jeudi , 24 septembre 2020
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La Ligue 1 reprend dans l’ombre du Covid-19, entre doutes et bricolage

AFP

Lors du match de Ligue 1 Marseille-Lyon, le 10 novembre 2019.

LIGUE 1 – “On a peur d’être dans la situation où pendant trois mois on avait la voiture au garage sans pouvoir la sortir, et quand enfin on peut reprendre la route on a un risque de tomber en panne tous les 100 km…”. Cette comparaison métaphorique, glissée par un dirigeant de club cette semaine, résume bien la situation dans laquelle se trouve la Ligue 1 qui reprend ce vendredi 21 août, au moment même où le football français brille à Lisbonne lors du “Final 8” de la Ligue des champions (le PSG qualifié pour la finale, Lyon a atteint les demies).

À 19h, Bordeaux accueille Nantes en match d’ouverture, pour ce qui sera aussi la première rencontre diffusée sur la nouvelle chaîne Téléfoot. Mais après cinq mois d’arrêt liés à la pandémie de Covid-19, le virus plane plus que jamais sur cette reprise du championnat, le premier des cinq grands (Premier League, Liga, Seria A, Bundesliga et donc Ligue 1) à réattaquer pour l’exercice 2020-2021.

Avant même le premier coup de sifflet, plus de la moitié des clubs de l’élite ont en effet déploré des contaminations ces dernières semaines, mettant en péril leur préparation et causant l’annulation de nombreux matches amicaux de pré-saison.

Cette première journée est même déjà chamboulée après le report du match Marseille – Saint-Étienne, qui devait se jouer ce vendredi à 19h, pour cause de “virus circulant” au sein du club phocéen. Il a été remplacé par un plus terne Bordeaux – Nantes.

Le Nîmes-Brest de dimanche (15h) est lui en sursis après la découverte de nouveaux cas qui portent le club gardois au seuil fatidique des quatre contaminations en moins de huit jours décidé par la Ligue professionnelle de football (LFP).

D’après le protocole de 57 pages de sa toute récente Commission Covid, la Ligue considère en effet que le virus est “circulant” dans un club à partir du moment où une équipe a “plus de 3 joueurs ou encadrants (à partir de 4) isolés sur 8 jours glissants”. À partir de quatre cas, elle peut décider du report du match. Les joueurs seront eux testés deux à trois jours avant chaque match.

Parmi les récentes annonces de joueurs testés positifs, celle de l’attaquant de Montpellier Andy Delort, qui “va bien”, comme il l’a annoncé sur Twitter.

Différences de préparations 

Depuis le début de la pandémie, c’est le septième joueur de Montpellier à être contaminé. Le milieu de terrain Junior Sambia, qui avait été hospitalisé et placé sous coma artificiel fin avril, avait été le premier joueur de Ligue 1 touché par le coronavirus.

Les clubs épargnés, eux, ne font pas les fiers: “On est très vigilants, on casse la tête aux joueurs avec des messages quotidiens assez forts. On les incite à faire tester leurs familles, à être prudents avec les gens qui viennent chez eux, à limiter malheureusement au maximum les contacts avec l’extérieur. Mais on sait très bien que la bulle est percée de partout”, explique à l’AFP Nicolas Holveck, président de Rennes. 

Pour cette reprise, on se retrouve donc avec des différences de préparations, qui vont commencer à poser des questions sur l’équité sportive.

C’est le cas tout particulièrement de Strasbourg (9 joueurs touchés), Nantes (7 joueurs) et Montpellier (6 joueurs), même si la plupart des joueurs positifs n’ont eu que peu ou pas de symptômes et ont pu reprendre l’entraînement à l’issue de leur quatorzaine, plus ou moins rapidement en fonction des protocoles médicaux des clubs.

Mais “les cas de Covid, c’est comme les blessures”, explique le préparateur physique Xavier Frezza. “L’organisme n’aura pas eu sa montée en puissance, ils vont passer d’un rythme d’entraînement à un rythme de match au plus haut niveau, ce n’est pas évident”, ajoute-t-il. “La vérité c’est le terrain. Il faut récupérer le rythme du terrain”.

Autre “bricolage” de cette reprise: la jauge de 5000 spectateurs maximum autorisée par le gouvernement, jusqu’au 30 octobre, par stade, sauf dérogation du préfet. Mais peu de clubs se risquent pour le moment à faire une demande de jauge supérieure. À Nice, pour le premier match dimanche face à Lens (17h), on a même choisi par précaution de jouer la rencontre à huis clos.

Boycott des ultras 

Et comment faire quand on ne peut accueillir que 5000 spectateurs maximum? Lorient privilégie ses anciens abonnés, Nantes a proposé des abonnements où chacun paie au match assisté, Saint-Étienne va vendre uniquement des places au match…

L’ambiance risque par ailleurs d’être bien terne dans les tribunes, étant donné qu’une majorité de groupes ultras boycotteront cette reprise. De Nantes à Nîmes en passant par Lens, plusieurs groupes jugent l’expression de leur passion “incompatible” avec les “nécessaires” gestes barrières.

Ferveur freinée, risque de contamination inévitable et “tri” insupportable entre abonnés ont eu raison de la passion des fans qui animent les travées les plus chaudes de France. Depuis lundi, les communiqués d’ultras se succèdent pour annoncer leur absence à venir.

Aucun ne remet en cause le strict protocole sanitaire, que ce soit la distanciation physique, le port du masque ou l’obligation de rester assis, mais tous pointent, à l’instar du Kop de la Butte mardi à Angers (lire leur communiqué ci-dessous), des mesures “incompatibles avec notre manière de supporter”.

Autre ligne rouge: la nécessaire sélection à faire parmi les abonnés, que les groupes refusent catégoriquement d’opérer. 

On en oublierait presque qu’il y a une saison de football à jouer, avec ses promus (Lens, Lorient), ses outsiders (Marseille et Rennes en C1, Lyon et Monaco en rédemption, Nice plein d’ambitions) et bien sûr son favori: le PSG vise un historique 10e titre de champion, un record seulement détenu par les Verts de Saint-Étienne.




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