mercredi , 23 octobre 2019
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Le désenchantement c’est maintenant | Le Huffington Post

Rousseau écrivait qu’“on jouit moins de ce qu’on obtient que de ce qu’on espère”. C’est souvent vrai pour l’amour et le désir. Mais cela l’est probablement davantage encore pour les engagements politiques où la perte des illusions succède inexorablement aux espoirs de changements et aux promesses de grands soirs.

Ainsi, en écrivant mon second roman, Le détachement, j’avais envie de raconter l’histoire d’une jeune fille érotomane qui préfère inventer sa vie plutôt que de la vivre et la mettre en miroir avec celle d’un jeune homme qui découvre la cruauté du monde politique et la façon dont les convictions souvent sincères et naïves se fracassent dans la conquête et l’exercice du pouvoir.

Car dans une époque où, à l’action politique –fortement limitée par le marché ou des structures extranationales notamment européennes- s’est substituée la communication au rythme du buzz, du storytelling, des chaînes infos en continu et des réseaux sociaux, dans une ère où le Président américain peut déclarer la guerre sur Twitter et que les peuples finissent par préférer voter pour des animateurs de télévision, où puiser encore un idéal?

Quand on est issu d’une génération post-chute du Mur de Berlin où les idéologies se sont évanouies et ont laissé place à des engagements politiques fluctuants et la plupart du temps interchangeables, que l’on a toujours connu un pays où être jeune était synonyme de parcours du combattant pour trouver un emploi, un logement ou simplement acquérir son indépendance, où chercher encore l’espoir de changement?

Ancienne “plume”, j’ai évidemment mis de mon expérience auprès d’élus et au sein de cabinets ministériels dans ce roman qui évoque la violence, la brutalité et la vacuité de ce milieu où se mêlent espoirs et trahisons, petits et grands reniements, où le loser du lundi peut devenir le winner du mardi et vice-versa.

Le personnage principal y poursuit un désir qui l’amènera finalement vers la création: redonner un vrai sens aux mots. Déçu par le réel et souhaitant créer un monde où l’on peut encore rêver à des lendemains qui chantent, il fait un constat simple: le discours politique est devenu une langue morte. Plus personne n’est dupe des éléments de langage ressassés, des mots valises sans contenu véritable, des expressions toutes faites: “le lien social”, le “vivre ensemble”, “la solidarité intergénérationnelle”, “la révolution numérique”, “la transition énergétique” etc…

Le détachement c’est donc ici raconter un monde cruel et ingrat où le réel nous déçoit toujours. Un monde dominé par des héritiers et des énarques, des jeunes loups ambitieux qui ressemblent déjà aux vieux lions qui exècrent le renouvellement, des élus trop souvent déconnectés des réalités et des collaborateurs souvent exploités et essorés par leurs patrons mais parfois tout aussi courtisans et machiavéliques qu’eux. Un monde parsemé d’amitiés de janvier qui se trahissent en mars et se réconcilient en mai au gré des alliances de circonstance et auquel il faut aussi savoir renoncer pour ne pas ressembler à celles et ceux qui y grenouillent depuis des décennies quelles que soient les majorités au pouvoir. Y renoncer pour retrouver son idéal et refuser la paresse du “tous pourris” qui nourrit tous les populistes, démagogues et extrémistes.

Et puisque ce monde est trop décevant, trop brutal, trop cruel, en inventer un autre où la fraternité ne se décrète pas mais s’éprouve et où le souffle de la création nous conduit à envisager demain d’agir vraiment pour transformer la société. Sans effets d’annonce. Sans éléments de langage. Et en se racontant de nouveau des histoires auxquelles on peut croire.

 

 

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