mardi , 28 janvier 2020
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Les hommes sont-ils en proie à une “crise de l’amitié”?

“Franchement, mon plus gros problème actuel, c’est d’oser faire le premier pas”, dit-il. Comme d’autres hommes cités dans cet article, il a demandé à garder l’anonymat. “Je n’aurais jamais cru que j’aurais la même pression pour me faire des amis aujourd’hui que pour trouver une copine quand j’avais 16 ans!”

À l’époque, demander à une fille qui lui plaisait de sortir avec lui le rendait nerveux. Aujourd’hui, il “n’ose pas proposer d’aller boire une bière à l’un des types de [s]on équipe de frisbee”, avoue-t-il.

Sa petite amie tente de le convaincre de sortir de sa coquille, d’envoyer un texto à un voisin pour l’inviter à boire un verre ou de militer en politique pour rencontrer des gens qui partagent ses opinions. Mais, pour l’instant, James n’a rien tenté de tout cela.

“Je vois bien qu’elle est consciente de mon isolement et que ça commence à lui peser aussi”, déclare-t-il.

Il n’est pas le seul à éprouver cette solitude. Aux États-Unis, les hommes blancs hétérosexuels sont ceux qui comptent le moins d’amis d’après une analyse portant sur vingt années, publiée en 2006 dans l’American Sociological Review. Dans l’Hexagone, 7% des Français déclarent ne pas avoir d’amis proches selon une étude TNS.

Cette “crise de l’amitié” n’a rien d’anodin, puisque la solitude et l’isolement social sont potentiellement mortels. Ceux qui ont des amis (surtout de vieux copains d’enfance) sont en meilleure santé à l’âge adulte. En vieillissant, nos liens sociaux se font plus rares et, quand on a déjà peu d’amis dans sa jeunesse, on s’expose à terme à l’isolement social, ce qui augmente le risque de différents problèmes comme les maladies cardiaques, les accidents cérébrovasculaires et le cancer.

Les études montrent que les hommes, au même titre que les femmes, aspirent à une intimité affective dans leurs relations amicales. Mais, comme beaucoup l’ont noté, notre image de la masculinité est en contradiction avec cette idée : à l’approche de l’âge adulte, un garçon se doit d’être impassible, de réprimer ses sentiments et de refouler toute émotion complexe.

La masculinité est censée laisser peu de place à l’intimité amicale. Pourtant, les hommes ont besoin de cette proximité. Même ceux qui ont des amis disent vouloir être plus proches d’eux, indique Robert Garfield, psychothérapeute et auteur de Breaking the Male Code: Unlocking the Power of Friendship (“Briser le code de la masculinité: libérer le pouvoir de l’amitié”, non traduit).

C’est au début du mariage ou d’une relation sérieuse que les hommes perdent le plus d’amis, ajoute-t-il. Et, avec l’arrivée des enfants, le réseau amical en prend un coup encore plus sévère.

“C’est une période qui peut plonger les hommes dans le désespoir. La vie professionnelle et l’épuisement sont, bien évidemment, les causes les plus communes. Mais le résultat, c’est que c’est dans leur phase d’évolution personnelle la plus intense que les hommes se retrouvent dépourvus d’amis qui pourraient les épauler.”




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