vendredi , 28 février 2020
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Dans « Cats », pourquoi le corps des chats nous dérange à ce point

Copyright Universal Pictures France

Dans « Cats », le corps sexualisé du chat que joue Taylor Swift en a irrité plus d’un.

PSYCHO – S’il y a bien un film en 2019 qui ne fait pas l’unanimité, c’est lui. Ce mercredi 25 décembre arrive sur grand écran l’adaptation de l’une des plus célèbres comédies musicales de Broadway, “Cats”. Réalisé par Tom Hooper, il met en scène tout un parterre de célébrités, comme Jennifer Hudson, Taylor Swift, Idris Elba et Jason Derulo.

Mais voilà, malgré un casting cinq étoiles, le long-métrage peine à convaincre. Son histoire, celle d’une bande de chats qui se retrouve à l’occasion de leur traditionnel bal annuel, n’y est pas pour grand-chose. La production, les effets spéciaux et le physique des personnages, oui. 

Leur taille et leur fourrure, faites en image de synthèse, sont au cœur du problème. Leurs corps sexualisés, aussi. Pourquoi diantre a-t-on ressenti le besoin de doter Rebel Wilson et Taylor Swift de seins aussi rebondis? La même question se pose au regard des muscles d’Idris Elba, qui semble tout droit sorti de la salle de sport.

Comme lorsque parait en 2007 une série de publicités pour Orangina montrant des girafes, des biches ou des zèbres aux allures de pin-up, la sexualisation des corps de ces animaux dérange. Il y a d’un côté celles et ceux qui s’en amusent. De l’autre, le malaise.

D’après la psychanalyste Catherine Grangeard, la notion d’hypersexualisation est relative à chacun. “Ce qui va gêner quelqu’un ne va pas mettre mal à l’aise l’autre, assure au 4Suisse la spécialiste, dont les travaux dénoncent le poids des normes pesant sur les corps. L’interprétation est faite à partir de ce qu’on porte en soi.”

La réaction des pouvoirs publics au visionnage des fameuses campagnes Orangina rejoint ces propos. Alors qu’au Royaume-Uni elles ont été censurées, il n’en a jamais été question dans les autres pays.

Une pratique ancienne 

À des degrés différents, la sexualisation stéréotypée des animaux n’est pas nouvelle, rappelle l’experte. Elle était déjà à l’œuvre dans “La Belle et le Clochard” en 1995, quand Lady, un ravissant cocker aux cils démesurément longs, se voit courtiser par à peu près tous les chiens de la casse. “Certes, ça n’est pas du porno, mais c’est hypersexualisé pour un public d’enfants”, atteste la psychosociologue.

L’anthropomorphisme, une pratique qui consiste à attribuer des caractéristiques humaines à des animaux, diffère selon les époques. Au XVIIe siècle déjà, La Fontaine utilisait la faune pour dire des choses des humains. “Aujourd’hui, ça ne suffit plus, soutient Catherine Grangeard. On utilise les stéréotypes de l’hypersexualisation, car à notre époque ça parle à tout le monde, ça choque.”

Le cas de “Cats” est parlant. Il réveille notre inconscient. Dans notre quotidien, les chats sont partout. Il suffit de regarder sur Internet pour s’en rendre compte. Dans la mythologie égyptienne, ledit animal de compagnie représentait le mystère et faisait la liaison avec les Dieux.

“Soit un homme, soit une femme”

“On retrouve ici le caractère familier [de la bête à poil] et la symbolique du caché”, constate l’experte. C’est la jonction du totem et du tabou, à laquelle s’ajoute la connotation sexuelle liée à la femelle du chat, la chatte, un terme familier utilisé par certains pour qualifier le sexe féminin.

À l’heure où fleurissent les études sur le genre, la gêne que suscitent les personnages du film n’est pas anodine. “Le corps est politique, estime la connaisseuse. Quand on hypersexualise, on tend à opposer les attributs sexuels féminins et masculins” et à dire qu’on est “soit un homme, soit une femme”. Face à ça, où sont celles et ceux qui ne se retrouvent ni dans l’un ni dans l’autre?

Pour Catherine Grangeard, l’utilisation des animaux est problématique. “On [les] utilise pour parler d’autre chose”, dénonce cette dernière. D’après elle, la question n’est pas de savoir pourquoi ça nous gêne, mais plutôt pourquoi, au contraire, ça ne nous aurait pas choqués. Elle met en garde: “Si on n’y réfléchit pas, ça passe comme une lettre à la poste”.




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