mardi , 21 janvier 2020
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Face aux menaces de Trump, ces Iraniens montrent les merveilles de leur patrimoine

BEHROUZ MEHRI / AFP

La porte de Xerxès dans les ruines de l’ancienne ville de Persépolis, en Iran, en septembre 2014.

IRAN – Un hashtag en réponse à la menace de destruction de Donald Trump. Alors que le président américain a réitéré ce dimanche 5 janvier sa menace de frapper des sites culturels iraniens, de nombreux internautes ont publié, ces dernières 24 heures, des photos rassemblant le riche patrimoine de l’Iran.

Cette initiative, lancée par une architecte de Toronto d’origine iranienne, a été reprise à travers le monde par de nombreux touristes ayant parcouru le territoire de l’ancien Empire perse achéménide au patrimoine vieux de plus de 2500 ans. Ces clichés, en forme de cartes postales, sont réunis sur Twitter sous le hashtag #IranianCulturalSites qui recense près de 32.500 publications à l’heure où nous publions cet article. La majorité proviennent du continent nord-américain et de l’Europe.

“Tweetons nos sites culturels iraniens préférés: voici la ville natale de mon père Kashan”, a lancé l’architecte dimanche matin sur son compte Twitter. “J’ai adoré le mini-concert impromptu profitant des grands ensembles acoustiques de notre architecture incomparable.”

Au total, l’Iran compte 22 sites inscrits au patrimoine culturel de l’Unesco. La directrice générale de l’Unesco, Audrey Azoulay, a d’ailleurs rappelé ce lundi 6 janvier que les États-Unis avaient ratifié deux conventions protégeant les biens culturels en cas de conflit.

Le chiffre de 22 sites ne prend pas en compte ceux classés au “patrimoine naturel”. À titre de comparaison, l’Italie en possède 50, la France 39, la Chine 37 et les États-Unis 11. Les trois plus anciennes inscriptions – Persépolis, la “Mosquée du vendredi” et la “Place du portrait du monde” à Ispahan – datent de 1979. L’ancienne ville de Bam ou le vieux bazar de Tabriz ont été ajoutés respectivement en 2004 et 2010.

Fondée par Darius Ier en 518 avant J.C, Persépolis est sans doute la plus connue de ces destinations. Elle apparaît à de nombreuses reprises sous le hastag #IranianCulturalSites, bien que Donald Trump n’ait pas précisé si l’ancienne capitale de l’Empire perse est dans la liste des cibles potentielles de l’armée américaine. “Ce site archéologique, construit sur une immense terrasse, est unique par l’importance et la qualité de ses vestiges monumentaux”, écrit l’Unesco. 

“Voici certains des #sitesculturelsiraniens que @DonaldTrump a menacé de détruire”, a abondé un autre architecte, Sergio Beltrán-García, qui a lancé une série de 12 tweets illustrés du patrimoine iranien. “Persépolis. L’un des derniers complexes archéologiques massifs toujours debout de la Perse antique. Les Iraniens et leurs institutions culturelles ont fait un travail fantastique pour le protéger”.

Malgré le tollé provoqué en Iran comme aux États-Unis où de nombreuses voix l’accusent de vouloir perpétrer un “crime de guerre”, Donald Donald Trump a confirmé que les États-Unis viseraient 52 sites en Iran -dont des sites culturels-, si la République islamique réagissait militairement pour venger la mort du puissant général Qassem Soleimani, tué vendredi en Irak par une frappe américaine.

“On leur permet de tuer les nôtres. On leur permet de torturer et de mutiler les nôtres. On leur permet d’utiliser des bombes pour faire exploser les nôtres. Et on n’a pas le droit de toucher leurs sites culturels? Ça ne marche pas comme ça”, s’est justifié le président américain dimanche devant des journalistes présents à bord d’Air Force One. 

Son chef de la diplomatie, Mike Pompeo, avait pourtant passé la matinée à marteler que les États-Unis respecteraient “le droit international” en cas de représailles contre Téhéran. Mais loin de se rétracter, le président américain a revendiqué ses propos dans la soirée.

Ces 52 sites -en hommage symbolique au nombre d’Américains retenus en otages, à partir de la fin de 1979, à l’ambassade des États-Unis à Téhéran- sont “de très haut niveau et très importants pour l’Iran et pour la culture iranienne”, avait-il souligné. 

Viser des sites culturels constituerait un “crime de guerre”, ont réagi non seulement le chef de la diplomatie iranienne Mohammad Javad Zarif mais aussi, aux États- Unis, experts juridiques, anciens diplomates et membres de l’opposition démocrate. 

“Menace “immorale”

Pour Nicholas Burns, ambassadeur américain à l’Otan sous le président républicain George W. Bush, la menace de Donald Trump “est immorale et va à l’encontre des valeurs américaines”.

Aujourd’hui professeur à l’université de Harvard, il a souligné que l’administration Trump avait soutenu une résolution destinée à empêcher le groupe État islamique (EI) de détruire des sites du patrimoine mondial, comme la cité antique de Palmyre, en Syrie.

Mohammad Javad Zarif a justement établi un parallèle entre les menaces de Donald Trump et l’EI. “Un rappel à ceux qui hallucinent en rêvant d’imiter les crimes de guerre de l’EI en ciblant notre héritage culturel: durant des millénaires au cours de notre histoire, des barbares sont venus et ont ravagé nos villes, rasé nos monuments et brûlé nos bibliothèques”, a-t-il tweeté. “Où sont-ils aujourd’hui? Nous sommes toujours là.” 

D’autres comparaient ces menaces à la destruction, par les talibans en mars 2001, des bouddhas géants de Bamiyan en Afghanistan. La sénatrice Elizabeth Warren, bien placée dans la primaire démocrate devant désigner le candidat qui défiera Donald Trump lors de la présidentielle de novembre, a répondu directement au message du président sur Twitter:

“Vous menacez de commettre des crimes de guerre. Nous ne sommes pas en guerre avec l’Iran. Les Américains ne veulent pas d’une guerre avec l’Iran.” Mais un ancien haut responsable américain s’est montré plus sceptique.

“Il me semble difficile de croire que le Pentagone fournisse à Trump des cibles qui incluraient des sites culturels iraniens”, a tweeté Colin Kahl, ancien conseiller sur les questions de sécurité du vice-président démocrate Joe Biden. “Trump se fiche peut-être des lois de la guerre, mais pas les responsables et avocats du (ministère de la Défense)… Or viser des sites culturels constitue un crime de guerre.”

 
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