dimanche , 27 septembre 2020
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L’arrêté anti-maillot du PSG à Marseille, révélateur de la gestion des supporters

Anadolu Agency via Getty Images

Un fan du PSG célébrant la qualification en finale sur les Champs-Elysées (illustration)

POLITIQUE – Beaucoup de bruit pour rien. Après avoir décidé d’interdire le port du maillot du PSG aux alentours du Vieux-Port à Marseille le jour de la finale de Ligue des champions prévue pour dimanche, la préfecture de police des Bouches-du-Rhône a finalement fait machine arrière face à la polémique ce vendredi 21 août. 

Un rétropédalage en bonne et due forme, justifié par “l’incompréhension suscitée par cet arrêté”, alors que la mesure provoquait un véritable tollé chez les amateurs de foot comme chez les politiques. Dans son communiqué, la préfecture assure que son intention était “d’éviter la réitération des troubles à l’ordre public survenus autour du Vieux-Port lors de la retransmission de la demi-finale” et que cette décision avait “pour seul objet de protéger les supporters parisiens” dans la cité phocéenne. 

Dans le détail, l’arrêté interdisait ”à toute personne se prévalant de la qualité de supporter parisien ou se comportant comme tel” de circuler aux alentours du Vieux-Port. Une interdiction basée sur l’article L-332-16-2 du code du sport, lequel est également utilisé lorsqu’il s’agit d’interdire le déplacement des supporters. Et c’est justement ce dispositif donnant aux préfets le pouvoir de prendre ce type d’arrêtés qui est dénoncé par les spécialistes de la question.

“Cas d’école” 

“Finalement, cette affaire est presque salutaire, parce qu’elle permet de mettre en lumière les aberrations que l’on voit quasiment chaque week-end en Ligue 1”, explique le député LREM Sacha Houlié, co-auteur d’un rapport parlementaire remarqué sur les interdictions de stade et le supportérisme. “On voit bien qu’il y a un problème dans la loi. Car elle permet à un préfet de prendre des arrêtés qui sont gravement attentatoires aux libertés fondamentales. Raison pour laquelle on dénonçait ces dispositions dans le rapport”, poursuit l’élu de la Vienne, qui voit dans ce couac préfectoral “un cas d’école” sur les problèmes que peuvent poser les outils de police administrative. 

Avocat d’associations de supporters, Pierre Barthélemy estime que c’est la nature même de l’article sur lequel se fonde la décision préfectorale qui pose problème. “Dans sa rédaction actuelle, il donne un trop large pouvoir aux préfets, et sans garde-fous. Lors de sa création en 2011, il s’agissait d’un outil exceptionnel qui permettait aux préfets de sécuriser des événements du type OM-PSG ou Lyon-Saint-Etienne. Or il est devenu la norme, et il conduit à l’interdiction, ce week-end, d’une poignée de supporters sochaliens à Auxerre”, déplore l’avocat. Sur la saison 2011-2012, seuls trois arrêtés avaient été publiés, contre plus de 200 sur la saison 2015-2016, selon un décompte fait par l’Association nationale de supporters. 

Pour Pierre Barthélemy, la polémique autour de cet arrêté anti-maillot du PSG révèle également le traitement accordé aux fans de ballon rond. “On ne restreint les libertés de cette façon qu’aux supporters. Pour des manifestations (sociales ou autres) qui pourraient provoquer des scènes de violences, il ne viendrait à l’esprit de personne de prendre ce type de disposition. Alors que là, comme c’est du foot, on peut interdire à des gens de s’habiller comme ils veulent”, regrette-t-il. 

Un point de vue que partage Sacha Houlié. “Cela n’avait jamais ému personne quand ça se passait en Ligue 1 tous les week-ends. Là, comme c’est la Ligue des Champions, tout le monde s’élève. Mais ces mêmes parties ne s’émeuvent pas du fait que ça existe dans la loi”, observe ce fan de l’Olympique de Marseille, qui préconise dans son rapport une modification de ces textes. Au regard de cette abrogation décidée sous les critiques, il serait peut-être temps.   

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