lundi , 28 septembre 2020
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En Allemagne, les anti-masques attirent de plus en plus l’extrême droite


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La démonstration de force de néo-nazis à l’issue d’une manifestation anti-masques à Berlin, samedi, laisse entrevoir un mouvement qui, malgré une vitrine apolitique, semble poreux aux idées d’extrême droite. 

Les anti-masques allemands ont-ils tombé le masque politique ? Dimanche, c’est la conclusion que l’on pouvait en tirer aux vues des affrontements qui ont émaillé la fin du rassemblement. En effet, entre 300 et 400 néo-nazis et nostalgiques de l’empire allemand (1871-1918) se sont rués sur le Reichstag, siège du parlement allemand, à l’issue d’une manifestation anti-masques ayant rassemblé plusieurs dizaines de milliers de personnes à Berlin, samedi 29 août.  En majorité, ces manifestants se présentaient comme apolitiques ou « libre penseurs ».

Cet assaut contre l’un des principaux symboles de la démocratie allemande a été unanimement dénoncé par la classe politique. Les différents groupes ayant appelé à manifester ont également pris leur distance avec un acte qui est venu fragiliser l’image qu’il veulent véhiculer : un mouvement en dehors du jeu politique traditionnel.

Mouvement du « Penser différemment 711 »

Mais la plupart des commentateurs politiques y ont vu la preuve de la proximité idéologique entre l’extrême droite et ces manifestants contestant la politique sanitaire du gouvernement pour lutter contre l’épidémie de Covid-19. “La droite radicale a marqué le mouvement de son empreinte”, a assuré Simon Teune, politologue et spécialiste de la mobilisation politique en Europe, interrogé par l’agence de presse Deutsche Presse Agentur.

Ces manifestants avaient pourtant réussi, jusqu’à présent, à échapper à tout étiquetage politique. Le grand défilé du 1er août avait été décrit, par les médias, comme un rassemblement mêlant des familles “traditionnelles”, des illuminés des théories du complot, des opposants politiques à la chancelière Angela Merkel et des éléments d’extrême droite. 

Pour comprendre le cheminement idéologique de cette contestation, il faut revenir à ses débuts, à Stuttgart, au printemps. C’est là qu’une cinquantaine de personnes ont répondu à l’appel d’un ingénieur en informatique local de 45 ans, Michael Ballweg, à manifester, le 18 avril, contre des mesures de distanciation sociale jugées attentatoires à la liberté individuelle. Semaine après semaine, le mouvement se propage dans tout le pays.

Michael Ballweg, devenu pour les médias allemands le principal porte-parole des anti-masques, fonde alors le “Querdenken 711” (mouvement du “penser différemment”, 711 correspondant à l’indicatif téléphonique de Stuttgart). Il présente son initiative comme apolitique et répète, d’une manifestation à l’autre, qu’il ne veut pas défiler aux côtés de militants extrémistes. 

Lui-même ne manque pas de souligner, à l’occasion des rares entretiens accordés à la presse, qu’il n’a jamais été politiquement actif par le passé. Mais son nouveau rôle de grand organisateur de la contestation contre les mesures anti-Covid allemandes l’amène rapidement à entrer en contact avec des personnalités à la réputation politique sulfureuse. Il coopère, ainsi, avec Anselm Lenz, un metteur en scène de théâtre et écrivain, passé de l’extrême gauche au complotisme à outrance à la faveur de l’épidémie de coronavirus. Ce Berlinois organise, lui aussi, des manifestations anti-masques dans la capitale allemande, tout en dénonçant ce qu’il appelle une “dictature de l’État d’urgence sanitaire”.

Négationniste et QAnon

Michael Ballweg se découvre aussi des sympathies pour des conspirationnistes classés à l’extrême droite de l’échiquier politique comme Ken Jebsen, un “journaliste” indépendant russophile qui a tenu des propos jugés antisémites par le passé et compte comme “compagnon de route” le parti populiste Alternative für Deutschland (AfD). L’entrepreneur de Stuttgart a également été pris en flagrant délit de reprise de slogans du mouvement américain d’extrême droite QAnon, lors de la manifestation du 1er août.

Il n’en a pas fallu beaucoup plus pour que Nikolai Nerling, un vidéaste négationniste allemand influent dans les milieux d’extrême droite, adoube Michael Ballweg, jugé “sympathique et ouvert d’esprit”. Cet extrémiste ne reproche qu’une chose à “Querdenken 711” : leur appel aux musulmans allemands à manifester lors du rassemblement du 29 août à Berlin…

Pour les extrémistes de tout poil, surtout de droite, l’apolitisme affiché de Michael Ballweg et de son organisation est une aubaine, juge le politologue Simon Teune. Le manque de colonne vertébrale idéologique solide rend ce mouvement poreux à leurs idées. « Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si tout ce que l’Allemagne compte de nazillons et populistes a appelé à manifester le 29 août », a constaté la fondation Amadeu Antonio, qui lutte contre l’extrême droite en Allemagne. 

La presse allemande ne cesse de marteler qu’une écrasante majorité de la population soutient les mesures publiques pour lutter contre l’épidémie de Covid-19. La récupération politique du mouvement anti-masques par l’extrême droite n’en est pas moins dangereuse, souligne le journal Handelsblatt. Après tout, le mouvement anti-musulmans Pegida avait débuté, en octobre 2014, par des manifestations modestes avant de se durcir et de devenir une sérieuse épine politique dans le pied du gouvernement d’Angela Merkel.




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