dimanche , 8 décembre 2019
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Le poème de Clément Frison-Roche sur la mort pour la France

AFP / Revue Saint-Cyr

Mort au Mali en compagnie de douze autres soldats français engagés dans l’opération Barkhane, le capitaine Clément Frison-Roche avait écrit durant sa formation un poème évoquant justement le fait de tomber au combat pour la France.

ARMÉE – Les mots datent de 2014, mais ils trouvent un écho tout particulier cinq ans plus tard. Depuis dimanche 1er décembre, et en particulier ce lundi alors que les treize militaires morts au Mali au cours d’une opération de combat reçoivent un hommage national, un poème écrit par le capitaine Clément Frison-Roche se partage sur les réseaux sociaux. 

Des politiques -à l’image des députés LR Éric Ciotti et Dino Cinieri ou de l’élu européen RN Hervé Juvin-, mais aussi anonymes reprennent et diffusent ce texte, intitulé ”Pour que vive France”. 

Un poème de douze strophes de quatre alexandrins chacune, écrit alors que Clément Frison-Roche n’était encore qu’aspirant, c’est-à-dire militaire en formation à l’école spéciale militaire de Saint-Cyr, basée à Guer dans le Morbihan. 

Quelle reconnaissance en France pour les soldats tombés au combat?

Contrairement à ce que certains ont écrit ou partagé, le texte ne date pas de la semaine passée, mais il a été publié en mai 2014, en page 34 de la revue des élèves de l’école. Ceux qui constituaient aux côtés de Clément Frison-Roche la promotion “Lieutenants Thomazo”. 

Captures d’écran Revue Saint Cyr

C’est dans cette revue des éleves de l’école spéciale militaire de Saint-Cyr qu’est paru, en 2014, le poème de Clément Frison-Roche, l’un des treize soldats morts au Mali.

Dans son poème, le jeune homme d’alors 22 ans posait des questions plus que jamais dans l’actualité, celles de la reconnaissance de la France et des Français pour les soldats tombés au combat, celle du sens donné par le public au sacrifice de certains. 

Une interrogation revenue sur le devant de la scène depuis la mort de Clément Frison-Roche avec la polémique qui a entouré la publication de caricatures dans Charlie Hebdo. Si le journal a depuis défendu son “esprit satirique” pour justifier des dessins qui parodiait la tragédie malienne sous forme de campagne de recrutement pour l’armée, les publications n’ont pas manqué de faire polémique. Le chef d’état-major de l’armée de terre avait notamment regretté des “caricatures outrageantes”. 

“Et s’il m’advenait un jour de périr en ton nom”

Or dans le texte de 2014, cette question était déjà au cœur des préoccupations de l’aspirant soldat. Après avoir listé des faits d’armes au cours desquels ses prédécesseurs avaient donné leur vie pour leur pays, il opposait la beauté de leur sacrifice (“Oh tendre France, douce gardienne de mon baptême / Prenez ici ma vie, je vous en fais le don…”) à la perception de ce dernier. “Toi France, ingrate mère à la parure ternie / Laisseras-tu leurs cris se perdre dans la nuit?” 

Un questionnement qui évoluait progressivement, au fur et à mesure des vers, en une critique de plus en plus pressante de “l’oubli”, du “mépris” et du “désintérêt” de la population et de la France pour ceux qu’il voyait comme des héros. “Quel sort réserves-tu à ceux qui serviront? / Nulle considération, seules quelques concessions! Pourtant tu le sais bien, nous qui te chérissons / Nous ne demandons rien qu’un peu de compassion!” 

Et de finir avec des considérations plus personnelles, liées au futur qui le verrait devenir capitaine au sein du 5e régiment d’hélicoptères de combat de Pau et donc tomber au champ d’honneur. “Et s’il m’advenait un jour de périr en ton nom / Ce serait avec foi, mais non sans une question / Pour que revive France et la gloire de son nom / je te lancerai sans haine ce dernier affront / Tandis que on chant du cygne, funeste merveille / Pareil au flot gémissant de mon sang vermeil / Fera couler ces mots aux mille résonances / ’France, ma France, qu’as-tu fait de ta reconnaissance?”. 

Des interrogations forcément évocatrices alors que le jeune homme et ses douze compagnons reçoivent ce lundi l’hommage de toute la Nation lors d’une cérémonie présidée aux Invalides par Emmanuel Macron.




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