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La médecine de précision change la donne pour la santé mentale


Les patients atteints de cancer bénéficient des avancées de la médecine de précision, mais l’approche personnalisée pour traiter les maladies neurologiques comme Alzheimer n’en est qu’à ses débuts. La neuroimmunologue Maria-Teresa Ferretti explique pourquoi il est important d’investir dans la médecine de précision afin d’améliorer la santé du cerveau pour tous.

Ce contenu a été publié le 18 septembre 2020 – 10:30

Maria Teresa Ferretti, cofondatrice et directrice scientifique du Women’s Brain Project

Selon la définition des Instituts nationaux de la santé américains, la médecine de précision est une approche émergente pour le traitement et la prévention des maladies qui prend en compte les variables individuelles de chacun au niveau des gènes, de l’environnement et du style de vie. Elle permettra aux médecins et aux chercheurs de prévoir avec plus de précision quelles stratégies de traitement et de prévention fonctionneront pour une maladie particulière, et dans quels groupes de personnes. Elle s’oppose à l’approche «taille unique», dans laquelle les stratégies de traitement et de prévention des maladies sont élaborées pour la personne moyenne, sans tenir compte des différences individuelles.

« Les avantages d’une approche médicale de précision du point de vue du patient sont devenus très clairs pour moi quand j’ai dû affronter un cancer du sein il y a 18 mois »

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Les avantages d’une approche médicale de précision du point de vue du patient sont devenus très clairs pour moi quand j’ai dû affronter un cancer du sein il y a 18 mois. Il m’a fallu exactement une semaine pour avoir le premier diagnostic, quinze jours pour avoir la caractérisation moléculaire de ma tumeur et la décision thérapeutique qui s’ensuit, et six mois en tout pour l’opération et le début de la thérapie aux rayons et aux hormones. Grâce à un algorithme prédictif basé sur un panel de marqueurs génétiques, j’ai pu échapper à la chimio, ce qui m’a épargné des mois de souffrance.

Pour moi, en tant que patiente, la médecine de précision a donc signifié un diagnostic exact en deux semaines, un cheminement thérapeutique clair adapté à ma tumeur spécifique, en évitant un traitement inutile qui aurait pu être plus nuisible que bénéfique.

Selon Antonella Santuccione Chadha, confondatrice et directrice du Women’s Brain Project (WBP), «la médecine de précision sera installée dans la santé mentale et cérébrale quand le mot ‘différences’ sera remplacé par le terme ‘caractéristiques’, avec le sexe et le genre comme points de départ».

Forum international du Women’s Brain Project

Le thème de cette année est Le chemin vers la médecine de précision au cours de notre vie. Le Forum se tient sur internet les 19 et 20 septembre.

Composé essentiellement de scientifiques, le WBP mène des recherches sur la médecine de précision basée sur le sexe et le genre, de la recherche fondamentale aux nouvelles technologies, et en fait la promotion. C’est une organisation internationale sans but lucratif, basée en Suisse.

swissinfo.ch est partenaire media du WBP.

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Ce sont les bénéfices que nous devons offrir aux patients souffrant de maladies neurologiques, qui aujourd’hui peuvent attendre jusqu’à trois ans pour avoir un diagnostic et sont souvent traités avec des médicaments inefficaces et provoquant de nombreux effets secondaires.

Nous savons désormais qu’il existe d’énormes différences d’un patient à l’autre et qu’il est essentiel de prendre en compte ces différences pour développer un diagnostic précis et un traitement optimal. Ainsi, pour deux patients présentant les mêmes symptômes – de la démence par exemple -, les causes ou les pathologies sous-jacentes peuvent être complètement différentes.

Le bénéfice qu’il y a à donner le bon traitement au bon patient au bon moment, réduisant ses souffrances et celles de sa famille, est considérable. Cette approche assure aussi une réduction spectaculaire des coûts à charge du secteur public, de l’économie et de la société, lesquels sont estimés à 1000 milliards de dollars en 2020 rien que pour la démence.

Les outils de la médecine de précision doivent être optimisés et adaptés à un large usage dans la population générale. L’exemple classique est celui d’un biomarqueur sanguin (une molécule qui peut être détectée dans le sang et indique une maladie sous-jacente) chez les patients atteints d’Alzheimer. Cela permettrait un dépistage de masse chez des milliers de personnes, au lieu d’appliquer la méthode actuelle de tomographie par émission de positrons et d’analyse du liquide céphalorachidien. Cela nécessiterait la mise en place de systèmes sécurisés de stockage des données personnelles. Finalement, des algorithmes validés devraient être mis à disposition de l’ensemble de la communauté et devenir partie intégrante des outils du neurologue.

Il y a 10 ou 20 ans, les patientes atteintes de cancer du sein étaient toutes traitées par chimiothérapie. Certaines en bénéficiaient, d’autres non et succombaient à de terribles effets secondaires. Il a fallu des années pour apprendre que le même symptôme peut être causé par diverses lésions, avec des compositions moléculaires et génétiques spécifiques, qui ont aussi un impact sur la réponse spécifique au traitement.

La médecine de précision promet de résoudre tout cela.

Nous devons défendre cette cause, publier des papiers et introduire la médecine de précision dans le programme des prestataires de soins de santé. Cela pourrait se faire par des échanges entre différentes disciplines (en apprenant par exemple de l’oncologie) où l’approche de médecine de précision est beaucoup plus avancée et tend à être appliquée.

Cela fait également partie de notre travail au WBP – nous faisons de la sensibilisation et menons des recherches sur l’hétérogénéité des patients, en commençant par les différences de sexe et de genre. Nous pensons que les différences de présentation des maladies entre les hommes et les femmes, qui sont de plus en plus reconnues par la communauté médicale, sont la porte d’entrée vers une médecine de précision.

C’est le thème de notre Forum international sur le cerveau féminin et la santé mentale 2020, qui se déroulera en ligne les 19 et 20 septembre. Avec des intervenants issus de la médecine, de la recherche, de la politique et des patients, nous explorerons les différences entre les sexes et les genres en matière de santé cérébrale et mentale tout au long de la vie.

Mon espoir est que dans dix ans, la neurologie en soit là où l’oncologie est aujourd’hui. Et c’est pourquoi l’un des objectifs du WBP est de créer un Institut de médecine de précision sur le sexe et le genre en Suisse.

Maria Teresa Ferretti

Maria Teresa est neuroimmunologue et avocate de la science avec plus de dix ans d’expérience internationale dans le domaine de la maladie d’Alzheimer. Dans ses recherches, elle travaille à identifier de nouveaux biomarqueurs pour augmenter la précision du diagnostic précoce du déclin cognitif et de l’Alzheimer.

En 2016, elle a été l’une des fondatrices du Women’s Brain Project. Avec plus de 20 articles évalués par des pairs qu’elle a cosignés et qui ont été publiés dans des revues de référence, dont Nature, le travail de Maria Teresa Ferretti est souvent cité et commenté dans la presse nationale et internationale. Elle est également très active dans la communication scientifique sur les réseaux sociaux. Maria Teresa a reçu plusieurs prix et distinctions académiques.

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Les vues exposées dans cet article sont celles de son auteure et ne reflètent pas obligatoirement la position de swissinfo.ch.


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