dimanche , 20 septembre 2020
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Donald Trump Jr., l’autre Trump qui pourrait faire de l’ombre aux républicains qui se bousculent pour 2024

ÉLECTIONS AMÉRICAINES – Phoenix, Arizona – À l’heure où les républicains qui envisagent de se présenter à la Maison Blanche après la présidence de Donald Trump se toisent, un autre Donald pourrait contrecarrer leur plan: Donald Trump Jr.

Lundi soir, la convention républicaine a officialisé la candidature de Donald Trump à un deuxième mandat. Cela n’empêche pas certains membres du parti de penser à la campagne de 2024. Tom Cotton dans l’Arkansas, Ted Cruz au Texas, Josh Hawley dans le Missouri ou Marco Rubio et Rick Scott en Floride font partie des sénateurs qui pensent à leur candidature lors des prochaines élections présidentielles, de même que plusieurs gouverneurs.

Mais dans un parti qui tourne davantage autour de Donald Trump que des “lignes directrices” républicaines, les partisans les plus fidèles du président pourraient bien se ranger derrière son fils aîné, Donald Trump Jr.

Une foule de supporters

Lors d’un rassemblement au Veterans Memorial Coliseum, fin février, Trump Jr. et sa petite amie, Kimberly Guilfoyle, furent sans conteste les “chauffeurs de salle” les plus acclamés, les cris discontinus de leurs partisans s’élevant sur leur passage vers et depuis la caméra pour un entretien avant le début du meeting.

Quand “Don Junior” est monté sur scène, les 15 000 personnes présentes ont scandé le chiffre “46″ — en référence au 46e président des États-Unis, celui qui succédera à son père. Trump Jr. a souri mais n’a pas essayé de les en dissuader.

“Concentrons-nous d’abord sur 2020. Ne perdons pas de vue notre objectif, si vous voulez bien. Mais merci quand même!”, a-t-il lancé depuis la scène.

Le lendemain, le jeune couple participait à un meeting à Las Vegas devant une autre une foule conquise.“Il déborde d’énergie sur scène”, a expliqué Michael McDonald, président du Parti républicain du Nevada.

“Je voterais pour lui les yeux fermés”, confie Lou Woodward, 57 ans, dirigeant d’une entreprise de construction dans le Massachusetts, qui a vu Trump Jr. monter sur scène et enflammer la foule avant l’entrée du Président à Manchester, dans le New Hampshire, en février. “S’il tient de son père, il va être génial.”

“Il est du même moule”, explique Linda Payette, une retraitée qui fait la queue à un stand dans l’arène de hockey de l’université Southern New Hampshire. “Ils disent les choses comme elles sont. Ils ne tournent pas autour du pot.”

Et depuis que les meetings physiques n’ont plus lieu, Trump Jr. est encore plus présent dans la campagne de réélection via une émission en direct qu’il présente chaque semaine et ses fréquentes apparitions sur Fox News.

Michael McDonald dit facilement imaginer le fils succéder au père: “Avec l’exposition qu’il a aujourd’hui, cela ne me surprendrait pas. Il a mille fois ce qu’il faut.”

Pourtant, selon John Ryder, ex-membre du comité national républicain, les souhaits du président et de sa famille diffèrent probablement des souhaits des électeurs républicains. “La candidature de Donald Jr. serait une mauvaise idée, pour les mêmes raisons que celles de Jeb Bush et Hillary Clinton. Les électeurs n’aiment pas les dynasties. Je pense qu’il serait très difficile de plaider cette cause auprès du peuple américain”, dit-il.

Donald Trump Jr., 42 ans, travaille pour l’entreprise familiale, la Trump Organization. Il a refusé de répondre à nos questions la semaine dernière en nous disant, avant de raccrocher, de passer par son équipe, sans préciser de quelle équipe il s’agissait.

Rick Wilson, conseiller républicain en Floride et éminent détracteur de Trump, a cependant déclaré que les cadres du parti qui pensent reprendre facilement le contrôle après le départ de Trump de la Maison- Blanche déliraient complètement.

“Nous sommes à l’aube de la période dynastique Trump. Il va dire que Donald J. Trump Jr., son fils et héritier, est le seul à pouvoir continuer sur ses traces. Une vraie lignée de connards qui est une force politique à elle seule.”

Trump a refait le parti républicain à son image

Le Parti républicain était à la croisée des chemins lorsque Trump s’en est emparé en 2016. Sur les six dernières élections présidentielles, il avait, comme il le souligne dans son “autopsie” de la défaite de 2012 du candidat Mitt Romney, perdu le vote populaire cinq fois. Selon lui, il fallait rafler le vote des Latinos et d’autres minorités pour faire du parti une force vive dans un monde, pas si lointain, où les Blancs ne seront plus majoritaires dans le pays.

Mais Trump, présentateur d’un programme de téléréalité qui n’avait jamais été élu nulle part lorsqu’il s’est porté candidat à la présidence contre ce qu’on pensait être des prétendants solides, a adopté l’approche opposée. Il a surfé sur le mécontentement des Blancs et utilisé le racisme que les républicains s’efforçaient, depuis 1968, de dissimuler derrière des formules édulcorées.

“La campagne présidentielle la plus ouvertement raciste depuis Andrew Johnson”, a déclaré Stuart Stevens, un conseiller républicain qui a récemment publié It Was All a Lie [“Tout n’était que mensonge”], une histoire de la dépendance du parti à la stratégie sudiste de Richard Nixon depuis un demi-siècle. “Trump a ouvertement exploité les griefs raciaux. Il est allé au-delà de la stratégie sudiste, il a joué sur la haine et la peur des musulmans, des Latinos et des Noirs.”

Il s’est rapidement approprié le segment de l’électorat primaire républicain pour qui l’évolution démographique de l’Amérique était une préoccupation majeure, et a fini par mener ce groupe à la nomination, tandis qu’une douzaine d’autres républicains plus traditionnels se contentaient des électeurs restants.

Sa victoire inattendue a conduit les dirigeants du parti qui avaient adhéré à son “autopsie” de 2012 à accepter l’idée que Donald Trump avait peut-être trouvé une meilleure voie vers une majorité: séduire les électeurs blancs de la classe ouvrière dans les États du nord et du Midwest.

Un haut responsable du comité national républicain (RNC), s’exprimant sous couvert d’anonymat, a défendu l’abandon par le parti, sous Trump, de ses principes traditionnels comme le libre-échange et les alliances avec l’OTAN. Et fait remarquer que Trump, contrairement aux deux candidats précédents, était parvenu à se faire élire président. “Notre travail, c’est de gagner”, déclarait-il au HuffPost en 2017. “Et nous avons gagné.”

Depuis, l’emprise de Trump sur la machine du parti s’est étendue. Les républicains vivent dans la peur d’une remarque du Président ou d’un tweet qui les dénigrerait devant ses sympathisants, sur qui il exerce toujours une influence considérable. Que ce soit au niveau local ou national, des militants républicains de longue date ont été chassés et remplacés par des fidèles de Trump. Et le RNC est devenu essentiellement une branche de l’entreprise familiale et un bienfaiteur pour ses enfants.

Une entreprise appartenant à Brad Parscale, financée conjointement par le RNC et la campagne de Trump, verse secrètement 15 000 $ à Kimberly Guilfoyle et autant à Lara Trump, l’épouse d’Eric, le deuxième fils de Trump. Le RNC a également acheté une grande quantité de livres écrits par Trump Jr. pour les offrir en guise de remerciement à de généreux donateurs, une opération qui lui a rapporté plusieurs dizaines de milliers de dollars.

De janvier 2017 au 30 juin 2020, le parti et la campagne du candidat (et leurs comités de collecte de fonds respectifs) ont dépensé 6,9 M$ dans les propriétés de Trump, même si elles sont généralement plus chères que les hôtels et centres de villégiature concurrents, déposant ainsi directement l’argent des donateurs dans le tiroir-caisse de Donald Trump.

Interrogés sur ce conflit d’intérêts, des membres du RNC répondent qu’ils “aiment séjourner dans les hôtels du Président”.

“Ce n’est plus un parti, c’est une secte”, explique Joe Walsh, ex-député républicain, qui s’est présenté contre Trump à la primaire de 2020.

Un autre Trump en 2024?

À dix semaines du scrutin, le Parti républicain est face à un moment existentiel. Une victoire de Trump consolidera certainement son emprise sur un parti vieux de 166 ans et facilitera probablement le choix de son successeur, y compris son propre fils.

“Je pense que Donald Jr. sera favori pour la primaire”, déclare Stuart Stevens, qui a travaillé sur les campagnes présidentielles de George W. Bush et Mitt Romney.

Même une défaite de Trump ne mettra pas nécessairement fin à sa mainmise sur le parti. Contrairement aux présidents précédents qui ont perdu après un premier mandat — le démocrate Jimmy Carter, le républicain George H.W. Bush —, rien n’indique que Trump se retirera de la politique.

“Il n’arrêtera pas de tweeter, ni de parler. Il ira sur Fox tout le temps ou il créera sa propre chaîne de télévision”, reprend Rick Wilson. En revanche, les sénateurs républicains qui ont flatté la base électorale de Trump en parlant comme lui et en chantant ses louanges risquent d’avoir une mauvaise surprise. “Ce nid de vipères ambitieuses devra affronter le fils de Dieu”, dit-il. “Regardez ce qui se passe. C’est une secte centrée sur la famille.”

Un ex-membre de la Maison Blanche, qui préfère garder l’anonymat, prédit un combat brutal entre l’aile qui s’est façonnée autour de Donald Trump — Tom Cotton et Josh Hawley, par exemple — et les républicains plus traditionnels, comme Marco Rubio ou Nikki Haley, l’ex-ambassadeur des Nations Unies.

“Je pense que ça va tourner à la guerre civile. Ils vont tous se sauter à la gorge”, dit-il avant d’ajouter qu’il doute que Trump Jr. soit un candidat sérieux à la primaire: “Il est assez intelligent pour rester à l’écart.”

Mais selon un conseiller officieux de la Maison Blanche, proche du Président, Donald Trump Jr. pourrait très bien se présenter. “Je pense qu’il est doué. Il est vraiment bon pour la base. Je ne le sous-estimerais pas en 2024″, dit-il. “Quelle est l’alternative? Présenter un Mike Pence ou un Rick Scott ou un Blanc chiant à mourir et se faire botter le cul? Donc moi, je dis: pourquoi pas?”

Évidemment, en fonction de ce qui se passera en novembre, Trump Jr. ne sera pas forcément le seul Donald Trump à vouloir se présenter en 2024. Brian McDowell, qui a participé à la 3e saison de The Apprentice, l’émission de téléréalité de Donald Trump, il y a quinze ans (et qui vend aujourd’hui les produits dérivés à l’effigie du locataire de la Maison- Blanche lors des meetings), a déclaré que si le président perdait cet automne, il aurait toujours l’occasion de se représenter plus tard:

“S’il perd? Il sera candidat dans quatre ans”.

Cet article, publié sur le HuffPost américain, a été traduit par Karine Degliame-O’Keeffe pour FastForWord.

 


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