lundi , 28 septembre 2020
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Le covid au bureau: ils l’ont fait entrer et développent de la culpabilité

VIE DE BUREAU – Finalement, ce n’était qu’un petit désordre intestinal, mais tous ses collègues en auront entendu parler. Maxime, 28 ans, commercial à Paris est passé tout près de transformer ses collègues en cas contact.

Il n’est pas simple d’annoncer qu’on a possiblement contracté le Covid-19 à son entourage. L’annoncer au travail, encore moins. À l’inquiétude d’avoir contracté une maladie, s’ajoute, pour certains, la culpabilité à cause des conséquences sanitaires et organisationnelles que cela représente pour beaucoup d’autres.

La procédure est maintenant rodée. En cas de suspicion de coronavirus, la personne doit être renvoyée chez elle (d’où elle pourra éventuellement télétravailler) le temps de se faire tester. Si son test est positif, toutes les personnes avec qui elle a été en contact, notamment sur son lieu de travail sont prévenues, deviennent des “cas contact” et doivent se faire tester à leur tour une semaine après leur contact.

Une quarantaine de personnes en télétravail

Maxime avait, lui, été malade pendant une journée et une nuit. Au moment d’aller au travail le lendemain, il allait mieux et comptait bien profiter de cette rare journée en présentiel au bureau. “Un contact médecin m’a mis en garde. Il valait mieux que je me fasse tester. La diarrhée, les courbatures, de la fièvre, une fatigue, ça pouvait être le Covid.”

Il prévient sa hiérarchie par mail et leur annonce qu’il se fera tester le soir même ou le lendemain matin. “Je ne m’y attendais pas du tout, mais mes chefs ont décidé de renvoyer en télétravail tous mes collègues, soit une quarantaine de personnes.” Maxime, surpris par cette décision radicale, la comprend en partie.

“Dans ma boîte, je suis le premier dans ce cas depuis le déconfinement”, explique-t-il. Après l’annonce, la culpabilité ne tarde pas à arriver. “J’ai reçu beaucoup de messages pour prendre de mes nouvelles et moi je m’excusais systématiquement quand mes collègues tentaient de me rassurer. Je pensais à ceux qui devaient récupérer leurs enfants et qui se demandaient si c’était prudent de le faire. Je les privais aussi de moments en présentiel. Ça chamboulait la vie de tout le monde par ma faute.”

Des larmes devant le test positif

Justine, cheffe de projet production dans une régie publicitaire parisienne, a pleuré quand elle a découvert que son test covid était positif, un dimanche soir à minuit. Elle prévient immédiatement ses parents et sa direction. “Même s’il était tard, je me suis dit que si jamais ils étaient connectés, au moins, ils auraient l’info tout de suite.” L’avant-veille, elle avait déjeuné avec son chef, ils ne portaient pas de masque. En sortant du restaurant, elle découvre le message d’un de ses amis qui lui annonce avoir le coronavirus.

“Mon N+1 est une personne à risques”, précise-t-elle. Les jours précédents, elle avait mené une vie de bureau, masquée certes, mais plutôt classique, rythmée par d’autres déjeuners entre collègues. Dans cette régie publicitaire parisienne, la règle depuis la mi-août était un retour complet sur site.

“J’étais la première à être contaminée et à être allée dans les locaux. Pendant le confinement, on a eu des cas de covid dans l’entreprise, mais tout le monde était en télétravail.” Après un week-end d’angoisse où elle a fait des pieds et des mains pour pouvoir se faire tester à Paris et après avoir eu un résultat positif, l’inquiétude ne faiblit pas.

Enlever un poids des épaules

“Je ne voulais pas être responsable de la mort de quelqu’un même si je sais que c’est un peu exagéré”, confesse-t-elle. Dès le lundi matin, la nouvelle se répand très vite. “Je me suis excusée auprès de tout le monde. Mon N+2 m’a dit ‘stop, tu n’as pas à t’excuser, ça peut arriver à tout le monde’.”

Finalement, cinq de ses collègues sont placés en télétravail en attendant de faire le test. Comme Maxime, Justine est surprise de la réaction de ceux avec qui elle travaille et même de certains de ses clients. “Tout le monde a pris de mes nouvelles, j’ai reçu énormément de messages de soutien”. Une marque d’attention qui l’a aidée, notamment pendant les gros coups de fatigue qu’engendre le Covid.

Mais ce n’est pas sa convalescence qui rythme ses journées, plutôt les résultats des tests de ses collègues et de ses proches. “À chaque test négatif, ça enlevait un poids sur mes épaules. Je sais exactement qui a fait le test, quels résultats je dois encore attendre”, précise-t-elle désormais.

“Il y aura d’autres frayeurs”

Si heureusement, tout s’est bien terminé pour Maxime comme pour Justine, ils tirent des leçons de cette histoire. “Il y aura d’autres frayeurs, ça va forcément se reproduire, se prépare Maxime. Mais la prochaine fois, je ne ressentirai plus de culpabilité, car je sais que je fais attention, je respecte tous les gestes barrière.”

Dans l’entreprise de Justine, cette contamination a eu un effet sur toute l’organisation. “Nous ne sommes plus en 100% présentiel”, explique-t-elle. “Ma contamination a peut-être précipité les choses. Et c’est plutôt une très bonne nouvelle, car on n’aurait pas dû se relâcher. Avant ma contamination, on avait commencé à refaire des apéros entre collègues.”


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