vendredi , 25 septembre 2020
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J’ai eu un cancer des ovaires, puis le coronavirus mais je suis toujours aussi décidée à faire un enfant – BLOG

CANCER – D’aussi loin qu’elle s’en souvienne, Sunita Thind a toujours voulu devenir maman. “J’ai toujours eu un instinct maternel, j’ai toujours eu envie d’avoir un enfant, de vivre plein de choses avec lui, de le choyer et l’aider à réussir dans le monde”, dit cette femme de 37 ans, ex-enseignante dans le primaire, aujourd’hui écrivaine, qui vit dans la ville de Derby avec son mari, Peter.

Mais le monde de Sunita Thind et son projet de fonder une famille se sont effondrés en avril 2016, lorsqu’on lui a découvert un cancer de l’ovaire, alors qu’elle n’avait montré aucun symptôme de la maladie. “Je me suis réveillée un matin et j’avais littéralement l’air enceinte”, raconte-t-elle en se remémorant le tour cruel que lui a joué son corps ce jour-là. “Mon ventre était enflé, je ressentais une douleur atroce et je n’arrêtais pas de vomir. Je n’avais jamais eu aussi mal.”

Elle a été transportée d’urgence à l’hôpital où on lui a ponctionné l’abdomen pour en retirer onze litres de liquide avant de lui faire passer une batterie d’examens. Lorsque les médecins ont compris qu’il s’agissait d’un cancer, ils ont procédé à l’ablation de son ovaire gauche, de son appendice et d’une trompe de Fallope.

“Ils voulaient faire une hystérectomie complète mais j’ai refusé catégoriquement”, dit-elle. “Je n’avais que 33 ans et je désirais avoir des enfants. Ils ont donc ligaturé la deuxième trompe de Fallope et je suis entrée en ménopause précoce.”

Elle était loin d’imaginer les autres épreuves qui l’attendaient.

Sunita Thind, à qui l’on a découvert un cancer de l’ovaire à l’âge 33 ans.

Sunita a suivi une chimiothérapie pendant six mois, puis une physiothérapie pour favoriser son rétablissement.

“Mon cancer de l’ovaire a tout chamboulé. J’avais l’impression de vivre dans un état de peur permanent. Il y avait toujours cette petite voix qui se demandait si j’avais pris la bonne décision en refusant l’hystérectomie.”

En avril 2019, trois ans après la découverte de son cancer, elle a eu recours à un traitement de fertilité pour congeler ses ovocytes et réussi à en obtenir huit de viables. Pendant toute la durée du traitement, elle a dû se soumettre régulièrement à des examens pour vérifier que le cancer ne récidivait pas.

Mais en novembre, les médecins lui ont annoncé que les marqueurs tumoraux étaient élevés et, en février de cette année, qu’elle avait un cancer au niveau de son deuxième ovaire et qu’il fallait le retirer. Elle était “absolument dévastée”.

Cette fois, les médecins n’étaient pas les seuls à lui conseiller une hystérectomie. Son mari, Peter, que Sunita décrit (avec leur chien, Ghost) comme son “roc”, était lui aussi inquiet pour sa femme, car sa propre mère avait eu un cancer du sein puis de l’ovaire, dont elle était morte dix ans plus tôt. Cependant, il a parfaitement compris pourquoi Sunita s’opposait à l’opération, et il l’a soutenue dans sa décision.

“Je voulais conserver mon utérus, pour avoir un bébé grâce aux ovocytes que j’avais congelés. Je savais que je ne pouvais pas garder mon ovaire et c’était déjà insupportable. En tant que femme, je voulais continuer à avoir mes règles, je ne voulais pas perdre ma fertilité, ni ma féminité, autant de choses qui font partie de mon identité. Mais je savais qu’il fallait le faire.”

C’est alors que la pandémie de coronavirus a frappé. Un stress supplémentaire qui venait s’ajouter à celui de l’intervention chirurgicale prévue en mai, au plus fort du confinement au Royaume-Uni.

<i>Sunita Thind avec son chien, Ghost</i>.

Sunita Thind avec son chien, Ghost.

Sunita a donc passé un test, qui s’est révélé négatif. L’hôpital l’a cependant informée par écrit du risque de contracter le coronavirus pendant son hospitalisation et d’une éventuelle mise sous respirateur.

Le plus dur, dit-elle, a été de ne pas avoir son mari à ses côtés et de ne recevoir aucune visite en raison du confinement.

Les médecins l’avaient avertie que si quelque chose se passait mal pendant l’intervention, ils seraient contraints de procéder à une hystérectomie. La perspective d’apprendre la nouvelle à son réveil, sans son mari pour la soutenir, l’effrayait au plus haut point.

Heureusement, l’opération s’est bien déroulée. Elle a gardé son utérus et a été très bien soignée même si, dit-elle, l’expérience a été “surréaliste”. “Je n’avais pas le droit de porter une robe de chambre ni des pantoufles et j’ai été emmenée au bloc vêtue d’une simple blouse d’hôpital”, se souvient-elle.

“L’hôpital ressemblait à une ville fantôme. J’avais la salle commune pour moi toute seule et il n’y avait que sept personnes dans le service de gynécologie. Je ne voyais quelqu’un que lorsque j’avais besoin de quelque chose. J’ai été très bien soignée mais cette solitude a été éprouvante. Pas facile de récupérer dans ces conditions.”

Sunita n’a pas contracté le virus pendant son hospitalisation mais, trois jours après sa première séance de chimiothérapie, fin juin, s’est sentie essoufflée et a été réadmise pour un test. Cette fois, elle était positive, et ce fut un autre coup dur à encaisser.

“Difficile de dire où j’ai été exposée”, explique-t-elle. Elle pense qu’elle a pu contracter le virus n’importe où: au supermarché où elle s’était rendue, avec un masque, la semaine précédant son hospitalisation, ou par l’intermédiaire de son mari, qui sortait pour lui chercher ses médicaments à la pharmacie. Quoi qu’il en soit, elle a tout de suite été placée en quarantaine. “Je me suis confinée à la maison pendant une semaine et mon mari, pendant quatorze jours. J’avais des douleurs à la poitrine et des vertiges, et j’étais fatiguée. Heureusement, cela n’a duré que quatre ou cinq jours.”

Sunita se sent doublement chanceuse d’avoir récupéré aussi vite, sachant que le coronavirus affecte de manière disproportionnée les personnes d’origine africaine, asiatique et issues d’autres minorités ethniques, et que cela aurait pu sérieusement impacter son traitement contre le cancer.

“J’ai eu de la chance car la chimiothérapie fait effet sept à dix jours après, et mon système immunitaire n’était donc pas encore affaibli.”

Sunita Thind

Sunita Thind

Le cancer est encore une maladie stigmatisée dans la communauté asiatique, confie-t-elle, et de nombreuses personnes refusent d’en parler ou de demander de l’aide.

“On l’appelle le tueur silencieux car il est souvent diagnostiqué trop tard”, dit-elle. “Une tante éloignée avait un cancer de l’ovaire mais, par honte, elle n’est pas allée chez le médecin à temps et elle a fini par en mourir à 40 ans. Même si je n’ai ressenti aucun symptôme, j’ai eu la chance que mon cancer soit détecté rapidement.”

Après la découverte de son cancer, certains membres de sa famille voulaient “garder le secret”. Elle a fait tout le contraire et est même devenue une sorte d’ambassadrice, en prenant part à un défilé de mode pour l’association caritative Ovacome qui soutient les malades atteintes d’un cancer des ovaires.

“Je voulais sensibiliser et faire comprendre à la communauté asiatique que le cancer n’a rien de honteux”, dit-elle.

Néanmoins, ce double coup dur l’a laissée “sens dessus dessous”. Outre le soutien que lui apportent le Macmillan Cancer Support et la thérapie qu’elle suit pour gérer les conséquences psychologiques du cancer et du coronavirus, l’écriture et la poésie sont devenues des exutoires et elle vient de publier son premier recueil, The Barging Buddhi. Elle y aborde différents thèmes allant de la religion au sexe, en passant par le cancer… et la famille.

“J’ai toujours une envie folle d’être maman”, confie-t-elle. “Je me donne un an pour laisser à mon corps le temps de récupérer, avant d’utiliser les ovocytes que j’ai fait congeler. J’espère que ça marchera. Je refuse d’abandonner. Depuis toujours, je veux un enfant et devenir mère.”

La Covid-19 a amplifié la période difficile qu’elle traversait, dit-elle, mais elle reste résolue à retrouver toutes ses forces. “Je veux juste reprendre une vie normale. Nous sommes tous dans le même bateau, sauf que le mien est légèrement différent et navigue sur des eaux plus agitées.”

<i>Sunita Thind porte un bonnet pour ralentir la chute de cheveux due &agrave; la chimioth&eacute;rapie.</i>

Sunita Thind porte un bonnet pour ralentir la chute de cheveux due à la chimiothérapie.

Ce blog, publié sur le HuffPost britannique, a été traduit par Karine Degliame-O’Keeffe pour Fast ForWord.




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