mercredi , 27 mai 2020
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La majorité LREM sort du confinement dans le brouillard

LUCAS BARIOULET / AFP

Le président du groupe LREM à l’Assemblée nationale, Gilles Le Gendre et le député Pacome Rupin, le 4 juin.

POLITIQUE – “Comment ces dernières semaines se sont passées? Mal”. Voilà comment un marcheur historique résume la situation, à l’heure où le groupe LREM à l’Assemblée nationale ressort du confinement particulièrement ébranlé. Il pouvait difficilement en être autrement. Dès le début de la crise sanitaire, la majorité a dû composer avec les propos déroutants d’Agnès Buzyn et la communication bancale du gouvernement. 

Ce mercredi 13 mai, ce sont les révélations de Mediapart sur la députée de Paris Laetitia Avia qui viennent affaiblir davantage le groupe majoritaire. Et pour cause. La porte-parole du parti présidentiel doit présenter ce jour son projet de loi contre la haine en ligne. Or, le site d’investigations exhume des propos racistes et homophobes que l’intéressée a tenus dans des conversations avec ses collaborateurs ainsi que des considérations déplacées sur certains de ses collègues marcheurs, dont Aurore Bergé, également pote-parole de LREM. 

Une énième polémique qui vient couronner des semaines de tensions. De l’initiative à penser le jour d’après à l’application StopCovid en passant par l’exclusion de Martine Wonner, le groupe majoritaire a plusieurs fois fait étalage de ses divisions. Une cacophonie que certains mettent au crédit de Gilles Le Gendre, dont la présidence du groupe est de plus en plus contestée en interne. “Soit il est nommé secrétaire d’État aux choux farcis et on s’en débarrasse, soit il reste, mais on peut aller vers une scission”, prévoyait la semaine dernière auprès du HuffPost un député influent.

″Egos froissés”

Un autre marcheur venu de la gauche, plutôt loyaliste, relativise: “J’entends beaucoup de collègues qui se plaignent de Gilles Le Gendre, mais il a été élu et réélu. Il a quand même un bon management pour gérer un groupe à majorité absolue. Après, si on perd cette majorité, ce qui implique de faire des compromis politiques avec untel et untel, j’ai un doute”. La création d’un neuvième groupe, cette arlésienne du quinquennat, semble cette fois en passe de se concrétiser. 

Ce mercredi, Le Parisien va jusqu’à lister les 22 élus qui feraient partie de l’aventure. Parmi eux, les députés Aurélien Taché et Guillaume Chiche. “Ils ont vrillé. Ce sont des egos froissés qui sont prêts à toutes les manœuvres pour exister”, persifle un député macroniste qui estime que ce neuvième groupe est une arnaque marketing. “Personne n’est dupe. Qui n’est pas pour l’écologie et la solidarité? Outre le fait qu’il faudra m’expliquer ce que Batho et Chiche ont en commun, cette initiative n’est qu’une façon de se faire une place dans l’optique d’un gouvernement d’union nationale. Il n’y a qu’à voir le plan com’ de Matthieu Orphelin : un papier par jour!”, ironise-t-il. 

Sans entrer dans la polémique, d’autres comprennent mal cette initiative, qui reste marginale pour le moment. “Au sein du groupe, on a le sentiment que la crise a été gérée avec beaucoup de réactivité. Les députés ont organisé pour le gouvernement les remontées de terrain de ce qui ne marchait pas bien. Ils ont été écoutés par les relais ministériels. Ces avis étaient réellement pris en compte, c’est important”, temporise le député de l’Isère Jean-Charles Colas-Roy, qui souligne les travaux sur l’après-crise qui sont réalisés en interne, “notamment sur l’aspect écologique et social”. 

Bazar parisien  

Au delà des intrigues de l’Assemblée, le parti majoritaire patine également à Paris, où les troupes se déchirent sur les suites à donner à la candidature d’Agnès Buzyn, considérablement affaiblie depuis ses propos accordés au Monde. Dans ce bazar parisien, l’hebdomadaire Challenges a publié une indiscrétion selon laquelle le député de Paris et numéro un de LREM, Stanislas Guérini, reprendrait le flambeau de la tête de liste macroniste.

Auprès du Figaro, l’entourage de l’intéressé affirme que “la question ne se pose pas pour le moment” et que, pour l’heure, c’est toujours l’ex-ministre de la Santé qui porte les couleurs LREM dans la capitale. Et donc toujours pas d’alliance en vue avec le candidat dissident du parti, Cédric Villani.

Il n’empêche que les observateurs du microcosme parisien ne semblent pas surpris de voir cette hypothèse émerger et circuler dans la presse. ”Ça me semble sérieux. Il ne faut pas oublier qu’il était référent d’En Marche à Paris en 2017, que c’est un ancien de la bande à DSK rue de La Planche, qu’il a toujours eu une vraie ambition politique et qu’il cherchait de toute façon à se faire élire à Paris, vu qu’il était numéro 2 sur la liste de Buzyn dans le 17eme”, souffle un connaisseur du parti macroniste engagé dans la campagne. “Je ne sais pas s’il va y aller. Mais j’observe qu’il y a pas mal de mouvements à son cabinet”, observe un député macroniste. Contacté par Le HuffPost, le député de Paris n’a pas donné suite. 

Reste que l’option Guérini ne plaît pas à tout le monde au sein de la formation présidentielle. “Stanislas est un rouage essentiel de l’équilibre du parti. Si ça se fait, et qu’il quitte son poste de délégué général, ça pourrait faire de la place à des responsables plus clivants, du genre de ceux qui instrumentalisent les Jeunes avec Macron contre l’appli StopCovid. Ça mettrait en difficulté le mouvement”, se méfie un parlementaire, visant implicitement le numéro 2 de LREM, Pierre Person. Voilà qui promet encore des semaines agitées dans les rangs macronistes. 

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