dimanche , 27 septembre 2020
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Le monde de la culture face au Covid-19: maintenir ou tout annuler, un dilemme arrache-coeur

CORONAVIRUS – Avec la réouverture des cinémas puis de certains théâtres ou encore la tenue des festivals d’Angoulême ou de Deauville, on s’était dit que le monde de la culture avait lui aussi fait sa rentrée. On s’était sans doute un peu trop emballé. Ces derniers jours, alors que les indicateurs de l’épidémie de Covid-19 repartent à la hausse, une nouvelle vague d’annulation de spectacles, concerts ou expositions déferle.

Le festival du film britannique de Dinard attendu du 30 septembre au 4 octobre? Annulé. La Foire internationale d’art contemporain (FIAC) prévue du 22 au 25 octobre à Paris? Annulée. La tournée, déjà reportée, des concerts d’automne d’Oxmo Puccino? Annulée. Et la liste est loin d’être complète. Même des événements programmés dans plusieurs mois, à l’image de l’édition 2021 du festival international du cirque de Monte-Carlo, initialement prévue en janvier, sont contraints d’annuler.

Même si la situation évolue au jour le jour, le protocole des mesures sanitaires est désormais connu de tous (masque, distanciation sociale…). À tel point qu’on s’interroge: le monde de la culture serait-il contaminé par une nouvelle épidémie, celle du “principe de précaution” qui pousserait les acteurs de l’industrie culturelle a préféré l’annulation plutôt que de revoir et adapter ses méthodes?

“On n’est pas dans un secteur où on appuie sur un interrupteur et ça redémarre”, explique Jean-Yves Mirski, président de la Fédération des entreprises du spectacle vivant, de la musique, de l’audiovisuel et du cinéma, interrogé par Le HuffPost. “Je peux vous assurer qu’il y a une vraie envie d’y aller, une vraie bonne volonté de la part de tous”. 

Sauf qu’en temps de crise sanitaire, une “bonne volonté” ne suffit pas. “Ceux qui sont capables d’appliquer le protocole sanitaire tentent de maintenir les spectacles, les tournages… Mais si ce n’est pas possible, il est hors de question de faire courir un risque aux artistes, aux techniciens, aux spectateurs”, poursuit celui qui réunit les organisations syndicales de quelque 300.000 salariés d’entreprises du spectacle vivant et enregistré en France.

“De graves conséquences financières”

Pour beaucoup, se pose aussi la question de l’immense risque financier qu’engendre une tournée de concerts ou une saison de théâtre dans des salles à la jauge toujours réduite. Le 16 septembre dernier, lorsque les organisateurs du festival du film britannique de Dinard annonçaient choisir “à contrecœur la voie de la prudence et de la sagesse”, ils évoquaient avant tout le poids de “très graves conséquences financières”.

“Si nous avions maintenu le festival dans ces conditions dégradées, nous partions sur une projection de pertes d’au moins 300.000 €. Et s’il avait été annulé au dernier moment, cela aurait été une perte sèche de 500 000 €”, a chiffré le maire de la ville, relaie Ouest France. 

Benoît Louvet, directeur général du festival Canneseries qui se tiendra sur la Croisette du 9 au 14 octobre prochain, sait qu’il fait figure d’exception. “On a bénéficié d’un alignement des planètes”, commente-t-il pour Le HuffPost. Lorsque le confinement les oblige à reporter l’édition printanière initialement prévue en avril, ils n’avaient “pas encore dépensé un copec”. Et très vite, tous leurs partenaires leur assurent qu’ils les suivront lors de la prochaine édition.

“Mais je sais que nous avons de la chance. Certains festivals ont été complètement plantés par leurs partenaires et n’ont tout simplement plus l’argent pour s’organiser”, concède Benoît Louvet. Sans oublier que Canneseries est un festival gratuit, débarrassé de “l’épée de Damoclès de la billetterie” – quand bien même les spectateurs seront moins nombreux cette année, anticipe son directeur.

Car si les terrasses des restaurants et bars se sont remplies, les salles de cinémas, de théâtre et autres lieux culturels peinent à attirer du public. Plus d’un Français sur 2 se déclaraient plus réticents que l’année dernière à l’idée de participer aux Journées du Patrimoine au vu du contexte sanitaire actuel. Et 58% des Français considéraient les cinémas comme des lieux à risque d’après un sondage Yougov pour Le HuffPost, réalisé en août.

“Notre principale difficulté, c’est faire revenir les gens dans les salles”, indique Jean-Yves Mirski. Et pour ce faire, il faut réussir à les convaincre qu’il n’y a pas de risques à venir assister à une pièce de théâtre ou un spectacle de stand-up en respectant ”à la lettre” les protocoles sanitaires.

Vivre avec de nouvelles contraintes

Pour cette 3e édition du festival de Canneseries, le protocole commencera dès l’entrée du Palais des Festivals. Du gel hydroalcoolique évidemment, mais aussi un portique – en plus du portique de sécurité habituel – qui permet ”à la fois de mesurer la température corporelle, de vérifier le port du masque, et de vaporiser un désinfectant sec”. Le masque sera obligatoire tout le temps, y compris pendant les projections. Et la jauge du Grand auditorium sera réduite à 1000 spectateurs avec la règle du “un siège sur deux”.

Benoît Louvet en est convaincu, la tenue de cette édition de Canneseries est “la meilleure preuve” de montrer que le monde de la culture peut s’adapter et vivre avec ces nouvelles contraintes sanitaires parties pour rester. “On est passés dans un autre monde, ce ne sera plus jamais comme avant. Alors il faut qu’on s’adapte, on sait que ce sera encore compliqué pendant des mois.”

Même son de cloche du côté de Jean-Yves Mirski. qui n’a “pas d’inquiétude” sur le fait que le monde de la culture saura intégrer ces mesures: “On est un secteur créatif, on sait trouver des solutions”. Et d’enfourcher le fameux tigre dont parlait le président Emmanuel Macron avant l’été.

Reste que le monde de la culture vit sur une temporalité particulière et longue. Les billets de certaines tournées sont parfois mis en vente deux ans auparavant; les répétitions de spectacles se préparent pendant des mois; il faut “une mécanique incroyable” pour que des acteurs soient disponibles au même moment pour un tournage ou un festival; ou pour réunir des troupes de cirque venues du monde entier dans une même ville. Et tant que la crise dure et évolue, la culture avance dans le noir.


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