mardi , 21 janvier 2020
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Crise Iran/États-Unis: « Nous sommes dans une guerre par procuration »

Alaa Al-Marjani / Reuters

L’effigie de Donald Trump brûlé à Bagdad lors d’une manifestation mi-décembre. 

INTERNATIONAL – Nous y sommes. La logique d’escalade entre les États-Unis et l’Iran a atteint un point de non-retour ce vendredi 3 janvier, avec l’exécution par Washington du général iranien Qassem Soleimani, tué à Bagdad sur l’ordre de Donald Trump. Comme on pouvait s’y attendre, Téhéran a déjà promis des représailles, l’ayatollah Khamenei ayant appelé à “venger” la mort de cet homme fort du régime iranien. 

Que va-t-il se passer ensuite? Tout le monde se le demande, mais personne n’a la réponse. Dans les heures qui ont suivi la frappe américaine, le hashtag #WWIII (pour “troisième guerre mondiale”) s’est hissé à la tête des tendances mondiales de Twitter. De son côté, Washington semble bien dans une logique de guerre: de nouvelles troupes sont venues grossir les rangs des forces stationnées au Koweït et les ressortissants américains en Irak ont été invités à quitter “immédiatement” le pays. 

Pour saisir les enjeux de cette crise et anticiper ses potentielles conséquences, Le 4Suisse a sollicité l’éclairage d’Amélie Chelly, sociologue et spécialiste de l’Iran au Centre d’analyse sociologique et d’intervention (EHESS-CNRS).  

Oui et non. Certes c’est un acte de guerre, mais décidé en riposte de la tentative d’invasion de l’ambassade américaine à Bagdad, qui peut être aussi interprétée comme une déclaration de guerre. Maintenant, on ne peut rien prédire.

Pour l’instant, nous sommes dans une proxy war (guerre par procuration, ndlr). Elle s’inscrit dans la continuité de la politique américaine, qui a placé au mois d’avril les Gardiens de la révolution sur la liste des organisations terroristes. En éliminant le général Qassem Soleimani, chef de la Force Al-Qods des Gardiens de la révolution en charge des opérations extérieures de l’Iran, les États-Unis ont voulu couper la tête de cette organisation. 

Il est déjà là. Seul l’avenir nous dira comment les choses évolueront, mais cet embrasement a déjà cours. Pour l’heure, aucun civil n’a été pris dans ce conflit, les États-Unis et l’Iran s’affrontent sur des symboles. L’ambassade américaine est un symbole, le général Soleimani, figure mystifiée aux États-Unis (il ne portait pas non plus sur ses épaules la stratégie extérieure iranienne tout seul), en est aussi un. Les conditions de l’embrasement sont là, mais nous en restons pour le moment aux actions symboliques. Encore une fois, on ne peut rien prédire.  

Son rôle sera quasiment inexistant. Pour le moment, la France n’a pas parlé. Mais on voit mal comment Paris pourrait se positionner pour peser dans le processus. Le système de contournement des sanctions américaines pour sauver le JCPoA (accord sur le nucléaire iranien, ndlr) n’a toujours pas été activé et force est de constater que les efforts français n’ont pas porté leurs fruits. La France annonce beaucoup, mais obtient peu de résultats. Une diplomatie “show off” qui a montré ses limites et qui est maintenant critiquée côté russe. 

Ce n’est pas le scénario qui a la plus grande probabilité de se réaliser, mais ce n’est pas impossible. Tous les pays ont des liens diplomatiques (et des différends) avec les acteurs de cette crise. Par ailleurs, l’influence de l’Iran va au-delà de son image de puissance régionale. Téhéran a des liens avec plusieurs pays d’Amérique du Sud et a le soutien de deux puissances majeures. C’est d’ailleurs cette influence qui a incité Donald Trump à renverser la table. Le problème, pour lui, c’est que l’accord signé en 2015 ne portait que sur le nucléaire iranien, et pas sur la politique étrangère de l’Iran. C’est cette influence internationale que les États-Unis contestent avec cette crise. 

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