mardi , 21 janvier 2020
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Contre la réouverture de Lubrizol, Rouen Respire lance une action en justice

ENVIRONNEMENT – Pas question de se laisser faire. L’association Rouen Respire a déposé le jeudi 9 janvier un recours devant le tribunal administratif de Rouen pour empêcher la réouverture de l’usine chimique Lubrizol, ravagée par un incendie au mois d’octobre 2019.

Cette démarche vise l’arrêté pris par la préfecture de Seine-Maritime le 13 décembre dernier et autorisant l’entreprise, classée Seveso seuil haut, à reprendre ses activités sur deux unités du site qui n’avaient pas été touchées par les flammes.

Interrogé par Le Monde, le président de l’association Olivier Blond estime que les conditions de sécurité ne sont aujourd’hui pas réunies pour un redémarrage. Celui-ci fait donc peser des risques sur la population. Le recours fait valoir au passage “l’absence de nouvelle étude de danger et de nouvelle enquête publique”. L’organisation se demande également pourquoi la préfecture n’a pas attendu la fin de l’enquête pénale alors que l’origine du feu reste indéterminée.

Dans sa démarche, Rouen Respire pourra compter sur l’avocate Corine Lepage, ancienne ministre de l’Environnement, qui devrait envoyer une demande de suspension par référé afin de stopper la reprise d’activité qu’elle n’estime justifiée que par des intérêts économiques. Elle fait notamment valoir que plusieurs changements dans l’organisation du site auraient dû nécessiter de nouvelles études de danger. “Les produits finis ne sont plus stockés sur place mais désormais transportés chaque jour par camions-citernes vers d’autres sites, à l’extérieur de Rouen”, détaille Le Monde.

Rouen Respire pourra également compter sur le soutien d’Europe Ecologie-Les Verts. Contacté par Le 4Suisse, le parti écolo confirme qu’un recours va être prochainement déposé. “Ce recours sera conjoint au niveau local et national”, assure Julien Bayou, secrétaire national.

Une enquête élargie

L’enquête concernant le départ de feu a été récemment été élargie à des manquements de sécurité. Dans un réquisitoire supplétif du 19 décembre, révélé par le média normand Le Poulpe et consulté par l’AFP, le parquet a demandé aux juges d’instruction, qui enquêtent sur l’origine du sinistre, d’élargir leurs investigations à une série d’irrégularité dans l’exploitation des deux sites “ayant porté une atteinte grave à la santé, la sécurité, ou dégradé substantiellement” l’environnement. 

Le parquet de Paris relève sur le site rouennais de Lubrizol, classé Seveso seuil haut, “un réseau de caniveaux et un dispositif de confinement insuffisants n’ayant pas permis de collecter l’ensemble de la nappe enflammée” et l’absence de “dispositif de détection incendie sur les lieux de stockage extérieur” près des deux bâtiments qui ont brûlé. 

La société appartenant au milliardaire américain Warren Buffet est aussi soupçonnée de n’avoir pas prévu “de moyens suffisants en débit d’eau pour lutter efficacement contre l’incendie” et de ne “pas avoir étudié les effets dominos” d’un potentiel sinistre sur les sites voisins, classés Seveso. 

Normandie Logistique de son côté est mise en cause pour ne pas avoir “tenu à jour un état des stocks”. Elle n’aurait par ailleurs “procédé à aucune vérification des fiches de données de sécurité avant la réception des produits Lubrizol”, selon le parquet. NL ne disposait pas non plus de point d’eau ”à moins de 100 mètres depuis l’accès extérieur de chaque cellule de stockage”.




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