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Les Suisses ne veulent pas serrer la bride aux producteurs de matériel de guerre


Les promoteurs de l’initiative ont souligné qu’ils visaient principalement l’industrie internationale de l’armement, mais les opposants ont averti que les entreprises suisses seraient également touchées. © Keystone/Gian Ehrenzeller

Les fabricants d’armes de guerre ne seront pas restreints dans leurs sources de financement. Sans surprise, une majorité des Suisses ont dit «non» ce dimanche à l’initiative populaire «contre le commerce de guerre».

Ce contenu a été publié le 29 novembre 2020 – 17:02

Le texte, qui voulait empêcher que l’argent de la place financière suisse ne serve à financer les entreprises productrices de matériel de guerre, a été rejeté par 57,5% des votants et la majorité des cantons. 

Comme c’est souvent le cas en ce qui concerne les initiatives en provenance des rangs de la gauche, elle a suscité davantage de sympathie en Suisse romande. Genève, Jura et Neuchâtel ont voté «oui», alors que Vaud a basculé à une très courte majorité (50,8%) dans le camp des opposants.

En Suisse alémanique, seul le demi-canton urbain de Bâle-Ville a glissé un «oui» dans les urnes. Les refus les plus massifs ont été enregistrés dans les cantons de Suisse centrale: Obwald, Nidwald, Uri et Schwyz ont tous les quatre dit «non» à plus de 70% des voix. 

Bien accueilli par les votants au début de la campagne, le projet de modification constitutionnelle n’a cessé de perdre en popularité au fil des sondages. Un sort que subisssent la plupart des initiatives populaires, seule une sur dix en moyenne trouvant grâce aux yeux de l’électorat helvétique. 

La campagne sur cet objet de vote a par ailleurs été éclipsée par les débats enflammés qui ont eu lieu autour de l’initiative sur les multinationales responsables. Le comité «contre le commerce de guerre» n’a pas pu régater face à la vague orange qui a déferlé sur une bonne partie de la Suisse pour encourager les électeurs à soutenir un encadrement plus strict des activités des grandes entreprises suisses à l’étranger. Une proposition qui a elle aussi échoué ce dimanche dans les urnes:

L’économie plus forte que l’éthique

Les deux initiatives avaient passablement de points en commun: elles visaient toutes deux à instaurer davantage d’éthique dans l’économie et leur acceptation aurait eu des répercussions bien au-delà des frontières nationales. L’initiative sur le commerce de guerre proposait l’introduction d’un nouvel article dans la Constitution stipulant que la Banque nationale suisse (BNS), les fondations et les institutions de prévoyance ont l’interdiction de financer des producteurs de matériel de guerre. 

Taux de participation

Les deux initiatives populaires soumises au peuple suisse ce 29 novembre, «pour des entreprises responsables» et «contre le commerce de guerre», n’ont pas mobilisé plus que d’habitude. La participation s’est élevée à quelque 46%, un résultat dans la moyenne.

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A l’origine de l’initiative, le Groupe pour une Suisse sans armée (GSsA) et les Jeunes Verts ont eu beau mettre en avant l’incompatibilité de ces transactions avec la neutralité de la Suisse, leurs arguments n’ont pas fait le poids face à une droite unie qui défendait la liberté d’investissement et les emplois de cette industrie.

«Chaque investisseur a le droit de décider dans quel domaine il entend investir et chaque entrepreneur a le droit d’obtenir du financement pour ses produits», a ainsi réagi le sénateur libéral-radical neuchâtelois Philippe Bauer à l’issue du scrutin. La crise du coronavirus a certainement joué un rôle dans le refus massif de cette initiative, a-t-il estimé. «Aujourd’hui, notre économie souffre et il s’agit de préserver au maximum les places de travail».

>> La réaction de Philippe Bauer sur la RTS:

Pas d’abattement dans le camp des vaincus

Le GSsA, qui a été à l’origine de plusieurs votes nationaux au cours des 30 dernières années sur les forces armées du pays, se montre néanmoins plutôt satisfait du résultat. «Il y a quand même une approbation autour des 40%, a noté Thomas Bruchez, secrétaire du groupement antimilitariste. Une part de la population nous a entendus et nous soutient.»

Thomas Bruchez a aussi relevé le contexte compliqué lié à la pandémie de coronavirus. «C’était difficile de faire une bonne campagne, d’aller sur le terrain». Et de pointer du doigt «une campagne de la peur des opposants qui ont essayé de faire croire à la population que l’initiative touchait principalement les PME, ce qui est un mensonge».

>> La réaction de Thomas Bruchez sur la RTS:

Les pacifistes suisses ne désarment pas pour autant. Avec un tel taux d’approbation, le GSsA exige que des mesures plus strictes soient prises concernant le financement de l’armement de guerre. Il demande également que la Suisse ratifie le traité sur l’interdiction des armes nucléaires de l’ONU, qui entrera en vigueur en janvier 2021.

La prochaine initiative du GSsA, qui vise l’interdiction des exportations d’armes dans des pays en proie à la guerre civile, devrait être soumise au vote en 2021. Un contre-projet indirect est en cours d’élaboration par le Parlement. «On va suivre de près ce contre-projet, s’il ne nous satisfait pas, on ira jusqu’au bout avec l’initiative», prévient Thomas Bruchez.


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