dimanche , 20 septembre 2020
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La série « Beverly Hills » a fait naître des Dylan, Brenda et Brandon en France

Worldvision Enterprises Inc.

« Beverly Hills », une série culte qui a inspiré les prénoms de nombreux petits Français nés dans les années 90

SÉRIE TÉLÉ – Combien parmi vous ont un Dylan, une Brenda ou un Brandon dans votre entourage? Si vous avez une trentaine d’années ou un peu moins, il y a de fortes chances pour que ce soit le cas. Arrivés en France au début des années 1990, ces prénoms ont été inspirés par une série culte: “Beverly Hills”.

Ce mercredi 29 juillet, des centaines de milliers de nostalgiques pourront découvrir sur TF1 dès 21h05 les six épisodes de ”BH90210″, mini-série dans laquelle Shannen Doherty (Brenda), Tori Spelling (Donna), Jason Priestley (Brandon) ou encore Ian Ziering (Steve) et Gabrielle Carteris (Andrea), les vrais héros de “Beverly Hills”, se mettent en scène dans un faux documentaire sur leur parcours et leur amitié depuis l’arrêt de la série. Seul Luke Perry, qui incarnait Dylan, manque à l’appel – l’acteur étant décédé le 4 mars 2019 à 52 ans des suites d’un AVC, quelques mois avant le tournage de ce reboot.

Lors de la première diffusion de cette série en France, sur TMC à l’automne dernier, près de 800.000 téléspectateurs s’étaient retrouvés devant le le premier épisode. Aux États-Unis quelques semaines plus tôt, ils étaient 4 millions. Il faut dire que “Beverly Hills” (ou “90210″ en VO) a marqué les esprits de toute une génération. Diffusée entre 1990 et 2000 outre-atlantique, elle compte 10 saisons pour près de 300 épisodes et réunissait certains soirs jusqu’à 21 millions de téléspectateurs.

Dylan, 5e prénom le plus donné en 1996

Souvent classée parmi les tops 100 des séries les plus marquantes de ces 30 dernières années, “Beverly Hills” a indéniablement laissé son empreinte dans la pop culture. Et pas que. En France, la série a participé à l’arrivée d’une vague de prénoms plébiscités par les parents dans les années 90 et plus tard.

Les statistiques recensées par l’Insee sont impressionnantes. Si seuls 328 garçons nés en 1990 portent le prénom Dylan, la courbe s’affole dans les années qui suivent. Entre 1993 (année à laquelle la série débarque sur le petit écran français) et 1994, le nombre de Dylan passe de 1665 à 4637. Pour atteindre son pic en 1996, devenant le 5e prénom le plus donné, avec 6917 petits Français prénommés comme le héros de “Beverly Hills”. Un record plus jamais dépassé.

Les prénoms Brandon et Brenda, aussi portés par des personnages de “Beverly Hills”, connaissent eux aussi une progression au milieu des années 1990, dans de moindres proportions, comme le montre le graphique ci-dessous:

INSEE

La courbe du prénom Dylan en France atteint son pic en 1996 pendant la diffusion de « Beverly Hills »

Attirés par ces prénoms américains qui triomphent à la télévision, de nombreux parents choisissent de nommer ainsi leurs rejetons. “Ma mère regardait trop ‘Beverly Hills’ et dedans il y a cette fille qui s’appelait Brenda. C’est celle qui joue dans ’Les soeurs Halliwell’. Elle devait la trouver jolie”, racontait une jeune adolescente de Levallois, en 2012 dans un reportage du média en ligne Vice. “Pourquoi tu t’appelles Brandon?”, demandait le site à un jeune de 14 ans. “Parce que ma mère regardait une série qui s’appelait ‘Beverly Hills’. Elle trouvait que le mec qui s’appelait Brandon était super sympa et elle s’est dit que j’allais être super sympa comme lui (…) Si j’avais été une fille, elle m’aurait appelé Brenda.”

L’exemple Kevin

L’impact de “Beverly Hills” n’est pas le seul exemple d’une influence de la pop culture dans l’histoire des prénoms. Un autre largement documenté (dans cet article de Slate notamment) est celui du prénom Kevin. Si le nombre de garçons ainsi prénommés avait déjà commencé à monter dès les années 1980, l’explosion de la courbe a lieu entre 1990 et 1991.

Cette année-là, 13.344 Kevin naissent en France… neuf mois ou plus après la sortie d’un film devenu culte: “Maman j’ai raté l’avion” et son jeune héros Kevin Mc Allister. À la même époque, les Français se passionnent aussi pour “Danse avec les loups” porté par… Kevin Costner.

INSEE

13.344 petits Kevin sont nés en 1991 en France

Si les prénoms Dylan, Brenda ou Brandon rappellent à certains de joyeux souvenirs de soirées passées devant leur série préférée, les prénoms américains évoquent pour d’autres de nombreux préjugés entraînant parfois au mieux des moqueries, au pire des discriminations. Si les sociologues constatent la déferlante de cette “vague américano-celtique, soutenue par les feuilletons télévisés” (Joséphine Besnard dans La Croix), elle ne va pas sans un changement des mœurs.

“Pendant longtemps, les classes aidées montraient le chemin de l’innovation” concernant le choix de prénoms, mais ce modèle “vole en éclat” avec l’arrivée des Kevin, Dylan ou Brandon, assure la sociologue. Baptiste Coulmont, sociologue et auteur de Sociologie des prénoms, confirme à Slate: “Cette autonomie des prénoms et cette indépendance culturelle [des classes populaires] vont déranger les classes dominantes et ne leur plaisent pas. On ne se moque pas quand les classes populaires réutilisent de vieux prénoms bourgeois, mais on va critiquer les prénoms qu’ils sont les seuls à donner.”

Alors que ces enfants de la mode “Beverly Hills” ont désormais entre 20 et 30 ans, ils subissent parfois toujours d’un mépris de classe. “Ces prénoms ont été plébiscités par les milieux défavorisés, auxquels on associe un faible niveau culture”, expliquait Jean-François Amadieu, directeur de l’Observatoire des discriminations, au Parisien en 2010. ″À CV égal, un Jordan verra ses chances d’embauche diminuer de 10 à 30% par rapport à un Arthur.”

Depuis les années 2000, ces prénoms-là sont en perte de vitesse laissant la place à des petites Lana inspirées de “Smallville”, Rose de “Titanic” ou plus récemment Arya de “Game of Thrones”.




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