mercredi , 23 octobre 2019
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des menaces de mort et un climat délétère au Royaume-Uni


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Des mannequins pendus, des élus menacés… Le Congrès du parti conservateur, qui s’est ouvert dimanche, se tient dans une ambiance tendue. Depuis plusieurs jours, des élus pro et anti-Brexit font les frais d’un climat délétère dans le débat public.

Dimanche 29 septembre, à Manchester, les élus conservateurs (« Tories ») venus assister à leur congrès annuel ont ainsi été accueillis par une banderole clamant : « 130 000 personnes ont été tuées sous le régime conservateur. Il est temps de revoir les règles ». La bannière, faisant référence à une étude qui avait conclu que 130 000 morts résultaient des politiques d’austérité menées depuis 2012, était suspendue à un pont, et accompagnée de mannequins pendus. La police locale a ouvert une enquête.

« Je ne me suis jamais sentie aussi inquiète. Est-ce que ce genre d’attaque est classée dans la catégorie menace de mort / menace terroriste ? Totalement vil », a tweeté Kerry Boyd, une élue locale du Kent.

Lors de la première journée de Congrès du parti, à Manchester, les Tories ont clamé leur volonté de mettre en œuvre le Brexit. Le rassemblement a également provoqué de virulentes manifestations contre la sortie de l’UE, au cours desquelles le Premier ministre conservateur Boris Johson a été conspué.

Un ballon gonflable à l’effigie de l’ancien maire de Londres, grimé en bébé dodu, a flotté au-dessus du cortège. Un clin d’œil à la poupée « Trump Baby » qui avait été déployée pour dénoncer les mensonges du président américain lors de son passage à Londres en juillet 2018.

« Peur d’être tuée »

Menaces de morts, escalades verbales… Qu’ils soient pro ou anti-Brexit, les élus britanniques de tout bord vivent depuis plusieurs jours des prises à parti inhabituelles au pays précurseur de la démocratie parlementaire. Un climat délétère auquel a sans doute contribué l’attitude guerrière affichée par le Premier ministre Boris Johnson lors de sa dernière intervention au Parlement.

« Je n’ai pas peur des futures élections, j’ai peur d’être blessée ou même tuée », a ainsi tweetté la députée travailliste de Birmingham Jess Phillips le 25 septembre, après l’intervention du Premier ministre à la Chambre des Communes, dans un débat face à l’opposition au cours duquel l’ancien maire de Londres s’est montré extrêmement tendu.

« Reddition »… « Sabotage »… Boris Johnson avait usé d’un vocabulaire guerrier en s’adressant aux députés, après l’arrêt historique de la Cour suprême ayant annulé sa décision de suspendre le Parlement. Pour cette députée, les outrances du Premier ministre polluent le débat public et font peser des menaces sur les élus.

Boris Johson face à la Chambre des Communes le 25 septembre

Dans une confrontation brutale, et au milieu des vociférations des deux camps, le Premier ministre avait ainsi accusé l’opposition d’avoir voté « une loi de capitulation » l’obligeant à demander un report du Brexit à l’Union européenne s’il ne parvenait pas à conclure un accord avec Bruxelles.

Comme d’autres élus travaillistes, Jess Phillips dit avoir reçu des menaces de mort via les réseaux sociaux. Elle a même diffusé un extrait de message menaçant : « Allez crever dans le fossé, c’est ce qui arrive à ceux qui ne mettent pas en œuvre le Brexit », lui enjoint un adversaire politique anonyme, reprenant une tournure employée par Boris Johnson le 5 septembre.

Un homme, qui l’avait précédemment insultée, a même tenté de briser la vitre de sa permanence de Birmingham avant d’être arrêté par la police.

« Pire atmosphère » en vingt-deux ans au Parlement

Le 25 septembre, Paula Sherriff, une élue travailliste elle aussi visée par des menaces, a pris la parole au Parlement pour demander à Boris Johnson « de modérer ses propos ».

L’élue travailliste Paula Sherriff demande à Boris Johson de « modérer ses propos »

Face au climat délétère, le président de la Chambre des Communes avait lui-même perdu son flegme. Décrivant la « pire atmosphère » jamais vue au Parlement « en vingt-deux ans », John Bercow avait souhaité un débat sur les excès de langage au Parlement.

« S’il vous plaît, baissez le ton et essayez de vous traiter les uns les autres comme des opposants, pas des ennemis », avait par la suite exhorté Lord Bercow.

Ces menaces rappellent un très mauvais souvenir au Britanniques : en juin 2016, la députée travailliste Jo Cox était assassinée par un néonazi juste avant le référendum sur le Brexit.

Mercredi, Boris Johnson avait qualifié de « fumisterie » les accusations de violence verbale et avait déclaré que la meilleuere façon d’honorer la mémoire de Jo Cox était de « mettre en œuvre le Brexit ».

Brendan Cox, mari de l’élue, s’est dit « choqué » sur la BBC par les propos du Premier ministre. Il a aussi appelé les personnalités politiques des deux camps à davantage de mesure. « Il existe une volonté de décrier l’autre côté lorsqu’ils utilisent un langage comme ‘capitulation’, ‘traître’ ou ‘trahison’. […] Ceux qui utilisent les expressions de ‘coup d’État’, de ‘dictature’ et de ‘fascisme’ sont aussi des incendiaires ».




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