vendredi , 11 décembre 2020
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Dans son interview à « Brut », Macron se pose en ciment d’un pays fracturé

POLITIQUE – “N’essayez pas de me faire dire ce que je n’ai pas dit”. Emmanuel Macron n’est certes officiellement pas (encore) candidat à sa réélection en 2022. Mais ces deux heures d’échanges à bâtons rompus diffusées par le média en ligne Brut ce vendredi 4 décembre avaient déjà l’avant-goût d’une campagne. Une campagne de reconquête dans laquelle le chef de l’État va devoir faire preuve de pugnacité et d’invention pour parvenir à s’imposer comme une réponse aux terribles maux qui minent la société française en cette antépénultième année de son quinquennat.

Alors que sa popularité rechute, que ses adversaires peaufinent leur candidature, que sa majorité trébuche sur le sort de la loi Sécurité globale, que les violences en tous genres -et notamment policières- minent le pacte républicain, alors que la crise sanitaire menace nos hôpitaux de saturation et notre économie d’effondrement, Emmanuel Macron a ressorti son costume de président-orateur du grand débat pour refaire entendre sa voix dans une conversation nationale cacophonique.

“Ne jouons pas camp contre camp”

Et c’est en ciment d’une société française fracturée de toutes parts que le chef de l’État a tenté de s’ériger tout au long de cet exercice audiovisuel, assumant ses échecs, revendiquant ses réussites et cherchant encore et toujours à réconcilier les contraires.

Les violences policières? “Je n’ai pas de problème à répéter le terme de violences policières, mais je le déconstruis”, a-t-il assumé en reprenant une expression qui fait “s’étouffer” son ministre de l’Intérieur. Reprenant son bâton de pèlerin du “en même temps”, le chef de l’État a rappelé la présence de “la violence dans notre société” pour laquelle il doit y avoir “zéro tolérance des deux côtés”. Un exercice d’équilibriste visant à n’absoudre ni les policiers coupables de violences ni leurs agresseurs. 

Les discriminations? “Aujourd’hui, quand on a une couleur de peau qui n’est pas blanche, on est beaucoup plus contrôlé (..) On est identifié comme un facteur de problème et c’est insoutenable”, reconnaît-il tout en insistant sur les difficultés des policiers, mal formés, dans les quartiers populaires. Et d’assumer sa part d’échec: “Le problème des discriminations, on ne l’a pas réglé”.

La laïcité? Une liberté pour tout le monde, a-t-il insisté. Les attaques contre Mila, adolescente menacée de mort pour avoir critiqué l’islam sur les réseaux sociaux, et celles contre Mennel, ancienne candidate voilée à l’émission The Voice, sont les signes “qu’on est devenu fou”, déplore-t-il.

La crise d’identité de la France de l’immigration? Il faut “finir le travail historique sur la guerre d’Algérie” qui “permettra la réconciliation des mémoires parce que nous avons dans notre pays des tas de mémoires de la guerre d’Algérie, qui sont autant de blessures”. 

L’urgence de la crise climatique? S’il admet un ”échec collectif” sur l’interdiction du glyphosate, Emmanuel Macron s’agace que l’on oppose l’écologie et agriculture. “On ne réussira pas la transition sur les pesticides si on n’est pas avec les agriculteurs, on ne réussira pas sur la transition de la mobilité si on n’entraîne pas tous les Français”. Et de taper du poing sur la table face au torrent de critiques sur son bilan. “Je n’ai pas de leçons à recevoir!” “Personne n’en a autant fait depuis dix ans”!”, 

Appels à l’aide

S’il n’a ménagé ni son énergie ni son sens de la répartie, passant de l’émotion à l’agacement puis à la pédagogie, Emmanuel Macron s’est en revanche montré plus prudent sur les propositions et les annonces pour résoudre ces immenses défis.

Et s’il prône la réconciliation à tous les niveaux, le chef de l’État a surtout multiplié les appels à l’aide et à l’engagement pour tenter d’emmener les Français avec lui. Au risque d’assumer une part d’impuissance.

Contre les discriminations, le chef de l’État a promis une plateforme nationale de signalement. Contre la crise de représentation d’une partie de la France issue de l’immigration et des outre-mer, une consultation pour identifier les 300 à 500 héros méconnus de notre histoire. Contre la crise environnementale, “ne jouons pas camp contre camp, on doit jouer ensemble”, implore-t-il.

Autant d’appels à la raison et au compromis censés donner un sens au chemin de crête qu’emprunte le président depuis le début de son mandat. “La solution des fainéants, ce sont les gens qui disent moi j’ai un truc, c’est à prendre ou à laisser, si vous ne le prenez pas c’est nul”, a-t-il rétorqué avec véhémence à ses détracteurs, en écho à l’avalanche de critiques de ses futurs adversaires en 2022.

Sa réponse: “Certains commencent leur campagne un an et demi avant, moi je suis dans l’action et la conviction”. 


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