lundi , 13 juillet 2020
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Je suis maman et je fais des vidéos pornos en ligne pour gagner ma vie pendant le confinement – BLOG

BLOG – Je suis strip-teaseuse depuis onze ans et jusqu’à la fermeture des clubs de l’Oregon, le 16 mars, en raison de la pandémie (ce qui m’a privé de l’essentiel de mes revenus), je n’avais quasi jamais utilisé ma webcam ni fait de vidéos pornographiques.

Le coronavirus a pris le monde par surprise. De nombreuses entreprises ont fermés pour une durée indéterminée et, comme beaucoup de parents en chômage technique, je me suis retrouvée à devoir expliquer à ma fille que certaines choses allaient être différentes pendant un certain temps. Elle ne pourrait pas aller jouer avec ses amies, maman n’achèterait plus autant de livres et de jouets qu’avant, et nos emplois du temps seraient quelque peu inhabituels.

En cette période de Covid-19, je dépends entièrement du travail en ligne: diffusions en direct d’actes en solo ou avec des partenaires, vente de vidéos fétichistes et sexting pour donner des conseils. Lorsque ma fille est chez son père, j’en profite pour me filmer. Lorsqu’elle est avec moi, je jongle avec mes e-mails et le sexting tard dans la nuit, après l’avoir mise au lit. J’arrive aussi parfois à envoyer des photos et à parler à des clients depuis ma salle de bains pendant qu’elle lit dans sa chambre.

“Votre famille sait-elle ce que vous faites?” Ce que ma fille sait du travail de sa maman se limite à ce que peut comprendre une petite fille de huit ans. Elle sait que “Maman travaille dans une entreprise qu’on appelle un club de strip-tease où elle danse et raconte des blagues aux clients, qu’elle leur fait des câlins et qu’elle est payée pour cela, parce que les corps sont quelque chose de beau et d’intéressant, que les gens les trouvent agréables, et qu’il est important de passer du temps avec les autres”.

Expliquer à ma fille ce que je fais

Quand elle sera plus âgée, je lui expliquerai que j’ai travaillé avec les corps et les parties génitales des gens, que j’ai été payée pour avoir des relations sexuelles et que j’ai gagné de l’argent en discutant et en me filmant pendant que je me masturbais ou que je marchais sur des cigarettes. Je lui expliquerai qu’une partie de mon travail était légale et qu’une autre partie ne l’était pas.

Regarder du porno peut avoir des effets positifs sur la créativité, l’image du corps, la validation de l’identité sexuelle et la normalisation des pratiques. Les éducateurs sexuels et les principales plateformes pornographiques recommandent le porno en ligne ou en vidéo pour aider à “aplatir la courbe”.

Des millions d’Américaines se sont retrouvées sans emploi et beaucoup se démènent pour trouver de quoi payer leur loyer ou leur crédit immobilier alors qu’elles sont confinées devant des écrans. Certaines femmes étudient les différentes options qui leur permettront de gagner de l’argent pendant le confinement et tentent le porno.

Mais ce n’est pas facile. Comment réagira leur famille quand elle apprendra qu’elles se sont masturbées devant une webcam pour de l’argent ou qu’elles ont vendu des photos de nus? Pourront-elles retrouver un “emploi normal” si on apprend qu’elles ont fait des vidéos pornos pour survivre? Même si les travailleurs du sexe sont souvent encouragés à quitter cette industrie et à “trouver un vrai travail”, ils sont régulièrement licenciés ou ostracisés lorsqu’on découvre leur passé.

La technologie est un autre obstacle pour celles, comme moi, qui travaillent en ligne. Il est de plus en plus difficile de partager du contenu sexuel en privé sans intervention des autorités ou de la plateforme. Skype espionne les appels des utilisateurs, tout comme Zoom, à la recherche de “nudité” et de choses “obscènes”. La politique s’est généralisée depuis l’adoption des lois FOSTA (Allow States and Victims to Fight Online Sex Trafficking Act) et SESTA (Stop Enabling Sex Traffickers Act) en avril 2018.

Sans compter que les applications de paiement telles que PayPal, CashApp et Venmo refusent tout paiement relatif à ces activités et surveillent les transactions mentionnant les termes “porno” ou “nus”. Il est donc très difficile de se faire payer légalement pour une offre de services sexuels en ligne.

Autre obstacle pour n’importe quel travailleur du sexe: comment investir les médias sociaux et récupérer un nombre suffisant d’abonnés qui paieront pour vos services et ne se limiteront pas à liker vos publications? Des applications comme Instagram, Facebook et Tumblr sont de plus en plus censurées depuis l’adoption des lois FOSTA et SESTA. Les petits créateurs risquent de voir leur compte désactivés ou bloqués, ce qui les empêche d’orienter les clients vers leur travail.

Actuellement, un projet de loi prévoyant de donner aux forces de l’ordre l’accès à nos communications menace la vie privée de tous les citoyens. Les partisans de la loi “Earn It Act” affirment qu’elle réduira l’exploitation des enfants, comme l’ont affirmé les législateurs avec les lois FOSTA et SESTA. Or, si ce projet de loi aboutit, il criminalisera AUSSI les travailleurs du sexe, les journalistes, les militants et les artistes qui se retrouvent dans le collimateur de la police et sont bannis des plateformes, pour publication de contenus à caractère obscène ou sexuel.

Ces lois et comportements sociétaux nous empêchent de gagner notre vie, de recevoir de l’argent pour notre travail, d’héberger nos petites annonces et de prendre des pourcentages plus importants sur les plateformes. Ils compliquent la vie de personnes comme moi qui font du porno en ligne et n’ont pas d’autre moyen de subvenir aux besoins de leurs familles durant le confinement.

Lorsque vous empêchez un parent de subvenir aux besoins de son enfant, vous faites du mal à cet enfant.

Quand ma fille me demande qui m’a acheté mes nouvelles chaussures, je lui réponds que c’est l’un de mes clients qui me les a offertes pour me remercier et pour que je les porte à mon retour au club. C’est la vérité. Assise en face de moi pendant que j’écris cet article, elle fait des exercices de multiplication. Je suis forte en calcul mental et elle vérifie ses réponses avec moi. En tant que strip-teaseuse, j’utilise l’arithmétique tous les jours pour tenir mes comptes (gains, tarifs, etc.). Ce que j’ai appris au club m’aide à faire l’école à la maison, et ce n’est pas une surprise pour moi.

Le porno est important. Les gens aiment voir des seins, ça leur remonte le moral. L’offre peut être ludique ou éducative lorsqu’elle est encadrée et proposée à un public averti. J’adore quand on me dit: “Vos vidéos m’ont aidé à faire comprendre à mon mari comment ralentir son rythme pendant les rapports sexuels”, “Merci d’avoir normalisé l’utilisation d’un safeword” ou “D’habitude, je n’aime pas la pornographie lesbienne mais votre démarche est authentique.” Beaucoup de mes clients sont des femmes et beaucoup sont aussi parents.

Si vous voulez soutenir les femmes, les familles, les homosexuels et les personnes qui travaillent malgré une douleur chronique et des troubles mentaux, si vous voulez soutenir les créateurs noirs et les personnes trans, aidez-nous à normaliser la pornographie car elle permet à beaucoup d’entre nous de gagner notre vie. Les détracteurs de cette industrie, les “abolitionnistes du porno”, ne supportent pas d’entendre qu’il s’agit d’une des seules industries où les femmes gagnent généralement plus que les hommes.

Le porno gratuit est facilement disponible, mais la plupart des vidéos sont volées à des créateurs comme moi. Aujourd’hui, c’est le meilleur moment pour acheter des contenus directement auprès de ceux qui le fabriquent, ou de verser un pourboire. C’est grâce à cela que nous pourrons nourrir nos familles, et garder le moral.
Payez ce que vous regardez et versez un pourboire lorsque vous le pouvez. L’humoriste Tina Horn a récemment dit quelque chose qui résumait parfaitement l’idée: “Acheter du porno directement aux travailleurs du sexe, c’est comme acheter ses tomates bio directement aux producteurs.”

Ce confinement m’a confortée dans ce que je savais déjà, de par mon métier de travailleuse du sexe et mon rôle de maman: je ne peux pas compter sur le gouvernement pour qu’il me protège ou m’apporte un soutien financier; je dois avoir plusieurs sources de revenus, faire preuve de ténacité, m’attendre à ce que les gens tentent de repousser les limites que j’ai fixées, établir un modèle de bonne conduite, prodiguer des caresses de manière réfléchie et bienveillante, enseigner le consentement, et améliorer ma communication.

Le porno sauve littéralement la vie de nombreuses personnes, en période de confinement ou non. Les droits sexuels sont des droits civiques et nous pouvons tous agir pour les protéger et les respecter, pour notre bien et celui de nos enfants.

Ce blog, publié sur le HuffPost américain, a été traduit par Karine Degliame-O’Keeffe pour Fast ForWord.




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