mercredi , 23 octobre 2019
Accueil » Actualité » Le populisme de gauche met fin au déni de la lutte des classes

Le populisme de gauche met fin au déni de la lutte des classes

GEORGES GOBET via Getty Images

Un rassemblement pour dénoncer les manifestants mutilés ayant perdu un œil ou une main lors des manifestations de gilets jaunes a été organisée à l’initiative du collectif « Mutilés pour l’exemple » qui milite pour l’interdiction des LBD40 et demande des compensations pour les victimes, à Bordeaux, le 22 septembre 2019.

La notion de populisme reste éminemment complexe et protéiforme. Elle est susceptible de prendre des formes particulièrement diverses. La situation peut être de surcroît renforcée par des confusions entretenues à souhait. Confronter les “populismes” au révélateur de la lutte des classes permet d’éclaircir heureusement la situation. Encore faut-il s’entendre par ce que l’on désigne avec lutte des classes, tant l’expression reste (encore) de nature à faire frémir les bonnes consciences. Il suffit de la comprendre comme une mise en tension d’intérêts contradictoires opposant des catégories sociales dans le cadre du processus de production et de répartition des richesses.

Certains adversaires du populisme de gauche (bien que cette formulation puisse être considérée avec raison comme un oxymore) lui reprochent de parfois minimiser les réalités de la lutte des classes. Le drapeau rouge ou l’Internationale seraient alors oubliés. C’est profondément injuste; il s’agit même d’un contresens flagrant, du moins d’une méconnaissance des potentialités de cette forme de populisme.

C’est redonner au contraire une actualité et une vitalité nouvelles à la lutte des classes. La traditionnelle “latéralisation” gauche/droite ne signifie en effet plus grand-chose en la matière. Tout simplement parce qu’une partie de la gauche instituée a changé de camp à force de renoncements et de reniements. Elle est passée au marché, et même parfois bien davantage, intégrant le cercle de la répression des forces sociales. Si bien qu’une partie non négligeable du “peuple” vote à droite, donnant à l’occasion à croire que les exploiteurs et les possédants pourraient être majoritaires. Ce qui pas n’est pas vrai.

La “verticalisation” du champ politique, opposant oligarchies et peuple, induite par la stratégie populiste, renoue avec l’essence même de la lutte des classes. Elle rééquilibre les rapports sociaux, caractérisés par l’opposition entre une majorité de dominés et une minorité de possédants. Elle donne à voir la dureté d’antagonismes de classes réactivés et démultipliés.

Le populisme de droite, qu’il serait bien souvent plus approprié de qualifier d’extrémiste ou de fasciste, ne se préoccupe aucunement des problématiques liées aux réalités de lutte des classes. Il en nie résolument l’existence même. Il opte pour des clivages d’exclusion se fondant sur la race, l’origine ou la religion, dans une logique ethniciste de la nation. La désignation d’un bouc-émissaire vise à occulter la réalité d’antagonismes sociaux pourtant bien réels.

Le populisme développé par la majorité gravitant autour du Président Macron en constitue une forme particulièrement ambivalente. Il affecte de combattre ardemment, en France comme en Europe, tous les populismes. C’est une posture de confort (politicienne) qui confine en réalité à l’imposture (idéologique). Emmanuel Macron adopte de prime abord la visée du populisme de droite consistant à nier les conflits d’une société de classes au nom d’une improbable unité fondée sur un improbable bon sens. Mais, à son corps défendant, il parvient en fin de compte, au résultat pourtant honni du populisme de gauche: il contribue à l’exacerbation de la lutte des classes.

Car ce populisme de caste décomplexé se nourrit du mépris du peuple. Il s’agit d’un populisme de marché où tout doit prendre une valeur mais où rien n’est garanti pour les catégories populaires. Il se transforme également en populisme nauséabond, flattant les bas instincts, puisant aux sources de l’antiparlementarisme ou de la dévalorisation des corps intermédiaires. Bref, un des pires populismes dont il faille se garder par tous les moyens démocratiques, éventuellement fournis par ceux du populisme de gauche qui fait appel à l’implication du peuple sans l’instrumentaliser ou le mépriser.

Le populisme, dès lors qu’il redonne à la lutte des classes son actualité impérieuse, renoue avec l’essence même de la démocratie. Il réaffirme le primat de la loi du nombre contre les oligarchies; il suscite un appel à la raison et à la force de l’argumentation contre les élites autoproclamées et promulguant par argument d’autorité une pensée unique. Il est une des conditions du surgissement de la révolution citoyenne à même de renverser la table pour faire émerger l’intérêt général humain.

 




Première apparition