vendredi , 25 septembre 2020
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Coronavirus: la fake news qui minimise la mortalité du Covid aux États-Unis

CORONAVIRUS – “Seulement 6%”: l’expression qui trônait en tête des “tendances” du Twitter américain, référençant les mots-clefs les plus tapés, avait le soir du dimanche 30 août quelque chose de mystérieux. Il s’agissait en fait d’une attaque des internautes d’outre-Atlantique refusant, dans des messages aux accents conspirationnistes, la réalité du Covid-19 et de sa dangerosité. 

Les 6% en question proviennent d’une précision mise en ligne par le Center for Diseases Control (CDC) américain, l’autorité en charge de la lutte contre les maladies, donc SARS-CoV-2 fait évidemment partie. L’extrait, présent dans l’index du rapport hebdomadaire sur l’évolution de la pandémie aux États-Unis, se lit ainsi:

Seuls 6% des décès imputés au coronavirus outre-Atlantique le seraient donc réellement? Le sang de ceux qui voyaient déjà dans cette maladie un “hoax”, une invention destinée à instiller la peur dans les populations, n’a fait qu’un tour. “Une vraie percée contre ce mensonge qu’est le Covid!” s’enthousiasme cette internaute. “Le CDC a admis que 6% des morts étaient dus au Covid!” s’exclame celui-là. “Une bombe” résume un autre adepte de la théorie du complot médical, un français cette fois…

Hypertension, diabète et maladies cardiovasculaires

En fait d’une bombe, il s’agit plutôt d’une baudruche. La précision du CDC met en avant un phénomène connu de tous les professionnels de santé: la mortalité d’une maladie se mesure aussi à l’aune de la comorbidité, c’est-à-dire des maladies et problèmes de santé préexistants chez un patient qui en augmentent la dangerosité. Pour le dire autrement: une personne souffrant d’insuffisance cardiaque a plus de risque de mourir d’une bronchite aigüe que quelqu’un qui n’a pas ce problème. 

Dans le cas de SARS-CoV-2, le fait que la mortalité du virus soit associée à d’autres facteurs ou maladies sous-jacentes n’a jamais été un mystère. Dès février 2020, une étude réalisée sur 1500 malades chinois concluait qu’un quart d’entre eux avait une autre maladie en plus de l’infection. La même semaine, une autre étude pointait du doigt le fait que l’hypertension, le diabète ou les maladies cardiovasculaires étaient très présentes chez les malades souffrant de la forme sévère du virus. 

Depuis, les recherches se sont multipliées à mesure que la pandémie se répandait sur le globe, confirmant l’une après l’autre l’importance des maladies ou fragilités physiques sous-jacentes, chez les personnes souffrant de la forme aiguë de la maladie ou décédées. En mai, la méta-analyse d’une équipe australienne trouvait par exemple que les patients avec des problèmes cardiovasculaires avaient en moyenne 3,32 fois plus de risques de mourir de Covid-19 que les autres.  

Center for Diseases Control (CDC)

6% des morts du Covid n’avaient pas d’autres affections.

 

Le CDC américain ne dit pas autre chose, et enregistre systématiquement les conditions médicales préexistantes de chaque personne décédée et infectée par le coronavirus. Des chiffres qui montrent qu’un tiers (33%) des personnes décédées du coronavirus avaient des problèmes cardiovasculaires, et plus d’un quart (26%) avaient déjà des problèmes respiratoires. Côté français, si les chiffres changent, le constat général est le même. 

En France aussi, la comorbidité existe

Chaque semaine, Santé Publique France publie ainsi, dans son compte-rendu hebdomadaire sur le virus, le taux de comorbidité et les différentes maladies concernées. Pour la période cumulée allant du 1er mars au 17 août, dans 66% des cas fatals de Covid, une maladie sous-jacente était ainsi indiquée sur le certificat de décès. Dans un tiers des cas (34%), il s’agit de pathologies cardiaques, et dans un quart (25%) d’hypertension artérielle. 

Une comorbidité pour 66% des cas fatals en France, contre 94% aux États-Unis: si la tendance est la même, la proportion de morts atteints d’une ou plusieurs autres maladies peut diverger d’un pays à l’autre. Ainsi, la Grande-Bretagne rend compte de chiffres très similaires à leurs cousins d’outre-Atlantique, avec 91% des morts du Covid atteint d’au moins une comorbidité entre janvier et juin 2020. L’Italie, durant son pic épidémique de mars 2020, établissait la proportion à 97%, contre 3% de malades morts “seulement” du Covid.

La raison de ces divergences est encore étudiée, mais elle pourrait partiellement se trouver dans la “carte d’identité” sanitaire des populations de chaque pays. Un article paru à la fin du mois d’août dans la revue Frontiers in physiology notait ainsi qu’aux Pays-Bas, les patients Covid atteints de maladies cardiovasculaires sont particulièrement nombreux, alors que ceux atteints du diabète y sont bien moins représentés qu’en France, en Espagne ou en Italie. 

Quelle que soit la proportion ou la nature de la comorbidité dans les morts du Covid, ce constat que des maladies déjà présentes peuvent mettre en danger le malade n’a donc rien de nouveau. Une maladie s’attaque en premier aux plus fragiles, qu’il s’agisse du Covid ou de n’importe quelle autre épidémie. Faire de ces fameux “6%” de malades diagnostiqués uniquement du Covid une révélation tient par conséquent de la plus pure des fake news. C’est pourquoi Twitter a décidé, après quelques heures, d’enlever le mots-clefs de la liste de hashtags populaires du jour.

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