre juridiquement le stockage de ce type de produit. Un danger pointés du doigt régulièrement par le site d’information Reporterre.

Le ministère de l’Agriculture a tout de même émis une fiche pratique pour éviter les risque d’accident. Il rappelle ainsi l’important de bien nettoyer les cases de stockage des grains, de former ses collaborateurs au exercice de premiers secours, mais également de proscrire les ampoules nues à proximité directe stocks, ou encore de porter des équipement de protection individuelle pendant l’épandage.

Explosifs et carrières

Le nitrate d’ammonium est également utilisé dans la fabrication d’explosifs. “Mélangé au TNT (trinitrotoluène) ou à la pentrite, il est utilisé dans le bâtiment, les mines et les carrières”, précise la Société chimique de France.

A La Réunion, le projet de carrière de Bois Blanc qui prévoit notamment le stockage de 340 tonnes d’ammonitrates ne manque pas de susciter des polémiques. 

D’autres usages mineurs existent pour ce corps chimique, comme propulseur dans l’industrie aérospatiale pour ses propriétés oxydantes. Dissout dans l’eau, il provoque une réaction endothermique utilisée pour les sacs réfrigérants. En apiculture, la fumée blanche qu’une petite quantité du nitrate produit en brûlant permet d’anesthésier les abeilles afin de pouvoir déplacer une ruche.




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