lundi , 21 octobre 2019
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Être un trentenaire célibataire a du bon, contrairement à ce que veut nous faire croire le cinéma

Emmanuelle Jacobson-Roques – Ce qui me meut

Dans « Deux moi » de Cédric Klapish, François Civil et Ana Girardot incarnent deux jeunes trentenaires en proie à la solitude parisienne.

CINÉMA – Deux ans après “Ce qui nous lie”, Cédric Klapisch signe ce mercredi 11 septembre son retour au cinéma avec un nouveau long-métrage intitulé “Deux moi”. Le réalisateur de “L’auberge espagnole” abandonne ses vignes et pose ses caméras en plein cœur de Paris pour un nouveau récit sur la jeune génération.

Son histoire, c’est celle de deux trentenaires. Lui s’appelle Rémy (François Civil). Elle, Mélanie (Ana Girardot). Tous les deux vivent dans le même quartier. Tous les deux se sentent éperdument seuls. Dans cette ville où tout laisse à croire qu’il peut être simple de rencontrer quelqu’un, les deux âmes en peine ont bien du mal à y parvenir.

 

“J’avais depuis quelques temps l’idée de faire un portrait du Paris d’aujourd’hui. J’avais envie de montrer à quel point Paris a changé, surtout depuis l’apparition des réseaux sociaux qui ont changé les rapports humains. ‘Deux Moi’, c’est aussi le portrait d’une époque”, confie Cédric Klapisch à l’AFP.

La quête de l’amour chez les trentenaires est un vaste sujet. Au cinéma comme dans les séries, son traitement est constant. “Quelqu’un de bien”, “Moi, belle et jolie”, “Easy”, “Master of None”, … Le catalogue Netflix en est l’illustration parfaite. Il ne fait que perdurer l’esprit véhiculé par tout un tas de comédies romantiques emblématiques comme “Bridget Jones”, “Love Actually” ou ”(500) jours ensemble”.

À l’inverse, “Célibataire, mode d’emploi”, un film sur des célibataires bien décidées à le rester, fait, lui, figure de vaillant résistant. Pourquoi le couple continue-t-il d’être présenté comme un antidote miracle dans la guerre contre la solitude quand on a 30 ans? 

“L’être humain n’est pas fait pour être seul”

Comme l’explique au 4Suisse l’experte en sexologie et thérapie de couple Evelyne Dillenseger, la vie à deux peut paraître confortable, en particulier quand on habite dans une grande ville comme Paris où les loyers sont exorbitants. Elle ajoute: “L’être humain est sociable, il n’est pas fait pour être seul.” Conscient que l’horloge biologique tourne, il va tout naturellement se mettre en quête du grand amour.

De plus, “il existe une croyance profondément enracinée dans notre culture: si une personne est célibataire, c’est parce qu’elle ne se comporte pas comme il faut et que cela a des conséquences sur sa vie sentimentale, précise la psychothérapeute Deborah Duley au 4Suisse américain. J’entends tellement de remarques négatives comme: ‘Je ne suis pas assez bien’ ou ‘Je ne suis pas le genre de fille avec qui les garçons veulent s’impliquer’.”

Le problème, c’est “qu’il vaut peut-être mieux être seul que mal accompagné”, estime Evelyne Dillenseger. D’un, être en couple n’a jamais empêché personne de se sentir seul. Cela peut arriver à n’importe quel âge. De deux, à trop vouloir vivre à deux, on risque de prendre la première personne qui vient et être moins exigeant.

S’ouvrir à de nouvelles expériences

Même si voir les membres de son entourage trouver progressivement leur âme sœur peut inquiéter, mieux vaut ne pas se hâter. “La première chose à faire, c’est de ne pas se mettre la pression”, conseille Evelyne Dillenseger. Au contraire, être célibataire peut avoir du bon. ”Être seul, c’est synonyme d’une grande liberté, observe la spécialiste. Ça permet de faire ce qu’on veut sans avoir à rendre de compte à personne.”

C’est aussi une période propice pour réfléchir au sens de sa vie. “On est face à soi-même, ses limites et ses névroses”, analyse la psychanalyste pour Le 4Suisse. On a du temps pour réfléchir et s’aventurer vers de nouvelles activités, de nouvelles rencontres et de nouvelles expériences. Celles-ci sont nécessaires pour mieux savoir ce que l’on veut et ce que l’on ne veut pas, assure la professionnelle.

“Sortez avec des gens, même ceux qui ne semblent pas vous convenir parfaitement. Soyez ouvert aux nouvelles expériences. Déterminer plus précisément ce que vous appréciez ou non vous aidera à décider qui est vraiment fait pour vous”, conseille Kristin Zeising, psychologue hongkongaise.

Faire le point sur soi après une rupture

Ceci étant, Evelyne Dillenseger le reconnaît, apprécier la solitude n’est pas donné à tout le monde. L’absence de cadre peut être effrayante. Ceci explique pourquoi certaines personnes ont tendance à se remettre aussitôt en couple après une rupture. Une erreur, selon la psy. “Quand une histoire se termine, il faut vivre son deuil, son chagrin et en tirer des leçons. Trouver rapidement quelqu’un sans faire le point sur soi est une fuite en avant”, concède-t-elle.

Quand on se sent seul, il existe d’autres manières de combler ce sentiment plutôt que de tomber dans les bras de quelqu’un. Emménager en colocation est l’une d’elles, au même titre que s’investir dans ses relations amicales. “Sans nier le désir d’être en couple, souvenez-vous qu’il existe beaucoup d’autres façons d’entretenir des relations saines et épanouissantes”, rappelle Liz Higgins, thérapeute à Dallas.

On peut aussi rejoindre un groupe de parole ou consulter un spécialiste. “Se confier sur ses doutes redonne de l’élan”, assure Evelyne Dillenseger. Libérer sa parole peut aider. Faire de la place dans son lit, aussi.




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