samedi , 25 janvier 2020
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Les États-Unis et l’Iran sont déjà en guerre dans des pays qui en paient le prix

Khalid Al Mousily / Reuters

Un manifestant tient une pancarte avec l’illustration du président américain Donald Trump brûlant devant l’ambassade des États-Unis lors d’une manifestation pour condamner les frappes aériennes sur les bases appartenant à Hashd al-Shaabi (forces paramilitaires), à Bagdad, Irak, le 1er janvier 2020.

L’assassinat du général Ghassem Soleimani par les États-Unis fait la Une de tous les médias. Si on nous explique quel était le rôle de cet homme et les conséquences de sa mort, il est rarement question d’expliquer le contexte de cette guerre indirecte entre l’Iran et les États-Unis.

La Syrie, l’Irak ou encore le Yémen

Les guerres dans cette région du monde ont montré l’implication d’acteurs étrangers sur ces territoires: de la Syrie en passant par l’Irak ou encore au Yémen, il est question de maintenir ou de remplacer des leaders en fonction de l’idéologie des deux pays, ainsi que des intérêts économiques des uns et des autres.

Lors des printemps arabes en 2011, la Syrie s’est retrouvée dans une guerre où des collaborations avec des pays externes s’est clairement fait voir: le gouvernement –toujours en place– de Bachar el Assad s’est vu soutenu par la Russie et l’Iran alors que des mouvements protestataires étaient soutenus par les États-Unis, allant jusqu’à former des milices syriennes sur place. Au Yémen, c’est également lors des mouvements protestataires de 2011 que l’Arabie Saoudite –allié direct des Etats-Unis- s’est retrouvé à soutenir le gouvernement de feu Ali Abdallah Saleh contre un Iran qui soutenait les mouvements protestataires yéménites, les rebelles houtis plus précisément.

Ce sont donc des collaborations entre des acteurs internes à ces pays en guerre et des pays externes comme l’Iran et les États-Unis et leurs alliés qui construisent ou détruisent des pays. Nous pourrions même considérer l’Iran comme un allié de la Russie face aux États-Unis en réalité. Cependant, les associations humanitaires, comme Amnesty International, sont les seules à souligner la première conséquence de ces guerres indirectes: le sort des populations locales. En effet, la majorité des morts dans ces pays en guerre sont des civils, principalement des femmes et des enfants. Cette manière de voir le monde n’est pas nouvelle, mais elle persiste à condamner ces pays à la mort, à l’insécurité et au non-développement.

Concrètement, cela donne quoi en Irak?

Depuis au moins 2003, l’Irak s’est retrouvé impliqué dans des guerres contre de supposées armes nucléaires, des guerres civiles entre sunnites et chiites, l’arrivée de différentes formes de terrorismes d’Al-Qaeda à Daech, le pays comptant des millions de morts civils selon un rapport d’Amnesty International. C’est l’invasion américaine depuis 2003, l’implication de la Russie ou encore différentes collaborations avec l’Iran qui expliquent aujourd’hui cette guerre indirecte entre ces différents acteurs. Si aujourd’hui, il est question de parler de la mort du général Soleimani, il y a quelques semaines de cela, c’état un agent américain qui fut touché par les protagonistes iraniens en Irak. Mais au final, qu’est-ce que les Irakiens ont avoir avec cette guerre en direct?

La mort de ce général: une tristesse pour tous les anti-Américains dans la région?

La présence des États-Unis dans cette région est contestée par diverses entités et ces derniers ne sont pas uniquement des acteurs pro-Iran. Au sein de ces populations qui ont vécu ce système de conflits en subissant les lourdes conséquences de motivations pécuniaires et politiques étrangères, il y a clairement ce désir de passer outre l’influence des autorités étrangères et ce, afin de se développer et de s’auto-gérer. Nous pouvons l’observer dans les derniers mouvements protestataires qui ont eu lieu dans la région. Cette volonté de changer ce fonctionnement de système politique afin de rétablir cette notion oubliée dans cette région, à savoir, l’état-nation.

Nous avons pu le voir au Liban mais aussi en Irak. En effet, depuis le mois d’octobre 2019, lors des manifestations irakiennes, des jeunes se sont retrouvés à manifester contre la présence iranienne et américaine. Aujourd’hui encore, des manifestants irakiens affichaient sur des pancartes ce genre de slogans: “Keep your conflicts away from Iraq”[1].

Pourtant, il serait malhonnête de limiter les collaborations étrangères à la politique et à l’économie, puisque pendant plusieurs années, la présence de militaires iraniens et russes se sont retrouvés dans les lieux saints chiites d’Irak pour se charger de la sécurité des pèlerins et des lieux sacrés chiites. En effet, lors de la présence des extrémistes de Daech et d’Al Qaeda, les lieux chiites étaient des cibles d’attentats. Notons également que les collaborations entre les différents acteurs de ces pays, ne se résument pas à des collaborations “religieuses” comme certains peuvent le prétendre.

En effet, si l’on prend le cas du Yémen, le gouvernement en place est de tendance chiite, pourtant, sa collaboration avec l’Arabie Saoudite sunnite est bien présente. De même que l’Iran chiite a pu collaborer pendant plusieurs années avec les kurdes sunnites en Syrie et en Irak.

“Le général est mort, vive le général”

Des rassemblements en Iran en solidarité avec feu Ghassem Soleimani, le remplacement de Ghassem Soleimani par Esmail Qaani ou encore les déclarations du Hezbollah libanais et des autorités iraniennes montrent que la guerre indirecte entre l’Iran et les États-Unis n’est pas prête de se terminer.  Si cette guerre indirecte entre ces deux pays a touché aujourd’hui deux figures emblématiques du côté iranien, n’oublions pas que c’est majoritairement des civils des pays en guerre qui sont touchés au quotidien.

 

[1] Publication provenant d’une chercheuse sur place, Zahra ALI.

 

En Iran, les manifestations anti-américaines se multiplient




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