mardi , 25 février 2020
Accueil » Actualité » La mort de Vanille pose la question du maintien à tout prix du lien parents-enfant

La mort de Vanille pose la question du maintien à tout prix du lien parents-enfant

Jerome Tisne via Getty Images

La mort de Vanille pose la question du maintien à tout prix du lien parents-enfant. (photo d’illustration)

PARENTS – En France, en moyenne, un enfant est tué par ses parents tous les cinq jours. Dernière victime en date, Vanille, âgée d’un an, dont la mère, atteinte de troubles psychiatriques, a avoué le meurtre dimanche 9 février. Alors qu’elle avait été placée en famille d’accueil, la petite fille voyait sa mère quelques heures par semaine dans le foyer maternel pour mères isolées où cette dernière était hébergée. 

Si les circonstances précises de la mort de Vanille ne sont pas encore entièrement connues, cet infanticide pose au moins une question: faut-il maintenir à tout prix le lien biologique au détriment de l’intérêt supérieur de l’enfant? 

L’intérêt supérieur de l’enfant

Invité à réagir à ce drame, le secrétaire d’État en charge de la protection de l’enfance, Adrien Taquet, a rappelé que le profil psychologique de la mère était connu, avant de s’interroger lui aussi. “Il y a une question de fond qui est effectivement: comment a-t-on pu décider de confier un enfant à une mère dont le profil psychiatrique semble effectivement compliqué?”

“Les dernières lois de 2007 et 2016 ont remis le curseur vers l’intérêt supérieur de l’enfant”, rappelle Adrien Taquet avant de préciser qu’“il y a un moment où vous vous heurtez aussi aux pratiques professionnelles”. L’intérêt supérieur de l’enfant est un principe international promulgué dans l’article 3-1 de la Convention internationale des droits de l’enfant adopté en 1989.

Il existe deux cas de figure pour décider de cesser ou de limiter les droits de visite des enfants placés. Premièrement, lorsqu’un enfant est placé à l’aide sociale à l’enfance, les services du département peuvent prendre cette décision. Deuxièmement et dans la plupart des cas, c’est un juge qui émet une ordonnance de placement et ainsi organise la suite de la relation entre parents et enfant. 

La cofondatrice de l’association La Voix de l’Enfant, Martine Brousse, interrogée par Le 4Suisse, assure aussi que comme celle de Vanille, “ces morts d’enfants doivent pouvoir être évitées. Quand la maman est en détresse, en souffrance, il faut l’accompagner et il faut protéger l’enfant.” 

Le maintien du lien biologique, une spécificité française

Malgré notre arsenal législatif, la France pâtit d’un système de pensée qui peine à être remis en question. “On est aujourd’hui dans une société française qui place l’enfant comme appartenant à ses parents”, explique Perrine Goulet, députée LREM et anciennement enfant placée interrogée par Le 4Suisse. “Et pas l’enfant comme une entité seule. Je pense que c’est là l’un des plus gros freins: arriver à couper un peu ce lien parents-enfants, quand les parents sont en incapacité de s’occuper de leur enfant”.

“On s’acharne à maintenir des liens qui sont parfois toxiques et traumatiques”, s’indignait déjà en 2015 le psychiatre Pierre Lévy-Soussan, interrogé dans Le Point. “Que les juges imposent des rencontres médiatisées entre enfants et parents naturels, même lorsque ceux-ci sont maltraitants, et que cela donne des parcours chaotiques qui laissent de grandes séquelles chez ces mineurs devenus adultes.” 

C’est pourquoi Marine Brousse rappelle que ce sont les besoins fondamentaux des enfants qui doivent être au centre du débat, comme l’assure la loi de 2016. “L’enfant n’est pas la thérapie du parent”, martèle-t-elle, dénonçant des cas de parents “fragiles” à qui on laisse l’enfant pour éviter un suicide. 

“La mort de Vanille n’est pas un fait divers, c’est une question”, explique-t-elle. “Pour lancer le débat, il faut poser la question des liens de filiation et surtout que la psychiatrie adulte se rapproche de la protection à l’enfance.”

Pour Adrien Taquet, les suites de l’enquête pourront lever le voile sur le sort de Vanille: “est-ce que l’intérêt supérieur de l’enfant a primé sur le maintien du lien biologique? Quand la mère, le père est toxique pour l’enfant, il faut savoir rompre ce lien.” Des détails capitaux qui pourront peut-être sauver de futures victimes. 




Première apparition