vendredi , 25 septembre 2020
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L’École de théâtre de Budapest, dernière victime du tour de vis idéologique d’Orbán


La direction de l’université d’art dramatique la plus prestigieuse du pays a démissionné afin de dénoncer la prise de contrôle de l’établissement par une fondation proche de l’exécutif. Un symbole fort du conflit culturel mené par le gouvernement depuis une décennie, estime la presse d’opposition.

Après l’université d’Europe centrale poussée à l’exil vers Vienne, l’Académie des sciences privée d’autonomie et la fin des études de genre au sein des universités pour motifs idéologiques, la prestigieuse École de théâtre et de cinéma de Budapest (SZFE) est la dernière victime en date du remaniement porté par le Premier ministre conservateur, Viktor Orbán, pour conduire l’ensemble des institutions à mieux refléter l’idéologie du pouvoir.

Lundi 31 août, la direction de l’institution a démissionné afin de dénoncer la prise de contrôle de l’établissement aux 155 ans d’histoire par le directoire d’une fondation proche du gouvernement. Personnage principal de la controverse : le dramaturge ami de l’exécutif Attila Vidnyánszky, patron du comité que 250 étudiants ont empêché de siéger le lendemain en bloquant l’entrée des lieux.

“Nous sommes arrivés avec la volonté d’un changement constructif, mais nous avons constaté qu’il n’existait aucune possibilité de dialogue, déplore l’intéressé auprès du quotidien Magyar Nemzet. Nous voulons donner une dimension internationale à l’université. J’espère que les craintes se dissiperont et que des signes d’évolution positive se ressentiront.”

Sept ans plus tôt, la nomination de Vidnyánszky aux commandes du Théâtre national avait défrayé la chronique, tout comme celle du metteur en scène György Dörner, propulsé à la tête du Nouveau Théâtre, peu avant.

“Mandat politique”

Fin 2019, une loi adoptée le 11 décembre avait accentué le poids de l’État dans la gestion des théâtres et de l’ensemble des institutions culturelles en Hongrie. “Le système Orbán percevait une dominance de la ‘gauche libérale’ dans l’art dramatique hongrois. Voilà pourquoi la droite éloigne la SZFE de l’État de droit”, raille le polémiste Gáspár Miklós Tamás via le site du magazine HVG.

“Le pouvoir et ses dépositaires dans les théâtres imposent leurs hommes et leurs choix avec un mandat politique. Les barricades montées par les étudiants le montrent : il s’agit d’une véritable guerre”, assène Népszava.

Solidaires des enseignants et des étudiants de l’établissement qui forma, entre autres, les célèbres cinéastes magyars Béla Tarr, Miklós Jancsó, Kornél Mundruczó et István Szabó, qui a reçu l’oscar du meilleur film étranger 1982 avec Méphisto, 160 écrivains, traducteurs littéraires et artistes de tous horizons ont cosigné une lettre ouverte publiée par le portail culturel Litera.

Joël Le Pavous




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